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dimanche 7 mars 2010

Colère paysanne

Crise passagère ou problème durable?

Le monde agricole est en mutation permanente, surtout depuis le grand bond en avant de la modernisation des années d'après-guerre.
Une nouvelle poussée de fièvre se fait jour , que le chef de l'Etat s'efforce d'apaiser , sans propositions claires ni crédibles.
Une crise sous-estimée, en ce temps de vaches maigres
Une réflexion pour d'autres formes d'agriculture s'impose...
D'autres régulations sont nécessaires
La PAC est aussi en question
Des causes multiples et imbriquées:

".... Le marché mondialisé et ses alliés spéculateurs feraient valser les cours sans se soucier des paysans, ni des conditions de production. Ce qui est sûr, c’est que les pays émergents ont perturbé l’équilibre mondial. «En quelques années, la Chine est devenue un importateur agricole majeur. Et, vu l’ampleur de son marché, la moindre décision de politique intérieure peut faire flamber les cours», analyse Jean-Christophe Bureau, économiste à AgroParisTech. Le Brésil, lui, est devenu un exportateur majeur, de soja ou de poulet, qui concurrence les exportations françaises. Ces variations attirent les spéculateurs, qui les amplifient… «Aujourd’hui on spécule sur tout, déplore Bruno Le Maire, le cacao, le thé, le lait.»
L’Europe a quelques avantages (infrastructures, recherche…) mais peine à lutter face aux distorsions de concurrence liées au coût de la main-d’œuvre ou aux réglementations sanitaires et environnementales. Difficulté en plus, les échanges sont en dollars, ce qui pénalise la zone euro… D’ailleurs, tempère Jean-Christophe Bureau, les prix à Chicago ne sont pas si bas.
«Et si la variablité est plus sensible, c’est aussi que l’Europe s’en protège moins depuis qu’elle a commencé à mettre fin aux subventions aux exportations.»...
La politique agricole commune (PAC) coûterait donc 55 milliards par an pour ne pas permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail ? Petit à petit, les instruments de régulation européens, quotas et achats publics, ont sauté. Des outils pas toujours efficaces, coûteux, qui ne plaisaient pas à une Commission plutôt libérale. Mais offraient des leviers d’action publique. La réforme de la PAC, qui se dessine en ce moment pour l’après-2013, s’y penchera, selon Dacian Ciolos :
«Il nous faudra absolument disposer à l’avenir d’un certain nombre d’instruments de gestion des marchés», disait-il vendredi aux Echos. Avant d’avertir : «Nous ne ferons pas machine arrière au sujet de la suppression des instruments de contrôle de la production tels que les quotas laitiers et le gel des terres.»..."
[-Colère d'une autre ampleur-]
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-Agriculture: l'illusion de la course à la productivité:
"...Les rendements de la terre sont devenus si élevés qu’on dut un temps imposer des jachères. Le salon de l’agriculture est le grand festival des super-performances : taureaux de plus d’1,5 tonne, vaches à plus de 10 000 litres de lait par an, brebis géantes etc.
Or cette course
à la performance – qui implique chez les meilleurs une conscience professionnelle extraordinaire et un grand amour du métier – n’a depuis quelque temps aucune incidence sur le revenu. On dira que ne vont au salon que les champions. Mais n’imaginons pas que ceux qui n’y vont pas soient très en-dessous de ces performances. N’imaginons pas non plus que les champions gagnent beaucoup plus que les autres : malgré les flonflons et les médailles, certains sont très en difficulté.
Veut-on que l’agriculture française investisse encore? Mais là, beaucoup des exploitations sont surendettées (c’est aussi le cas aux Etats-Unis souvent donnés en exemple). Depuis quarante ans, la politique officielle encourage les jeunes agricultures à investir le plus possible en recourant à l’emprunt : pas d’investissements, pas de dotation.
L’escalade des normes environnementales et sanitaires - le ministre n’est plus d’abord celui de l’agriculture mais celui de l’alimentation ! - continue à exiger toujours plus d’investissements. Ce n’est que depuis une date récente qu’on se préoccupe aussi du caractère judicieux de ces investissements et du souci d’économiser les « intrants » (inputs) pour maximiser le bénéfice.
Une productvité qui dépend de facteurs extérieurs:_ L’amertume des agriculteurs vient du sentiment que, au rebours des discours officiels, plus ils s’efforcent d’améliorer leurs rendements et leur productivité et plus ils investissent, plus leur revenu est laminé.
Beaucoup de fermes ne dégagent encore du revenu que par des artifices : ici un retraité de 75 ans tient lieu d’ouvrier agricole gratuit, là le salaire de l’épouse vient boucher le déficit de l’exploitation, presque partout les journées font plutôt 50 heures que 35.
Pour la plupart d’entre elles, le revenu dégagé est bien inférieur à ce que l’on obtiendrait en ajoutant, comme il serait normal, un SMIC et un rendement de 5 % du capital investi, soit le rendement moyen d’un portefeuille boursier normalement géré.
Hors le cas particulier de grands crus viticoles ou de quelques « niches », seules dégagent encore des bénéfices à peu près normaux les fermes qui combinent l’efficacité technique maximum et les aides européenne les plus conséquentes, principalement dans le secteur céréalier.
_____Si on en est arrivé là, c’est que la compétitivité des exploitations dépend en réalité de bien d’autres facteurs que de la seule productivité technique. Elle dépend du taux de change : comme l’industrie, l’agriculture française est piégée par l’euro fort. Elle dépend des charges générales : quelle comparaison faire avec la Grande-Bretagne où il n’y a ni foncier non bâti, ni cotisations sociales lourdes (le National Health Service étatisé assure les soins de santé), ni chambres d’agriculture ?
Elle dépend dans certains secteurs comme les fruits et légumes, des charges salariales : pendant longtemps le recours des ouvriers saisonniers sous-payés était toléré ; les inspecteurs du travail y ont mis bon ordre, mais comment résister à la concurrence de l’Allemagne où l’emploi de main d’œuvre venue de l’Est n’est pas soumis au SMIC? A tout cela s’ajoute l’incertitude des cours mondiaux sur lesquels Bruxelles voudrait que, de plus en plus, l’agriculture européenne s’aligne.."


-Hypothèses sur l'évolution de l'agriculture
- Agriculture, environnement et territoires

>Projection en 2025?:"...Un modèle d’agriculture « Haute Performance Environnementale » est défini. Il s’appuie sur la base de l’agriculture biologique, dont il fait évoluer les termes techniques — en conservant néanmoins le non recours à des produits de traitement phytosanitaire — et économiques pour en faire un modèle de portée européenne.Ce modèle est défendu et implique un protectionnisme sanitaire et environnemental assumé. Cette mutation profonde passe nécessairement par un « contrat » social et politique particulièrement fort, comparable à celui qui prévalut à la mise en place de la PAC dans les années 1960.Elle nécessite une forte intensité en main d’œuvre, tant en termes quantitatif que qualitatif, au regard des savoir-faire mobilisés. L’état environnemental qui résulte de cette intégration technique entre économie et environnement correspond à une évolution très significative de l’état des paysages, de la biodiversité sur l’ensemble des territoires.Les espaces agricoles gagnent en fonctionnalité écologique, et permettent une restauration des espèces communes et remarquables qui en dépendent, même si le maintien d’une activité agricole plus dense sur tout le territoire peut ne pas convenir à toutes les espèces.La situation des ressources et des risques naturels s’améliore, notamment du fait de l’abandon des phytosanitaires. La répartition plus homogène des productions conduit à une moindre consommation d’énergie.Aucun des quatre scénarios n’est apparu invraisemblable, plusieurs pouvant même être considérés comme relativement tendanciels. Ils montrent que des évolutions importantes sont à anticiper et que de nouveaux partenaires apparaîtront sur la scène agricole. Ils désignent aussi, pour tous les acteurs en présence, des espaces de choix et un certain nombre de contraintes.Pour les politiques publiques, en particulier, ils illustrent que la régulation entre agriculture et environnement pourra se faire selon des modalités distinctes, et ils donnent de premières pistes pour imaginer les impacts différenciés des divers systèmes de régulation possibles. »..."
-
Agriculteurs : la prospérité n'est plus dans le pré...
"...Nous sommes dans une situation qui n'a jamais existé depuis l'après-guerre en France. Aujourd'hui, un agriculteur bourguignon sur deux gagnent moins que le smic. Si jusqu'à maintenant on voyait émerger des problèmes dans certains secteurs ciblés comme dans l'élevage, cette année, toutes les productions sont déficitaires dans la région, à l'exception de la viticulture qui n'est tout de même au mieux de sa forme. Les cours ont chuté : en deux ans, celui du blé a baissé de 40 %, celui du lait de 30 %, tout en sachant que les charges elles continuent constamment d'augmenter. Le problème est que ce que le consommateur achète n'a plus rien à voir avec le prix payé au producteur. Par exemple, le prix du blé vaut actuellement 100 euros la tonne alors que pour trouver un équilibre, il faudrait qu'il soit à 130 euros. Il manque sérieusement 30%... Et cette situation, nous pouvons encore l'endurer au maximum dix-huit mois ; après, il faudra s'attendre à des dépôts de bilan massif..."

-Amélioration des sols par l’agriculture cyclique

-Agriculture -Agriculture intensive-
-Réseau agriculture durable
-France " The Meatrix"

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- Agriculture : autre régulation
-PAC en question
-Multinationales et agriculture
-L'Argentine, le soja et Monsanto

- OGM: Barroso s'obstine
-Pesticides:bombe à retardement
-Agrobusiness___- Le sénateur et Monsanto____-Déréglement agroalimentaire?___- Multinationales et agriculture-______- Semences vitales
____________________ Lait à gogo
-Agrobusiness et subventions
-Prix alimentaires : le vrai et le faux
- Emeutes de la faim
- Agriculture et spéculation
-Nourrir la planète ou gonfler les profits ?

jeudi 20 avril 2023

Notre pain quotidien

Certains se font du blé...sur le blé

                                        Considéré depuis longtemps, dans le plupart des cultures, comme le produit nutritif le plus basique, le plus vital. Le blé traditionnel qui se récoltait à l'échelle de la ferme la plus modeste autrefois, comme celui, modifié, qui couvre d'immenses hectares, en Beauce, en Ukraine ou au Canada. Le marché de ce céréale s'est aujourd'hui internationalisé, comme d'autres produits, qui se vendent à grande échelle, à des prix qui peuvent connaître d'énormes variations, devenant si parfois rares et si chers qu'ils peuvent engendrer des famines locales. Les événements réduisant la production sont souvent mis en cause, mais on parle moins de la spéculation de la part d'institutions internationales qui font monter artificiellement les prix pour leur plus grand bonheur boursier Les transactions spéculatives, à Chicago ou à Genève, échappent au pouvoir des nations. Il n'y a pas que les variations climatiques. La nature a parfois bon dos. Les famines ont souvent des causes humaines. Certaines banques commencent à le comprendre. Les assauts spéculatifs étranglent aussi les producteurs, poussés à disparaître, à s'endetter à outrance, ou à se concentrer encore.   Le pain n'est pas une denrée comme les autres... 


                                                                                                                                        Déjà en 2008, le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation disait:« Il n'y aurait pas eu de crise alimentaire sans spéculation  Ce n'était pas la seule cause de la crise, mais elle l'a accélérée et aggravée. Les marchés agricoles sont naturellement instables, mais la spéculation amplifie les brutales augmentations, tout comme les chutes des prix, qui sont aussi très dommageables pour les pays producteurs. Cela rend difficile la planification de la production et peut brutalement augmenter la facture alimentaire des pays importateurs de denrées. »

 L'agriculture a été sacrifiée sur l'autel du marché et les mêmes  mêmes causes produisent les mêmes effets. La souveraineté alimentaire est le problème-clé.
La responsabilité humaine, le type d'agriculture, le mode de gestion de la planète sont  largement en cause. Il est urgent de repenser l'agriculture et il y aurait beaucoup à dire sur la fragilisation et la dégradation des sols engendrée par l'agriculture intensive
__________________________Si la gabegie alimentaire ne cesse pas, le problème s'aggravera dans les années qui viennent:
"... La moitié du blé mondial et les trois quarts du maïs et du soja ne servent pas à faire du pain, des pâtes, du couscous, des tortillas ou du tofu, mais du poulet, des œufs, du porc, du lait et du bœuf ! Est-ce bien raisonnable à l'échelle mondiale ?
Ces crises à répétition ne vont-elles pas nous inciter à nous interroger sur la durabilité de notre système alimentaire, qui nous amène à manger en France chaque année 85 kg de viande et 90 kg de laitage ? Et que dire des Etats-Unis (125 kg de viande), sans compter la Chine qui rejoint notre gabegie alimentaire ? En tous les cas, à court terme, soit nous acceptons une forte hausse du prix de ces produits, soit les éleveurs seront dans la rue, avant de goûter aux charmes de Pôle emploi (ou du suicide malheureusement...). La saga du groupe volailler Doux qui nous a tenus en haleine risque de n'être que le premier chapitre d'une crise plus profonde.
Les politiques de soutien aux agrocarburants de première génération (éthanol à base de maïs aux Etats-Unis, biodiésel à base de colza en Europe ou d'huile de palme dans de nombreux pays du Sud) vont à nouveau être fortement questionnées. Est-il bien raisonnable de continuer à... brûler une ressource aussi essentielle et dorénavant rare que les grains de céréales ou d'oléagineux, et de défricher à grande échelle la forêt vierge pour pouvoir poursuivre ?..
"... Prendre conscience que l'agriculture représente dorénavant une question-clé pour la paix du monde, et qu'elle a besoin d'un effort collectif très important et d'investissements considérables pour être à la hauteur du défi.
S'organiser entre les différents Etats pour prévenir les crises, avec une limitation de la spéculation, la constitution de stocks-tampons sur tous les continents, et la circulation de l'information (ce que le G20 a, soi-disant, décidé de faire !).
Revoir nos habitudes alimentaires : moins d'obèses ici et moins de mal-nourris là-bas, tout le monde finirait par y gagner. Et promouvoir sur tous les continents une agriculture qui réconcilie écologie et agriculture (en particulier agroécologie ou agriculture écologiquement intensive), qui permette aux paysans du monde de produire eux-mêmes, suffisamment (c'est-à-dire beaucoup) et de façon plus durable, même en prenant en compte les effets délétères du réchauffement planétaire."
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L’agriculture et l’alimentation ne peuvent être laissées aux rapaces de la finance
« Après les subprimes, on spécule sur la nourriture »
Quand le riz devient un produit financier
-Les banques et les bulles 
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Le problème de l'autosuffisance alimentaire se pose encore:
- Du riz, des hommes et du marché>>> Emeutes de la faim>>>Multinationales et agriculture>>>Famine mondiale : causes, remèdes ?>>> Agriculture et spéculation>>>Prix alimentaires : le vrai et le faux

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vendredi 9 avril 2010

Souveraineté alimentaire

En finir avec une agriculture ultra-productiviste et essentiellement exportatrice

-Souveraineté alimentaire ,
agriculture durable
: conditions essentielles

-Riposte paysanne

-Des sols menacés
____.... au bord de l'épuisement





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Souveraineté alimentaire. Que fait l'Europe ? Pour une nouvelle politique agricole et alimentaire européenne.
"...À qui profite à présent son démantèlement(PAC), sur fond de libéralisation des marchés agricoles ? Aux pays exportateurs les plus riches, qui ont contraint les pays pauvres à supprimer leurs protections aux frontières, tout en versant des subventions massives à leur agriculture exportatrice. Aux multinationales, qui peuvent maintenant s’approvisionner à moindre coût. 2008 aura été marquée par la crise mondiale des prix alimentaires et les « révoltes de la faim ». L’Union européenne n’en est-elle pas une des premières responsables, elle qui se tient aux avant-postes de l’Organisation mondiale du commerce, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, chantres de la dérégulation des marchés agricoles ? Le démantèlement de la PAC est une des pièces centrales de ce jeu mortifère.
Le mythe néolibéral est à bout de souffle. Il ne peut résoudre les graves crises planétaires qu’il a créées. Refonder la PAC en faveur d’une agriculture paysanne, écologique et pourvoyeuse d’emplois et d’une alimentation de qualité pour tout le monde : ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité, face aux crises alimentaire, écologique et économique.
Des alternatives crédibles existent : Elles impliquent le respect du droit de souveraineté alimentaire et une régulation internationale des échanges, basées sur la solidarité et la préservation des ressources naturelles..."
>Mission d'animation des Agrobiosciences
>Faut-il supprimer la PAC ?

- Coline Serreau, la belle verte-AgoraVox:
"...l’Île de France. Dans cette agglomération de 12 millions d’habitants, il n’y a plus que 150 maraîchers quand on en comptait 350 il n’y pas si longtemps. On perd entre 30 et 35 000 exploitations par an en France. Comment ferons-nous quand nous aurons besoin de l’agriculture pour subvenir à nos besoins ?
Le pétrole va finir par manquer. La France dépend des camions et des avions qui chaque jour alimentent Rungis. Nous disposons de 3 ou 4 jours d’autonomie. Les politiques ont-ils réfléchi à des solutions ? Il s’agit de se retrousser les manches pour mettre en place un modèle de développement qui respecte l’homme et son environnement. La cinéaste a tourné, caméra sur l’épaule, en France, au Maroc, au Brésil, en Inde, en Ukraine. Durée du tournage : un an. Durée du montage : deux ans. 170 heures de rush. De quoi faire 6 films d’une heure et demi chacun.
Elle donne la parole à ceux qui agissent : des représentants du Mouvement des sans terre, le créateur d’une Amap en région parisienne, un agriculteur ukrainien qui cultive bio depuis 30 ans, le fondateur de l’association Kokopelli qui conserve des semences et les distribue partout dans le monde, des chercheurs (voir leur liste complète ci-dessous, après la vidéo). Leurs propos, toujours passionnants, ouvrent la porte des possibles.
Coline Serreau les a laissés s’exprimer. Leurs idées, leurs initiatives, pour l’heure parcellaires, se développent. Leur point commun ? Ils ont compris qu’on ne changerait pas la société si l’on ne changeait pas aussi la façon dont nous nous nourrissons. Utopique ?.."

-Solutions Locales pour un désordre global
-Plutôt que le protectionnisme, la souveraineté alimentaire

____Ces accords que Bruxelles impose à l’Afrique
__________
-Agriculture durable
-André Pochon : Les vingt ans de l'agriculture durable
-Pochon agriculture durable - Recherche Google
-Cet autre modèle agricole français qui rend les paysans heureux - Face au productivisme
>Recherche sur«Agriculture»

- PAYSANS PRATIQUANT L'AGRICULTURE DURABLE
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Errements agricoles
-Terres à vendre
-
-OGM: Barroso s'obstine__-Colère paysanne___- Semences vitales___-Pesticides:bombe à retardement___-L'Argentine, le soja et Monsanto___-Déréglement agroalimentaire?___-Nourrir la planète ou gonfler les profits ?

dimanche 26 juillet 2009

Déréglement agroalimentaire?

"La faim n'est pas une fatalité ni non plus un hasard malheureux. La faim est une politique, menée avec un cynisme croissant. L'expression «géopolitique de la faim», forgée par Josué de Castro au Brésil pour désigner le sort des populations privées de tout accès à la nourriture pour des raisons politiques, n'a jamais cessé depuis d'être d'actualité." (J.Julliard)


"
« Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlez la population. » Henry Kissinger (1970)








OGM, solution (finale) à la surpopulation - AgoraVox:

Depuis qu’Henry Kissinger énonçait il y a 40 ans cette implacable lapalissade et programme géopolitique bien connue, les USA se sont agités de part le monde pour mettre en place un contrôle stratégique sur les régions productrices d’or noir...Comme le rappelait George Bush Jr plus récemment à propos des US « Nous sommes accrocs au pétrole ». Cette idée s’impose dans les faits à l’ensemble des nations, inutile de revenir là dessus.Côté nourriture, la problématique devient plus sensible pour deux raisons qui ont encore très peu sauté aux yeux de cette minorité occidentale que nous sommes.

  • C’est tout d’abord une question de santé et de survie pour chacun de nous. En cas de pic pétrolier, l’individu lambda, aura de gros problèmes et se mettra vraisemblablement très en colère...Que la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire se dérègle, et beaucoup tomberont malade. Que cette chaîne s’interrompe, et beaucoup mourront.

  • La qualité de la nourriture conditionne aussi la santé de la population. Cette question est souvent considérée comme secondaire, dans la mesure ou pour beaucoup, la quantité prime sur la qualité. Pas forcement une question liée au degré de pauvreté et de creux dans l’estomac... mais les plus pauvres de ce monde ont tendances à devenir soit squelettiques, soit obèses.- Du champs à l’assiette. Quelle agriculture ?-La chimie, la santé et l’agroalimentaire sont les marchés les plus puissants et les plus omnipotent au monde. Le fantasme de Robert Shapiro, ancien PDG de Monsanto, de voir les industries de la santé, de l’agriculture et de l’agro-alimentaire se fondre en un seul corps tentaculaire est dans les faits pratiquement abouti, et réalisé par les principaux groupes de ce secteur.Monsanto s’est dans ce but allié au laboratoire américano-suédois Pharmacia & Upjohn (P&U) en 1999, donnant le groupe Pharmacia Corp. qui fut racheté en 2002 par Pfizer, leader pharmaceutique mondial. Monsanto a officiellement été libéré de Pfizer, néanmoins Pfizer en a conservé certain sites de Recherche & développement.En France Sanofi-Synthélabo, l’entreprise pharmaceutique est devenue en 2004 Sanofi-Aventis suite à l’acquisition par le groupe français du groupe franco-allemand Aventis dont l’activité dans le domaine de la semence est regroupé sous le nom Aventis CropScience .Les exemples de ce type de fusion sont légions ces 10 dernières années, et concernent tous les grands noms d’une industrie désormais véritablement « chimico/pharma/semencière ».La frontière entre secteur privé et secteur public devient elle aussi de plus en plus ténue.Le « Codex Alimentarius », objet de pas mal de fantasmes, organe international financé par l’OMS et l’OMC, et dont il faut retenir le nom, mérite un article à lui tout seul sur ce thème, donc je passerai directement à notre situation franco-française

  • L’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), établissement public français dont la mission principale est d’évaluer les risques sanitaires pour les aliments et l’eau, a près de 65 % de ses experts entretenant des liens directs et souvent contractuels avec les industries chimiques et agro-alimentaires.A voir à ce propos le documentaire extrait de l’émission de 90 minutes de Canal+ sur les petits arrangements entre l’Afssa et Monsanto. A télécharger ICI (Vidéo de 17 minutes)Aux Usa, toujours en avance sur nous, les salariés de la FAO (Food and Agriculture Organization, soit en francais, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de Monsanto sont mutés et transférés d’une structure à l’autre le plus naturellement du monde de la corporation à l’agence gouvernementale et inversement.Public et privé sont là-bas des notions bien plus désuètes que chez nous.A la base de cette pyramide, le consommateur. Quel est la connaissance, voire l’influence du citoyen lambda sur la chaine alimentaire ?Les agriculteurs représentent 1% de la population en France et 2% de la population mondiale. Le reste de la population, et plus que jamais celle des grandes agglomérations, en est dépendante et en est globalement réduite à la position perpétuelle de l’oisillon qui tend le cou sans trop savoir d’où vient ce qui lui tombe dans le bec et à quel prix (J’entends ici, quelles externalités.)Maintenant, quelques constats :L’agriculture pompe aujourd’hui 70% des ressources mondiales en eau et est responsable de 30% des émissions de gaz carbonique générées par l’humanité (ce chiffre exclut les fameux pets de ruminants, qui eux, expulsent du méthane)L’agriculture intensive aujourd’hui est majoritairement responsable du déboisement des forêt primaires équatoriales et du phénomène de désertification.« Selon une étude de l’ONU, les déserts (chauds et froids) couvraient 44% de la surface terrestre en 1977 contre 63% en l’an 2000. » (Source Wiki)

  • -Quelles sont les agricultures alternatives et quelles seraient les conséquences de leur application ?-Ecoagriculture, agroforesterie, permaculture sont des domaines de réflexions sur une agriculture différente, qui offrent déjà un univers de solutions étudiées, éprouvées et efficaces.Pour donner un exemple emblématique, le semis direct ou agriculture sans labour, qui commence à être adopté par un nombre croissant d’agriculteur en Amérique du sud.Le labour ne sert à l’origine qu’à éliminer les mauvaise herbes.Les 4 conséquence principales d’un labour sont néanmoins désastreuses, et sont les suivantes :

  • Destruction de la structure du sol, car la remontée vers la surface de champignons et fongus qui logiquement nourrissent la plante et conservent l’eau sous terre, tue ces éléments indispensables.

  • Libération de 1 tonne de gaz carbonique par hectare, gaz logiquement capturé par les plantes et stocké dans le sol. (Étude ICI)

  • Consommation de 140 litres de fuel par hectare par l’engin agricole. (+ gaz d’échappement)

  • Érosion du sol qui peut s’élever jusqu’à 25 tonnes par an et par hectare cultivé, ce qui correspond à environ 25 mm d’épaisseur de sol. La pluie et le vent emportent en effet la terre laissée à nu.-Conséquences à l’echelle mondialeL’agriculture intensive avec labour telle que pratiquée partout dans le monde est donc responsable de 30% des émissions de gaz carbonique, a éliminé 90% de la de faune fongique du sol en Europe. La majorité du blé européen n’est à ce titre plus « panifiable », et beaucoup de notre pain quotidien est dû à la sueur des fronts brésiliens et argentins qui nous exportent leur blé.Les insectes prédateurs naturels des cultures, n’attaquent et dévorent que les plantes malades. Les tonnes d’insecticide épandu sur les champs ne servent donc qu’à protéger des champs de fruits, légumes ou céréales malades de pousser dans des sols détruits par le labour et les engrais chimiques.Voir le constat édifiant d’un micro-biologiste des sols ICI-Selon une étude de la commission européenne, la perte de sol se monte à 25 milliards de tonnes par an dans le monde. Le labour qui, comme je l’ai expliqué plus haut n’avait à l’origine pour but qu’un désherbage, est en fait aujourd’hui conservé pour aérer la terre morte, dure comme du béton et tassée sur plusieurs centimètres, ou rien ne peut plus pénétrer, ni les graines, ni la pluie.(Marchez sur un sol en sous bois, puis sur un sol au milieu d’un champs, vous verrez tout de suite de quoi je veux parler...)Conséquences potentielles d’une adoption de l’agriculture sans labour à l’échelle internationaleL’agriculture sans labour réduirait les émissions de carbones au rare passage des engins agricole sur le champs (et l’on tombe à moins de 20 litres de fuel par hectare)Le sol garde sa structure, et nourrit véritablement la plante, dont les « défenses immunitaires » deviennent suffisantes et permettent l’abandon de la majorité des engrais, des pesticides et des anti-fongiques.Un tel changement de système d’agriculture, donc de culture permettrait ensuite à chaque pays un minimum agricole, de respecter les termes du protocole de Kyoto sur les émissions de gaz carbonique.

Citons aussi la technique du BRF (Bois Raméal Fragmenté) qui permet tout simplement d’abandonner l’arrosage..Science-Fiction ?La technique du BRF consiste en la mise en place d’une couche de 2 à 8 centimètres de résidus du broyage de branchages et permet une division par 10 de l’arrosage sur un champ. En France cela limite donc l’arrosage à ce que fournit naturellement la pluie, et en Afrique réduit considérablement la quantité d’eau nécessaire à la production alimentaire, dans des limites qui rendent cette consommation d’eau supportable et possible.Les exemples sont légions dans le registre de la re-création d’écosystèmes qui permettent ce quasi-miracle pour les profanes, d’avoir une agriculture plus productive, plus saine, et qui nécessite moins de travail.Les gains de productivité, qui sont véritablement le seul argument de vente de nos Drug-dealers agricoles internationaux, ne sont d’ailleurs finalement même pas au rendez-vous...Une étude publiée en avril 2008 par l’Université du Kansas conclut que le soja OGM a un rendement de 10% inférieur à celui de son équivalent naturel. Le professeur Barney Gordon, du département de recherche agronomique de cette université, affirme avoir débuté cette étude après avoir reçu des plaintes de cultivateurs.Sur le terrain ; en effet et notoirement, les champs OGM d’Argentine connaissent une baisse de production de 10% par hectares en moyenne.Notre agriculture « moderne » résultant de cette Révolution Verte d’après Seconde Guerre Mondiale, est en matière de respect de l’environnement, une erreur tragique, une blessure désastreuse dans l’histoire non seulement de l’humanité, mais de toute faune et flore de ce monde.Envisagé par le profane comme la panacée qui « a permis de nourrir toute la population mondiale dans cette ère d’explosion démographique », elle a dans le même temps scié une branche sur laquelle nous somme tous assis, en imposant un modèle agricole destructif.Ne bénéficiant véritablement qu’à 5, 6 de ces groupes semenciers et chimiques, ce modèle est donc une superbe arnaque, un exemple typique de délire culturel imposé à travers le monde au fil de l’histoire de la colonisation..Cette agriculture à l’européenne à déstabilisé des cultures entières qui ont oublié leurs traditions fermières (la société africaine... une des plus structurée au monde avant l’esclavagisme), fait oublier des merveilles de technicité agricole (la fabuleuse « Terra Preta » d’Amérique du sud précolombienne), et contribue aujourd’hui à détruire l’environnement en monopolisant des ressources en eau phénoménale, créant des déserts, et déversant des tonnes de produits chimiques dans les sols et l’eau.Le point d’orgue, véritable cadenas de la Révolution Verte, est aujourd’hui incontestablement la naissance et l’imposition des OGM dans le monde.La lutte pour la protection de l’environnement nécessite, selon tous les discours écolos actuels, que l’humanité, dans sa grande majorité cesse de calquer son train de vie sur l’occidental rêvé typique, classe moyenne-supérieure, et que cet hurluberlu là abandonne son propre train de vie et habitudes de sur-consommation et de sur-gaspillage.

Ne serait-il pas plus simple et plus rapide de changer les méthodes de travail des agriculteurs, qui eux ne représentent en effectif que 2% de l’humanité ?Les conséquences sur l’environnement seraient tangibles en à peine 3 ans, le temps de passer à une agriculture « bio », qui selon la FAO serait largement capable de nourrir l’humanité.Quel est l’objectif de l’agriculture aujourd’hui, dans le monde ? Nourrir la population croissante, supposée atteindre 9 milliards en 2030 ?C’est bel et bien un défi, mais en terme d’objectif, est-ce vraiment celui des 5, 6 compagnies semencières qui se partagent les bénéfices de la ventes de grain, et produits chimiques phytosanitaire .Le sujet est vaste, mais après quelques recherche sur les OGM on se retrouve systématiquement face aux infos relatives aux danger des OGM sur la santé humaine, danger qui concrètement se trouve être assez souvent une baisse de la fertilité, des hommes et des femmes.Accident industriels ?Je renvoie là encore à l’indispensable reportage de Canal+ ICI, et à 5 informations mainstream disponibles sous le lien suivant et dont l’intérêt est de mettre en relief une vraie stratégie derrière ces “accidents industriels”

Réduire la population mondiale, le véritable objectif des corporations semencières mondiale ?L’idée sonne a priori comme le fin du fin en matière de théorie du complot, et c’est l’hypothèse de F. William Engdahl dans son livre « Semences de destruction », paru en France en 2008, préfacé par José Bové et parrainé par la confédération paysanne.Un résumé du livre, en moins de 20 pages (pdf) est disponibleICIA lire de tout urgence, afin de voir plus clair dans le débat sur les OGM. A ceux qui n’ont qu’un sourire en coin à l’idée qu’un complot de ce type puisse exister, le fait est qu’ici, il ne s’agit pas vraiment d’un complot, dans la mesure ou toutes les informations à ce sujet n’ont plus rien de secrètes... le Mémo NSSM 200 rédigé par Kissinger en 1974 préconisant une réduction de la population mondiale en utilisant « l ’arme » agro-alimentaire à l’horizon 2000 est un document publique, disponible ICI.

Vous avez peut-être entendu parler, ou plus probablement lu, si vous lisez l’anglais, des articles sur cette nouvelle loi, actuellement en cours de débat parlementaire aux USA, la loi HR875 (au doux nom de Food Safety Modernization Act) qui grosso-modo et très sûrement autorisera le gouvernement des USA à décider de ce qui est cultivable ou non, jusque dans le jardin des citoyens, et démolit toute possibilité de culture bio par des petites fermes. La loi est défendue par une sénatrice démocrate, Rosa DeLauro , elle même mariée à une grosse légume de Monsanto.Mais c’est aux USA, c’est loin...-Pour vous sentir plus directement concerné, je vous conseille cette courte vidéo, ICI qui nous rapproche considérablement du problème, expliquant le cas de la condamnation de l’association française Kokopelli à 80 000 euros pour avoir simplement vendu des graines de tomates non autorisé sur le marché.Celles-ci avaient le désavantage de NE PAS être OGM. Ces plans de tomates, naturels, ne sont l’objet d’aucun brevet, et peuvent produire des tomates elles mêmes fertiles.. Les vendre est donc en France un acte criminel puni par la loi.Ces types de graines (celles simplement produites par la nature) sont aujourd’hui relativement difficiles à trouver dans plusieurs parties du monde.Cultiver des patates, des tomates ou des carottes dans son jardin, stocker, échanger des plants ou des graines deviendra peu à peu un acte révolutionnaire. Même Barack Obama a déjà eu l’occasion de se faire taper sur les doigts par les industries semencières pour avoir laissé sa femme tenter de médiatiser son petit potager derrière la Maison Blanche. Le défi alimentaire du siècle passe sans aucun doute possible par l’appropriation de l’agriculture par tous, la prise de conscience que la production alimentaire peut s’intégrer aux éco-systèmes, plutôt que les détruire et que, comme le préconise Pierre Rabhi, chacun d’entre nous s’empare de ce pouvoir, pour créer des oasis en tout lieu.C’est bel et bien une forme de résistance que nous serons vraisemblablement tous amenés à considérer ..."

-OGM. Semences de destruction
-ATTAC - Suisse | L’Arme OGM
-TSR Archives: l'arme de la faim
-Agriculture,OGM,AFFSA
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-Agriculture : autre régulation
-Le sénateur et Monsanto

lundi 29 janvier 2024

Crise agricole (suite)

Où va l'agriculture française? 

                   C'est plus qu'une question de normes. Il s'agit de changer les règles du jeu franco-européen et les chèques ne suffiront pas. Mais c'est compliqué face aux injonctions contradictoires auxquelles sont soumis la masse des agriculteurs. Le contexte est inflammable. Cette crise n'est pas nouvelle. C'est juste une nouvelle phase.  C'est l'heure des choix. La puissance agricole serait-elle déclinante? Il faut resituer cette nouvelle phase au sein d'une crise globale, comme l'analyse Romaric Godin:



                                                                          

Dans                      " Dans l’imaginaire collectif français, l’agriculture est considérée comme une activité à part, vraie, noble et artisanale, qui subit les assauts de l’industrie comme jadis elle devait abandonner son surplus à l’aristocratie oisive. Cette image de l’inconscient collectif qui pourrait être restituée par L’Angélus, de Millet, tableau présenté en 1865, manque une part essentielle de l’évolution récente de ce secteur.   Car l’agriculture est avant tout une activité capitaliste, très fortement industrialisée et très concentrée. Pour comprendre sa crise actuelle, il faut l’analyser comme telle. Or l’évolution globale de ce secteur traduit de façon presque chimiquement pure les impasses du capitalisme contemporain.                                                                                                                                    Après la Seconde Guerre mondiale, le capitalisme agricole français accélère, avec l’appui des pouvoirs publics soucieux d’en faire un secteur compétitif sur le marché mondial. Le but de la production agricole française n’est plus, contrairement à ce que l’on entend souvent, de « nourrir la France », mais bien plutôt de gagner les marchés mondiaux pour augmenter ses profits.                                                                            Le secteur agricole est alors, jusque dans les années 1990, un des secteurs qui a connu le plus de gains de productivité dans l’économie française. La conséquence est que la production était abondante, les agriculteurs (et les intermédiaires) pouvaient compter sur les volumes pour se rémunérer de mieux en mieux, tandis que les consommateurs, eux, bénéficiaient de prix plus attractifs.   Dans ces conditions, l’ouverture des marchés internationaux permettait à l’agriculture française de se spécialiser dans les productions les plus rentables et les plus mécanisées pour conquérir les marchés étrangers, tandis que le consommateur pouvait trouver les autres productions bon marché en provenance de pays moins productifs.   Sur le papier, c’était là le meilleur des mondes. Tout cela s’est achevé dans les années 2000. À ce moment-là, la productivité du secteur agricole français commence à stagner, voire à reculer, selon un document publié dans une revue des chambres agricoles de France en 2022. Ledit document estime que les gains cumulés de productivité entre 1980 et 2022 représentent 25 milliards d’euros, mais les trois quarts de cette somme s’expliquent par des gains de productivité réalisés avant 1995.                                                                                                                                             Avec ce retournement, la situation de la filière agricole change entièrement. D’autant que le secteur doit faire face à des vents contraires : des crises écologiques à répétition, une concurrence internationale de plus en plus forte et une demande mondiale plutôt en faible croissance. Or, sans gains de productivité notables, la compétitivité sur les marchés internationaux est logiquement dégradée. Le secteur affiche encore un excédent commercial, mais la France est sortie du top 5 mondial et ses parts de marché ont stagné en 2022, alors même que l’année avait été très bonne au bénéfice de la crise en Ukraine.  Résultat : la pression sur le chiffre d’affaires ne peut être compensée par une plus forte efficacité de la production. Autrement dit, la pression sur les profits est considérable.Sans gains de productivité, augmenter les profits n’est pas chose aisée. On peut soit réduire les salaires horaires réels, soit augmenter les prix. Mais aucune de ces méthodes n’est réellement satisfaisante pour le secteur agricole.                                                                                                                                                                     Certes, l’exploitation des salariés agricoles reste forte, notamment celle des saisonniers souvent en situation irrégulière. Mais l’essentiel des salaires du secteur sont désormais versés aux familles des exploitants, ce qui explique que leur part dans la valeur ajoutée s’est stabilisée entre 2010 et 2023, passant de 19,4 % de la valeur ajoutée subventionnée à 19,8 %. Mais on voit que ce poste ne peut compenser la baisse de la production.                                                                                                                     Quant à l’arme des prix, son usage est également périlleux. Les événements de ces deux dernières années ont montré les limites des hausses de prix. En 2022, le bénéfice du secteur a explosé en raison des prix. Les volumes ont progressé de 2,8 % et les prix de 17 %. Mais la consommation alimentaire s’est effondrée en conséquence puisque les revenus réels des ménages ont reculé. Résultat : en 2023, prix et volumes ont fortement reculé et le bénéfice brut du secteur agricole en 2023 a reculé de près de 8,5 % sur un an.   Quelles autres solutions demeurent alors ? La première est l’aide publique. En 2023, L’État a apporté sous forme de subventions 8,4 milliards d’euros, soit 21,2 % de la valeur ajoutée brute du secteur ou 92,4 % des salaires versés. C’est une aide considérable qui, néanmoins, stagne depuis 2010. Sa fonction passée de soutien à la « modernisation », c’est-à-dire à l’augmentation de la productivité, a changé puisqu’elle vient désormais compenser l’absence de gains de productivité.                                      Mais ces subventions n’assurent pas la croissance. Reste alors la fuite en avant : « l’investissement » financé par des prêts pour moderniser encore et toujours en espérant que la productivité repartira à la hausse. Pendant des années, la baisse des taux a permis de voir les intérêts versés par le secteur reculer fortement. En 2020, le montant des intérêts versés était de 381 millions d’euros, soit 78 % de moins que celui de 2007. Cela a apporté une bouffée d’air frais au secteur, mais la fête est finie : les intérêts versés en 2023 ont été de 657 millions d’euros, soit une hausse de 72 % en deux ans. Surtout, le recours à la dette n’a pas permis d’améliorer la productivité.                                                      Une double crise... Le cœur du problème de la filière agricole réside bien dans la stagnation de sa productivité. Entre 2021 et 2023, la filière a connu une croissance de ses bénéfices uniquement grâce à la hausse des prix, mais désormais les prix se retournent et mettent les producteurs sous pression. Une croissance par les seuls prix dans le contexte actuel n’est, par ailleurs, pas tenable. Car c’est bien là le problème : l’agriculture est une sorte d’avant-garde de la crise capitaliste actuelle, mais elle est encastrée elle-même dans cette crise. Si les salaires sont sous pression parce que les gains de productivité globaux sont faibles, une stratégie fondée sur les prix, quand bien même les agriculteurs se débarrasseraient de tous les intermédiaires, est intenable à terme.  En réalité, la solution interne au capitalisme agricole semble bien difficile à trouver. Car d’où vient l’épuisement des gains de productivité ? Les arguments avancés par l’analyse citée plus haut des chambres d’agriculture, notamment la baisse de la production, ne sont pas convaincants.  Il faut bien plutôt avancer l’hypothèse que ce phénomène est lié à des raisons structurelles qui peuvent être nombreuses, mais qui toutes ramènent aux conséquences d’une très forte hausse passée de la productivité. La première explication rejoint celle de l’économiste Robert Gordon qui, en 2010, a estimé que, parvenus à un certain niveau technologique, les gains de toute innovation nouvelle étaient plus difficiles à réaliser. Surmécanisée, l’agriculture française n’aurait donc plus de réserves de gains de productivité.          Cela est d’autant plus vrai que le secteur est très fortement concentré, malgré les rappels appuyés sur sa « diversité » : entre 1982 et 2023, le nombre d’exploitants agricoles a reculé de 75%...Mais cette hypothèse peut, en réalité, être encore élargie. L’industrialisation agricole passée a conduit à une double impasse écologique et économique.                                                                                                                                 On ne s’étendra pas sur le premier problème, qui est évident. L’usage immodéré des fertilisants et des pesticides, ainsi que la mécanisation et l’exploitation intensive détruisent les écosystèmes et participent au dérèglement climatique. Ils sont donc à la source de nombreuses calamités qui viennent peser sur la capacité de production et les revenus des agriculteurs. Plus le rendement augmente donc, plus les profits futurs sont mis en danger.     Sur le plan économique, la situation de l’agriculture française illustre bien les limites de la fuite en avant productiviste sur le capital lui-même. En s’industrialisant massivement, le secteur agricole a acquis un stock de capital considérable qu’il faut entretenir. Plus on gagne en productivité, plus on a donc besoin de faire des bénéfices pour pouvoir maintenir le rendement de l’activité en dépit de ce capital fixe. Il faut donc encore plus mécaniser, ce qui aggrave le problème.   Et lorsque les gains de productivité disparaissent, ce stock de capital fixe devient un poids considérable alors même que les ressorts du profit s’amenuisent. Selon les chiffres de l’Insee, la consommation de capital fixe de l’agriculture française est passée de 31,6 % du revenu brut hors subventions de la branche en 1980 à 53,9 % en 2023. Dans ces conditions, la pression sur le profit est considérable et croissante.                                                                                                                             Pour employer des termes marxiens, on pourrait dire que le secteur souffre aujourd’hui d’une composition organique du capital qui s’est dégradée : la part du capital fixe empêche de produire suffisamment de profits pour avoir un retour sur investissement satisfaisant.  La part de la consommation du capital devient telle que la profitabilité de l’agriculture française chute inexorablement. L’absence de gains de productivité permettrait en théorie de ralentir le phénomène en réduisant cette consommation. Mais dans la mesure elle pèse aussi sur le profit, comme on l’a vu, elle ne fait que l’exacerber.            Dans ces conditions, les « normes » ou « les taxes » qui sont pourtant les conditions mêmes de la poursuite de la production, par le respect des écosystèmes et par le financement des larges subventions versées au secteur, sont d’inacceptables entraves pour les patrons agricoles à leur profitabilité sous pression. Pris dans le cercle vicieux de la logique productiviste, ils cherchent une fuite en avant qui ne les mènera qu’à un désastre encore plus certain.                               La colère actuelle traduit donc cette impasse dans laquelle est désormais l’agriculture capitaliste française. Ce secteur qui, pour certains comme l’historienne canadienne Ellen Meiksins Wood, a été l’un des premiers moteurs du capitalisme, semble être devenu le symbole de sa double crise actuelle : écologique et économique.    L’agriculture française arrive au terme de son développement capitaliste et il n’existe pas de solutions internes durables à cette double crise, il n’existe que des solutions d’urgence qui renforceront d’autant la crise.   L’incapacité du secteur et des pouvoirs publics à proposer une autre organisation où le profit ne soit plus central, mais où la priorité soit donnée aux besoins de nourrir le pays, ne semble donc pas présager la fin de cette crise structurelle."  [Merci à Romaric Godin]

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Dans"...Dans l’imaginaire collectif français, l’agriculture est considérée comme une activité à part, vraie, noble et artisanale, qui subit les assauts de l’industrie comme jadis elle devait abandonner son surplus à l’aristocratie oisive. Cette image de l’inconscient collectif qui pourrait être restituée par L’Angélus, de Millet, tableau présenté en 1865, manque une part essentielle de l’évolution récente de ce secteur.     Car l’agriculture est avant tout une activité capitaliste, très fortement industrialisée et très concentrée. Pour comprendre sa crise actuelle, il faut l’analyser comme telle. Or l’évolution globale de ce secteur traduit de façon presque chimiquement pure les impasses du capitalisme contemporain.                                                                                                        Après la Seconde Guerre mondiale, le capitalisme agricole français accélère, avec l’appui des pouvoirs publics soucieux d’en faire un secteur compétitif sur le marché mondial. Le but de la production agricole française n’est plus, contrairement à ce que l’on entend souvent, de « nourrir la France », mais bien plutôt de gagner les marchés mondiaux pour augmenter ses profits.                            Le secteur agricole est alors, jusque dans les années 1990, un des secteurs qui a connu le plus de gains de productivité dans l’économie française. La conséquence est que la production était abondante, les agriculteurs (et les intermédiaires) pouvaient compter sur les volumes pour se rémunérer de mieux en mieux, tandis que les consommateurs, eux, bénéficiaient de prix plus attractifs.    Dans ces conditions, l’ouverture des marchés internationaux permettait à l’agriculture française de se spécialiser dans les productions les plus rentables et les plus mécanisées pour conquérir les marchés étrangers, tandis que le consommateur pouvait trouver les autres productions bon marché en provenance de pays moins productifs.   Sur le papier, c’était là le meilleur des mondes. Tout cela s’est achevé dans les années 2000. À ce moment-là, la productivité du secteur agricole français commence à stagner, voire à reculer, selon un document publié dans une revue des chambres agricoles de France en 2022. Ledit document estime que les gains cumulés de productivité entre 1980 et 2022 représentent 25 milliards d’euros, mais les trois quarts de cette somme s’expliquent par des gains de productivité réalisés avant 1995.                                            Avec ce retournement, la situation de la filière agricole change entièrement. D’autant que le secteur doit faire face à des vents contraires : des crises écologiques à répétition, une concurrence internationale de plus en plus forte et une demande mondiale plutôt en faible croissance. Or, sans gains de productivité notables, la compétitivité sur les marchés internationaux est logiquement dégradée. Le secteur affiche encore un excédent commercial, mais la France est sortie du top 5 mondial et ses parts de marché ont stagné en 2022, alors même que l’année avait été très bonne au bénéfice de la crise en Ukraine.    Résultat : la pression sur le chiffre d’affaires ne peut être compensée par une plus forte efficacité de la production. Autrement dit, la pression sur les profits est considérable.   Sans gains de productivité, augmenter les profits n’est pas chose aisée. On peut soit réduire les salaires horaires réels, soit augmenter les prix. Mais aucune de ces méthodes n’est réellement satisfaisante pour le secteur agricole.                                                                                         Certes, l’exploitation des salariés agricoles reste forte, notamment celle des saisonniers souvent en situation irrégulière. Mais l’essentiel des salaires du secteur sont désormais versés aux familles des exploitants, ce qui explique que leur part dans la valeur ajoutée s’est stabilisée entre 2010 et 2023, passant de 19,4 % de la valeur ajoutée subventionnée à 19,8 %. Mais on voit que ce poste ne peut compenser la baisse de la productivité.  L’aide publique vient désormais compenser l’absence de gains de productivité.    Quant à l’arme des prix, son usage est également périlleux. Les événements de ces deux dernières années ont montré les limites des hausses de prix. En 2022, le bénéfice du secteur a explosé en raison des prix. Les volumes ont progressé de 2,8 % et les prix de 17 %. Mais la consommation alimentaire s’est effondrée en conséquence puisque les revenus réels des ménages ont reculé. Résultat : en 2023, prix et volumes ont fortement reculé et le bénéfice brut du secteur agricole en 2023 a reculé de près de 8,5 % sur un an.                                               Quelles autres solutions demeurent alors ? La première est l’aide publique. En 2023, L’État a apporté sous forme de subventions 8,4 milliards d’euros, soit 21,2 % de la valeur ajoutée brute du secteur ou 92,4 % des salaires versés. C’est une aide considérable qui, néanmoins, stagne depuis 2010. Sa fonction passée de soutien à la « modernisation », c’est-à-dire à l’augmentation de la productivité, a changé puisqu’elle vient désormais compenser l’absence de gains de productivité. Mais ces subventions n’assurent pas la croissance. Reste alors la fuite en avant : « l’investissement » financé par des prêts pour moderniser encore et toujours en espérant que la productivité repartira à la hausse. Pendant des années, la baisse des taux a permis de voir les intérêts versés par le secteur reculer fortement. En 2020, le montant des intérêts versés était de 381 millions d’euros, soit 78 % de moins que celui de 2007. Cela a apporté une bouffée d’air frais au secteur, mais la fête est finie : les intérêts versés en 2023 ont été de 657 millions d’euros, soit une hausse de 72 % en deux ans. Surtout, le recours à la dette n’a pas permis d’améliorer la productivité.                                                                                                                                                        Le cœur du problème de la filière agricole réside bien dans la stagnation de sa productivité. Entre 2021 et 2023, la filière a connu une croissance de ses bénéfices uniquement grâce à la hausse des prix, mais désormais les prix se retournent et mettent les producteurs sous pression. Une croissance par les seuls prix dans le contexte actuel n’est, par ailleurs, pas tenable.   Car c’est bien là le problème : l’agriculture est une sorte d’avant-garde de la crise capitaliste actuelle, mais elle est encastrée elle-même dans cette crise. Si les salaires sont sous pression parce que les gains de productivité globaux sont faibles, une stratégie fondée sur les prix, quand bien même les agriculteurs se débarrasseraient de tous les intermédiaires, est intenable à terme.   En réalité, la solution interne au capitalisme agricole semble bien difficile à trouver. Car d’où vient l’épuisement des gains de productivité ? Les arguments avancés par l’analyse citée plus haut des chambres d’agriculture, notamment la baisse de la production, ne sont pas convaincants.   Il faut bien plutôt avancer l’hypothèse que ce phénomène est lié à des raisons structurelles qui peuvent être nombreuses, mais qui toutes ramènent aux conséquences d’une très forte hausse passée de la productivité. La première explication rejoint celle de l’économiste Robert Gordon qui, en 2010, a estimé que, parvenus à un certain niveau technologique, les gains de toute innovation nouvelle étaient plus difficiles à réaliser. Surmécanisée, l’agriculture française n’aurait donc plus de réserves de gains de productivité.   Cela est d’autant plus vrai que le secteur est très fortement concentré, malgré les rappels appuyés sur sa « diversité » : entre 1982 et 2023, le nombre d’exploitants agricoles a reculé de 75 % pour se situer à 446 400. La situation de l’agriculture française illustre bien les limites de la fuite en avant productiviste sur le capital lui-même.                        Mais cette hypothèse peut, en réalité, être encore élargie. L’industrialisation agricole passée a conduit à une double impasse écologique et économique.   On ne s’étendra pas sur le premier problème, qui est évident. L’usage immodéré des fertilisants et des pesticides, ainsi que la mécanisation et l’exploitation intensive détruisent les écosystèmes et participent au dérèglement climatique. Ils sont donc à la source de nombreuses calamités qui viennent peser sur la capacité de production et les revenus des agriculteurs. Plus le rendement augmente donc, plus les profits futurs sont mis en danger.   Sur le plan économique, la situation de l’agriculture française illustre bien les limites de la fuite en avant productiviste sur le capital lui-même. En s’industrialisant massivement, le secteur agricole a acquis un stock de capital considérable qu’il faut entretenir. Plus on gagne en productivité, plus on a donc besoin de faire des bénéfices pour pouvoir maintenir le rendement de l’activité en dépit de ce capital fixe. Il faut donc encore plus mécaniser, ce qui aggrave le problème.   Et lorsque les gains de productivité disparaissent, ce stock de capital fixe devient un poids considérable alors même que les ressorts du profit s’amenuisent. Selon les chiffres de l’Insee, la consommation de capital fixe de l’agriculture française est passée de 31,6 % du revenu brut hors subventions de la branche en 1980 à 53,9 % en 2023. Dans ces conditions, la pression sur le profit est considérable et croissante.   Pour employer des termes marxiens, on pourrait dire que le secteur souffre aujourd’hui d’une composition organique du capital qui s’est dégradée : la part du capital fixe empêche de produire suffisamment de profits pour avoir un retour sur investissement satisfaisant.  La part de la consommation du capital devient telle que la profitabilité de l’agriculture française chute inexorablement. L’absence de gains de productivité permettrait en théorie de ralentir le phénomène en réduisant cette consommation. Mais dans la mesure elle pèse aussi sur le profit, comme on l’a vu, elle ne fait que l’exacerber.                                         Dans ces conditions, les « normes » ou « les taxes » qui sont pourtant les conditions mêmes de la poursuite de la production, par le respect des écosystèmes et par le financement des larges subventions versées au secteur, sont d’inacceptables entraves pour les patrons agricoles à leur profitabilité sous pression. Pris dans le cercle vicieux de la logique productiviste, ils cherchent une fuite en avant qui ne les mènera qu’à un désastre encore plus certain.               La colère actuelle traduit donc cette impasse dans laquelle est désormais l’agriculture capitaliste française. Ce secteur qui, pour certains comme l’historienne canadienne Ellen Meiksins Wood, a été l’un des premiers moteurs du capitalisme, semble être devenu le symbole de sa double crise actuelle : écologique et économique.   L’agriculture française arrive au terme de son développement capitaliste et il n’existe pas de solutions internes durables à cette double crise, il n’existe que des solutions d’urgence qui renforceront d’autant la crise.    L’incapacité du secteur et des pouvoirs publics à proposer une autre organisation où le profit ne soit plus central, mais où la priorité soit donnée aux besoins de nourrir le pays, ne semble donc pas présager la fin de cette crise structurellRomaric Godin