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samedi 24 octobre 2009

Dollar en détresse



Fin programmée d'une hégémonie?

-Que va (peut) faire l'Europe face à la dépréciation du billet vert?
"Sombrer maintenant avec Washington ou s'en sortir sans Washington.?"

_____Au vu des choix économiques adoptés par La Maison Blanche et les lobbies financiers, rares sont ceux qui parient sur la pérennité du dollar et sa suprématie durable, dans une Amérique devenue insolvable
Si la chute du dollar est en partie due à la volonté d'exporter dans de meilleures conditions et de renforcer la difficulté d'importer, donc de faire payer aux autres pays une partie de la dette abyssale, elle est aussi et surtout l'effet d'une dégradation de fait d'un système qui s'épuise à se recomposer et à durer, mais dans les conditions à peu près identiques qu'avant l'éclatement de la crise. On conserve la même logique que celle qui a mené au désastre, ce qui laisse présager de nouvelles déconvenues.

____________________________De l’émergence et du déclin du règne de l’étalon-dollar-
"La fin du règne du billet vert devrait conduire à la restructuration de l’ordre économique international, et au retour des automatismes de l’étalon-or. Il aurait été hautement souhaitable que ce processus soit conditionné par la raison théorique. Mais, malheureusement le règne de la confusion des confusions, dans lequel s’enfonce notre moment historique, a rendu problématique le chemin de la raison. Tout indique, dès lors, que la seule route qui s’ouvre devant nous, est celle d’une nouvelle nuit des temps historiques. " (Husson)
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-"Contrairement à l’année dernière, l'actuelle rechute du Dollar ne bénéficiera pas d'un répit inespéré du fait de la panique. Cette fois-ci, la devise américaine fait figure d'épouvantail et non plus de refuge, car le découplage du reste du monde (Asie, Amérique du Sud et Europe en particulier) est à l'œuvre . C'est d'ailleurs pour cela que 2010 est une année si cruciale pour les Européens. S'ils laissent les évolutions en cours se poursuivre, c’est l'Euro qui va devenir une monnaie-refuge et son cours étouffera l'économie européenne. La zone Euro doit donc devenir plus agressive et débattre avec les autres grands acteurs économiques et financiers pour éviter cette situation, pour éviter que l'Euro ne s'envole face au Yuan, au Yen et autres monnaies de ses partenaires commerciaux."(LEAP)
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-L'Union Européenne à la croisée des chemins en 2010: complice ou victime?
"Tout le monde a désormais compris que les Etats-Unis sont emportés dans une spirale incontrôlable associant insolvabilité généralisée du pays et incompétence flagrante des élites US à mettre en œuvre les solutions nécessaires. La cessation de paiement annoncée des Etats-Unis est bien en cours comme l'illustrent la chute du Dollar et la fuite des capitaux hors du pays : seuls le nom du liquidateur et la reconnaissance de la faillite sont encore inconnus, mais cela ne saurait tarder...
L'année 2010 va placer l'Union européenne au cœur de quatre contraintes stratégiques qui vont lui imposer des choix urgents dans un contexte d'effondrement accéléré du camp occidental, que l'on pourrait simplifier en le résumant au destin du Dollar US. Ces choix définiront durablement le rôle des Européens dans le monde d'après la crise. Soit ils s'affirmeront comme des acteurs-clés de la structuration du monde de demain en affirmant leur propre vision de l'avenir et en cherchant les partenaires ad hoc sans exclusive ; soit ils se contenteront d'être des victimes consentantes du naufrage de l'Occident en suivant aveuglément Washington dans sa descente aux enfers. Dans le premier cas, l'UE assumerait pleinement sa finalité historique de redonner aux Européens la maîtrise de leur destin collectif ; dans le second, elle se révèlerait n'être que le pendant occidental du Comecon , appendice sans avenir de la superpuissance tutélaire...
2010 est une année cruciale pour les Européens et leur avenir collectif. La position de l'UE, et plus particulièrement de la zone Euro, face au Dollar va être déterminante pour les Européens, comme pour le Dollar et l'ordre monétaire mondial. Non pas que les Européens aient choisi l'année (2010) ou le sujet (le Dollar) (les dirigeants de l'Euroland préfèreraient certainement continuer leur « business as usual »), mais l'Histoire est douée d'une remarquable ironie qui met les « alliés » des Etats-Unis désormais au pied du mur : sombrer maintenant avec Washington ou s'en sortir sans Washington.
Or, à l'image du déroulement de l'ensemble des phénomènes impliqués dans la crise systémique globale en cours, le temps connaît une forte contraction : tout va beaucoup plus vite. A ce propos, on peut d'ailleurs s'étonner de voir les « experts » en tout genre présenter comme farfelu l'article de Robert Fisk « Le crépuscule du Dollar » , rapportant que Russes, Chinois, Français, Japonais et pays pétroliers du Golfe discuteraient une quotation des prix du pétrole dans une autre devise que le Dollar US d'ici neuf ans. Pour LEAP/E2020, le seul élément surprenant de cette information tient au délai de neuf ans. Cette évolution surviendra bien plus vite, d'ici 2 ans, sous la pression des évènements...."
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-Associated Press, samedi 24 octobre 2009, parle des 106 faillites de banques aux Etats-Unis. Les faillites de banques sont de plus en plus nombreuses ces dernières semaines :
« La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), l’agence fédérale de garantie des dépôts bancaires, a fermé Partners Bank et Hillcrest Bank Florida, toutes deux situées à Naples en Floride, ainsi que American United Bank à Lawrenceville en Géorgie et Flagship National Bank de Bradenton, en Floride. Puis Bank of Elmwood à Racine dans le Wisconsin, Riverview Community Bank d’Otsego, Minnesota, et First Dupage Bank à Westmont, Illinois.
L’agence évite de précipiter les choses, pour ne pas provoquer de panique, et par manque d’acquéreurs pour les établissements en faillite. »
Fin de citation.
Au moins, les choses sont claires.
La seule obsession des autorités américaines est de ne pas provoquer de panique.
Toute la politique de l’administration Obama est contenue dans cette phrase : ne pas provoquer de panique, et donc mentir sur l’état réel des banques américaines.
Combien de temps l’administration Obama va-t-elle cacher les cadavres en putréfaction ?
Et que va-t-il se passer quand les peuples verront les cadavres en putréfaction, alors qu’on leur explique que ce sont des sportifs de haut niveau en pleine santé ? (BA)
-http://www.boursorama.com/internati...
-Wall Street
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-La chute du dollar déclenche des inquiétudes en chaîne
-Faut-il avoir peur de la chute du dollar ?
-Dollar : le début de la fin ?
-La fin de la récré ! - AgoraVox
-Le sacrifice du Dollar - AgoraVox
-La crise bancaire n’est pas terminée
- Le dollar devient une crise eschatologique
-Sarkozy incapable de tourner la page du dollar,
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- Sombre automne ?

mercredi 21 octobre 2009

Banques choyées


Traitement de faveur

Généreuse compréhension d'Etat

"Les banques peuvent dormir tranquilles: le gouvernement est prêt à continuer à leur accorder une garantie illimitée sans contrepartie" (M.Orange)
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-Christine Lagarde, ministre ou lobbyiste des banquiers ?
"Adopté en commission des Finances, l'amendement Migaud prévoit d'augmenter l'impôt de 10% sur les bénéfices de banques. «Pas question», répond Christine Lagarde qui défend «deux ans et demi de travail» en faveur de la place financière de Paris...
«C’est un peu comme si un hôpital taxait les malades qui ressortent guéris». Un extrait du débat sur les franchises médicales ? Non : une métaphore douteuse de François Goulard sur un projet de taxer les bénéfices des banques ! Une opinion minoritaire à la commission des finances où l'amendement de Didier Migaud au projet de loi de finances pour ajouter une taxe de 10% à l'impôt sur les sociétés pour les banques ayant bénéficié de l'aide de l'Etat a été adopté mercredi 14 octobre. Une demande «légitime» pour le député PS, au vu de leur «rétablissement». Entendre le retour fracassant des bénéfices et les nuages de bonus qui s'amoncellent en vue de nouvelles pluies d'or sur les traders. Légitime mais pas pour tout le monde.
Pour Didier Migaud et les élus de l'opposition la chose semble claire : vu les bénéfices que les banques ont réalisés grâce à l'aide d'Etat, il est bien normal qu'une compensation soit prévue. «Il existe déjà une contrepartie à la garantie que l’État a apporté aux banques», s'est précipité Gilles Carrez, bientôt suivi par d'autres.
SIx cent millions d'euros d'intérêts pour la BNP et la Société générale réunis... Une broutille là où l'Etat aurait touché 12 milliards de bénéfice au cours de l'action ! «Aujourd'hui, au vu des taux pratiqués, c'est une bonne rémunération, pondérait à son tour Jérôme Chartier, député UMP des Hauts-de-Seine, intraitable libéral. Nous avons donc fait un choix stratégique, celui de la rapidité. Et nous avons eu raison.» Une ligne sur laquelle il s'est retrouvé bien seul avec Marc Le Fur, moquant une «pénitence» à ceux par qui la crise est arrivée.
Bien seuls car, même leurs collègues de majorité soutenaient la mesure, comme Chantal Brunel, ancienne porte-parole de l'UMP, trouvant qu'il était temps que les contribuables soient quelques peu rétribués de l'aide apportée à ces pauvres petites banques qui trouvaient désormais «assez d’argent pour distribuer des bonus.»...
Mais les dirigeants des banques ne l'entendent pas de cette oreille : «si cette disposition était adoptée, menaçait dès le vendredi suivant la très puissante Fédération des banques françaises, elle réduirait la compétitivité des banques françaises et de la Place financière de Paris, affaiblissant leur capacité à investir et à financer les entreprises et les particuliers, au moment où ils en ont le plus besoin.» Le genre d'argument qui porte Christine Lagarde au cœur....
«je ne me suis pas battue avec vigueur depuis deux ans et demi pour développer l'attractivité de la place financière de Paris et pour développer l'encadrement des bonus pour tout gâcher en un instant sans argument sérieux !» Les 117 milliards de déficits budgétaire de l'Etat et les 226 millions remboursés par la BNP face aux 500 millions d'euros provisionnés pour les bonus de la même banque ? Pas un argument sérieux donc.
«Pas question» pour la ministre de prendre une mesure frappant le système bancaire française «qui s'est bien comporté pendant la crise.» N'allez pas leur faire peur aux gentilles banques, elles pourraient déménager en Suisse ! N'était-ce pas le message passé par la FBF quand elle parlait d'un
«monde totalement ouvert et concurrentiel» ?..."
-Pas question de plomber les banques françaises-

-Un gouvernement bien compréhensif pour les banques | Mediapart
"S'il y a des déçus du gouvernement, les banquiers n'en font sans doute pas partie. Depuis le début de la crise financière, leurs demandes sont suivies au millimètre près par les ministères. Après avoir renoncé à entrer directement au capital des banques, à avoir une représentation au conseil d'administration des banques aidées, après avoir repoussé toute législation sur les rémunérations, le gouvernement refuse maintenant d'envisager une taxe supplémentaire sur les bénéfices des banques, comme le proposent des députés...
L'institut Montaigne, le think tank du très libéral Claude Bébéar, apportait dès le printemps 2009 sa contribution sur le sujet. Celui-ci remarquait que «la crise actuelle illustre l'existence d'une garantie d'Etat gratuite, implicite, dont bénéficient les grandes banques, sauvées par la faillite par leurs Etats (...) Il convient donc, à terme, de rémunérer davantage les Etats en contrepartie de cette garantie», soulignait-il alors. L'institut préconisait une fiscalité à double détente: presque nulle pour les activités classiques de crédits à l'économie, un taux pouvant aller jusqu'à 60%, 75% voire 80% sur les activités de spéculation. ..Les banques peuvent dormir tranquilles: le gouvernement est prêt à continuer à leur accorder une garantie illimitée sans contrepartie. Il leur sera tout juste demandé une contribution pour assumer «les frais liés à la supervision (...) Mais les montants sont différents. Le taux de l'impôt sur les sociétés est déjà très élevé», poursuit la ministre de l'économie. Encore faudrait-il qu'il soit véritablement honoré. Le taux de l'impôt sur les sociétés est peut-être de 33%, mais dans les faits, pas un groupe du CAC 40 ne contribue à cette hauteur. C'est même devenu un sport national pour les grands groupes de trouver les astuces pour parfaire «leur optimisation fiscale» et couper court à l'impôt en France. Les banques ne sont pas les moins habiles dans cet exercice, ayant depuis longtemps découvert toutes les ressources de la comptabilité, sans parler des avantages des pays fiscalement accueillants.


-La domination des banquiers au coeur des états:
"La crise économique qui s’est déclenchée en 2008 était prévue depuis longtemps par de nombreux économistes, notamment à cause de la bulle financière liée à la spéculation. Mais concernant les dérives de l’économie capitaliste, la responsabilité des banques, de la dette et des paradis fiscaux est à la fois plus profonde et plus ancienne qu’on ne l’évoque généralement. Au cœur de l’Etat et de la gouvernance économique et politique, domine le pouvoir financier de manière légale, mais aussi parfois sous des formes illégales et souvent peu démocratique. Dans le cadre de cet article nous allons exposer différents mécanismes centraux du pouvoir des banquiers sur le monde. Les banques et les paradis fiscaux, sont des accélérateurs de la gouvernance néolibérale. Cette dérégulation vient alors renforcer les délits politico-financiers, du fait de la carence et de la dissolution des règles de contrôle. La dette, en particulier celles des PED, est un instrument de domination des pays riches sur les PED. Tandis que la privatisation du pouvoir de création monétaire par les banques privées, conduit à un vol l’égal d’un bien public..."
-Cessons de nous ruiner pour sauver les riches
- La crise bancaire n’est pas terminée
-La fin de la récré ! - AgoraVox
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-Banques: bonne affaire
-Pouvoir des banques
-Comment (peut-on) être banquier ?
-Un banquier avoue
- Marchés financiers: comme avant
- Goldman Sachs :santé douteuse?
- Crise: répliques prévisibles ?

mardi 20 octobre 2009

USA: Torture programmée


Torture en question aux USA

"...Les administrations précédentes gardaient sous le manteau leurs « opérations noires », les crimes étaient punis mais ils étaient commis dans l’ombre, désavoués officiellement et condamnés. L’administration Bush a rompu ce contrat : au lendemain du 11 septembre, elle a requis le droit de torturer sans honte, un droit qu’elle a légitimé par de nouvelles définitions, de nouvelles lois..." (Naomi Klein)
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Torture made in USA»| Mediapart

« Torture made in USA », le nouveau documentaire d’investigation de Marie-Monique Robin, coproduit par Galaxie Presse et le CFRT, sera lancé le 19 octobre sur le site d’information Mediapart.frCette diffusion en accès libre pendant deux mois – une première sur le web, a été rendue possible par Mediapart avec le soutien de l’ACAT-France, Amnesty International et Human Rights Watch. Alors que Barack Obama vient d’être récompensé du prix Nobel de la paix, les représentants de l’administration Bush peuvent-ils être poursuivis pour « crimes de guerre » ? C’est à cette question, ouvertement débattue aux Etats-Unis depuis quelques mois, que tente de répondre « Torture made in USA ». Ce documentaire s’appuie sur des interviews exclusives de grands témoins, tels que le Général Sanchez, ancien chef des forces de la coalition en Irak ou encore Michel Scheuer, concepteur du programme des détentions secrètes de la CIA, et des archives inédites d’auditions parlementaires. Le film décortique la machine qui a conduit la « plus grande démocratie du monde » à légitimer et utiliser massivement et systématiquement la torture à Guantanamo et en Irak notamment. Le programme de torture a néanmoins généré des résistances au sein du département d’Etat, mais aussi chez les chefs militaires, attachés aux conventions de Genève, et opposés à cette « conspiration criminelle ». Depuis plus d’un an, malgré sa pertinence éditoriale et les encouragements, « Torture made in USA » n’a pas trouvé sa place sur le petit écran. Aujourd’hui, grâce à Internet, cette remarquable enquête ne restera pas dans les tiroirs. Elle trouvera son premier public sur le web. Une page spéciale du site de Mediapart sera consacrée au film et renverra sur une page « participative » où les internautes pourront échanger et débattre à partir du 19 octobre. " (Amnisty Int.)[Verra-t-on un jour “Torture made in USA” ?]

« Il n’y a aucun doute, nous avons commis des crimes de guerre. A ce jour, ceux qui nous ont conduits sur cette pente sinistre n’ont toujours pas rendu de comptes. »(Général Ricardo Sanchez )

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-Comment l'Amérique de Bush a fait de la torture une banalité bureaucratique | Mediapart:

"«Il y a depuis longtemps trop de secrets dans cette ville», avait déclaré le président Obama en prenant ses quartiers à Washington le 20 janvier dernier. Le 2 mars, en réponse à une demande ancienne de l’Aclu (Association de défense des libertés civiles américaines), le nouveau gouvernement divulguait neuf documents secrets du ministère de la justice détaillant les lois inavouées pouvant, en cas de prétendue nécessité, mettre au pas les libertés outre-Atlantique dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Tout était prêt pour une sorte de capitalisme de guerre...
L'Aclu réclamait d'autres documents, notamment quatre mémorandums de la CIA justifiant et encadrant l'usage de la torture au nom de la lutte antiterroriste. Le 16 avril 2009, ces documents, en partie censurés cependant, sont communiqués. Jameel Jaffer, de l'Aclu, s'en félicite le jour même, tout en appelant à ne pas s'en tenir à la transparence pour aller jusqu'à rendre des comptes.
Ces documents sont aujourd'hui disponibles en français grâce aux éditions des Équateurs. Celles-ci avaient, en septembre 2004, publié la traduction française du Rapport sur les attentats du 11 Septembre. Avec Techniques d'interrogatoire à l'usage de la CIA (174 p., 15€), l'éditeur Olivier Frébourg écrit dans son avant-propos: «Ces quatre textes doivent avoir les mêmes conséquences qu'en leur temps l'Affaire Callas de Voltaire, le J'accuse de Zola, ou La Question d'Henri Alleg sur la torture en Algérie. Ils doivent entraîner des bouleversements salvateurs qui empêcheront l'humanité de basculer dans le chaos.»

-Une Amérique traumatisée, emmenée par Dick Cheney, s'est résolue à la torture | Mediapart:
"...Quand, le 11 septembre 2001, les Tours jumelles s'effondrent, qu'un avion s'écrase dans le Pentagone et un autre dans un champ en Pennsylvanie, le sentiment de tragédie ne se mesure pas seulement au nombre de morts ou aux méthodes utilisées. Le sentiment d'invincibilité - d'inviolabilité - des Américains tombe de son piédestal. Et, inévitablement, après le temps des larmes et de l'Union sacrée, vient celui de la réplique. Il y a ceux qui veulent comprendre (voir la couverture de Newsweek : « Pourquoi nous haïssent-ils ? ») et ceux qui désirent se venger, façon far west. Et tous ceux qui veulent les deux à la fois : comprendre pour apprendre sur les réseaux terroristes et les démanteler, punir les responsables et leurs acolytes avec suffisamment de brutalité pour leur faire passer le goût de recommencer - c'est le « Shock and Awe » cher à Donald Rumsfeld.C'est ainsi que, très vite, émerge le débat sur la torture. D'une certaine manière, la question leur apparaît comme théorique : c'est une méthode, certes un peu limite, pour parvenir à ses fins. C'est peut être pour cette raison que l'un des premiers à soulever la question de la torture est le chroniqueur de Newsweek, Jonathan Alter, qui est clairement un homme de gauche. Dans l'édition du 5 novembre 2001, il publie un point de vue intitulé « Il est temps de songer à la torture ». Le texte mérite d'être cité sur la longueur :

« En cet automne de la colère, même une personne de gauche voit ses pensées se tourner vers... la torture. D'accord, pas des électrodes à bestiaux ni des tuyaux d'arrosages, au moins pas aux États-Unis, mais quelque chose qui fasse avancer rapidement l'enquête sur le plus grand crime de l'histoire américaine. À l'heure actuelle, quatre suspects de détournement d'avions ne parlent pas. Ne pourrions-nous pas au moins les soumettre à une torture psychologique, comme des enregistrements de lapins en train de mourir ou du rap bruyant ? L'armée a déjà fait cela, au Panama entre autres. Pourquoi pas du sérum de vérité administré par intraveineuse forcée ? Ou la déportation en Arabie Saoudite, terre des décapitations ? Certains persistent à expliquer que nous n'avons pas besoin de revoir nos vieilles assomptions sur la maintien de la loi, mais ces gens-là sont désespérément « 10 septembre » - ils vivent dans un monde qui n'existe plus. »« (...) Certaines formes de torture fonctionnent. La Jordanie a brisé Abou Nidal en menaçant sa famille. La police philippine a aidé à résoudre les attentats de 1993 contre le World Trade Center, ainsi qu'un projet de détournement d'avion, en convainquant les suspects qu'ils allaient être remis à la police israélienne. Et puis il y a aussi la douloureuse justice islamique, dont le grand bénéfice est qu'elle est acceptée par les Musulmans. Nous ne pouvons pas légaliser la torture, cela serait contraire aux valeurs américaines. Mais, alors même que nous continuons à dénoncer les atteintes aux droits de l'Homme dans le monde, nous devons garder l'esprit ouvert à certaines mesures pour combattre le terrorisme, comme des interrogatoires psychologiques approuvés par la justice. Et nous devons réfléchir au transfert de suspects vers certains de nos alliés avec moins de scrupules, même si cela est hypocrite. Personne n'a dit que [ce combat] serait propre. »Huit ans plus tard, cette chronique écrite par un intellectuel de gauche dans un de plus grands hebdomadaires des États-Unis, continue de faire froid dans le dos. Elle révèle la mentalité du pays à ce moment de son histoire : la peur, la paranoïa, la schizophrénie, la volonté de régler des comptes quitte à jeter par-dessus bord des décennies de lois et de principes..."

-Pour torturer, la CIA a suivi les consignes de la Maison Blanche | Mediapart:

______ A Guide to the Memos on Torture

-Guantanamo va continuer longtemps de hanter les Etats-Unis | Mediapart
-Comment la torture a été légalisée sous George W. Bush
-Guerre contre le terrorisme
-Des révélations sur la pratique de la torture par les États-Unis illustrent le besoin d'une commission d'enquête indépendante | Amnesty International
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-Torture « made in USA »
-Etats-Unis: Torture et sévices en Irak, et ailleurs...
-La Maison Blanche légalise la torture
-Débat d'amnésiques sur la torture, par Naomi Klein

dimanche 11 octobre 2009

samedi 10 octobre 2009

Prophétisme écologique?



Hulot: un "brûlot" trop médiatique ?

Symptôme de l'écologie en crise

Sans partager les diatribes de C.Allègre, qui se croit informé, on peut s'interroger sur les limites d'une écologie-spectacle qui en reste à l'incantation et aux bonnes intentions..
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-"Pourquoi l'écologie politique échoue-t-elle à convaincre ? Peut-être parce que, comme le film de Nicolas Hulot, elle cherche encore son style politique : voulant faire rêver d'un monde meilleur, elle ne parvient qu'à faire peur avec une autre fin du monde possible".(J.Lindgaard)

-"Ce n’est pas à votre personne que nous en voulons mais à l’offensive idéologique dont vous êtes le cheval de Troie le plus abouti. Vous incarnez de manière pratiquement parfaite la capacité du néolibéralisme à digérer sa contestation et à semer la confusion chez ceux qui lui résistent. Vous êtes d’autant plus efficace que vous en semblez totalement inconscient. L’idéologie dont vous êtes le vecteur conduit à dépolitiser l’enjeu écologique et la réflexion sur le productivisme. Elle amène à penser que la société de consommation ou le néolibéralisme sont compatibles avec la préservation de la planète.Vous déclarez vouloir transformer la société de l’« intérieur » mais vous abusez vos contemporains. Vous leur parlez en fait de l’intérieur des sociétés multinationales qui vous financent et non de l’intérieur de la démocratie. Votre totale inconscience du jeu des rapports de force politiques vous conduit à rejeter dans une position extrémiste ceux qui s’engagent à faire reculer démocratiquement le danger que font peser les multinationales sur notre société, notre démocratie et notre environnement. Votre discours de consensus, en fait fusionnel, recouvre un véritable déni du politique en refusant un clivage entre le pouvoir et l’opposition pourtant consubstantiel de la démocratie."
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-Pin-Pon! Voilà «Le Syndrome du Titanic», cinéma pompier de la planète | Mediapart:
"Une femme aveugle dans une gare abandonnée, son nourrisson dans les bras. Un recycleur dans une décharge de Lagos. Un vieux couple dans un quartier de Shangai en voie de destruction. Pourquoi sont-ils là ? Qu'espèrent-ils de leur vie ? Comment s'appellent-ils ? On ne sait pas. Ce sont pourtant des personnages importants du nouveau film de Nicolas Hulot, Le Syndrome du Titanic (sortie en salles le 7 octobre).-Que penser d'un documentaire qui ne donne pas la parole aux personnes qu'il filme ? sans toujours en situer la géographie. Parcourt une partie du monde – Chine, Japon, Hong Kong, Emirats arabes Unis, Liban, Nigeria, Guinée, Djibouti, Etats-Unis, Brésil, comme on l'apprend avec le générique de fin – avec pour seul guide la voix off d'un homme occidental ? Accumule les images chocsAvec en fond sonore, une musique qui fait peur...
Une curieuse atmosphère se dégage du Syndrome du Titanic. Images doloristes : la pietà aveugle de Conakry, un SDF sur le trottoir de Tokyo. Humanisme paysager, avec des effets de caméra oscillant comme un pendule de l'intérieur du corps humain vers le grand espace intersidéral. Une touche de théorie de Gaïa avec une vision anthropique de la nature où l'eau fluviale ressemble au sang de la Terre. Un discours altermondialiste dénonçant la marchandisation de la vie. Beaucoup de musique. Des aphorismes sortis de nulle part : « l'homme est grand sous la contrainte », « replacer la civilisation dans la matrice de la tendresse ». Des citations de grands hommes du XXe siècle (Gandhi, Oppenheimer, Yunus) comme inscrites au frontispice d'un panthéon global.Cela ressemble à : une tribu africaine seins nus au supermarché, un vieil homme dans une cage dortoir, une vieille Américaine dormant dans une voiture engloutie sous les ballots et les sacs en plastique. Des allégories lourdes de sens exacerbées par un style clinquant. En histoire de l'art, on appelle cela le style pompier.
A certains égards c'est l'anti Home, le film de Yann Arthus-Bertrand qui auscultait la planète depuis les airs en se concentrant sur ses paysages naturels. Mais c'est aussi l'excès inverse : les gros plans sur les visages silencieux, les regards tristes. La contemplation de la douleur humaine. Le Syndrome du Titanic s'achève sur une longue scène de SDF à Los Angeles. Une femme parle toute seule. Un jeune homme dérobe un paquet. Un petit groupe se forme dans la rue à la tombée de la nuit. Pas vraiment de rapport avec le changement climatique ni l'épuisement des ressources naturelles.Mais au diapason du film. Car ces silhouettes de vagabonds à la dérive dans une mégapole vidée de ses habitants évoquent un autre imaginaire, celui d'un monde d'après l'Apocalypse. En attente du Jugement dernier. Millénariste, le film de Nicolas Hulot ? Par moments. Born again ? Certainement. L'écologiste en fait des tonnes dans le registre de la conversion et de la contrition : « je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu », « moi aussi je suis un enfant de cette société de consommation », « où est l'humanité que j'ai aimée? Etait-ce une chimère ? ». Jamais formulé de front, l'imaginaire religieux scintille tout au long du film.
-Pour dire quoi au final ? « Que chacun se convainque lui-même que la mutation radicale est inévitable et souhaitable, et que dès lors elle peut se mettre en marche », explique Nicolas Hulot. Une interpellation politique et un message d'espoir, veut-il donc croire. Mais un film aussi planant peut-il avoir des effets pédagogiques ? Le capitalisme dénoncé est déréalisé, désincarné. Sans histoire et sans acteurs. Sans conflit d'intérêt et sans confrontation avec les systèmes politiques. Inexpliqué. Difficile alors d'imaginer réellement le détrôner.Pourquoi ne croyons-nous pas à ce que nous savons, se demande le philosophe Jean-Pierre Dupuy dans Pour un catastrophisme éclairé, Quand l'impossible est certain (2004). Dans son livre, il cherche à comprendre pourquoi l'acquisition de connaissances scientifiques sur les dangers qu'encourt la planète ne suscite pas d'action à la hauteur de ce qui devrait être entrepris. La question taraude les écologistes de par le monde, de plus en plus inquiets de l'échec annoncé du sommet du climat de Copenhague en décembre prochain.Pourquoi l'écologie politique échoue-t-elle à convaincre ? Peut-être parce que, comme le film de Nicolas Hulot, elle cherche encore son style politique : voulant faire rêver d'un monde meilleur, elle ne parvient qu'à faire peur avec une autre fin du monde possible.

-Jean-Pierre Dupuy: »Nous ne croyons pas ce que nous savons.»

-Le syndrome des éco-tartuffes - AgoraVox:
"...il s’agit de démasquer le père du pacte écologiste , cet inlassable arpenteur du monde qui ne se sera privé ni de décliner à l’infini nombre de produits estampillés de ce doux nom venu des terres australes sud-américaines, ni de vampiriser les messages contenus dans la pensée écologiste. Mais il revendique sa liberté notre thuriféraire de la « télé-écologie », et rien ne saurait l’empêcher de distiller son message tel un évangéliste habité par une foi aussi puissante que récente. Il y a urgence s’écrie t-il tout au long de son documentaire puisque la planète Titanic fait naufrage alors que seule une infime partie de l’humanité - ce qui n’est par ailleurs pas clairement énoncé par l’auteur - continue à danser sur le pont de l’embarcation, alors qu’une majorité d’humains travaille dans la salle des machines, ou bien reste contenue en troisième classe du navire. C’est ici que le bât blesse, puisque notre Hérault figure parmi les invités notoires de ce grand bal morbide. Que n’a-t-il réellement fait pour élargir la liste des participants et abolir les classes qui séparent tous les voyageurs du navire Terre ? Certes, il chante les mérites de la sobriété par écrans interposés, tout en continuant à constituer un matelas de plus en plus épais ; il vante les vertus du partage tout en persistant à accumuler bonne fortune ; il dénonce haut et fort les dérives du capitalisme tout en s’immisçant dans ses rouages les plus intimes ; il prône la limitation de vitesse alors qu’il ne se déplace qu’en première classe ; bref, il se nourrit de l’écologie alors qu’un milliard d’humains meurent de faim ! Mais qu’elle importance, puisque tout cela n’est pétri que de bonnes intentions, et à quoi bon se joindre à tous ces intégristes de la décroissance, tous ces fous qui veulent mettre à mal le seul système économique pertinent que l’on connaisse, alors qu’il suffit d’y ajouter un zeste d’écologie pour que la mécanique perdure ainsi de longues décennies durant."
-Ushuaïa, le label Hulot certifié 100 % rentable
-Institut d'Etudes Economiques et Sociales pour la Décroissance Soutenable

-Copenhague: vers un suicide écologique? | Mediapart:
"Cela ne fait pas la une des journaux, mais la conférence de Copenhague est probablement déjà un échec. Non seulement il n'y a pas de gouvernance mondiale, mais il semblerait que nous allons tout droit vers un suicide écologique.«Copenhague, c’est le rendez-vous de l’Humanité», affirmait Jean-Louis Borloo, ministre français de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, peu avant la deuxième réunion de préparation du Forum des économies majeures (FEM), que Paris accueillait les 25 et 26 mai derniers.-Le FEM est un moyen de faciliter «un dialogue franc et ouvert entre les grands pays développés et les pays en développement, afin de donner l’élan politique nécessaire pour l’obtention d’un accord ambitieux sur le climat à Copenhague», résume un communiqué de Jean-Louis Borloo et Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes.(http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/france_829/un-pas-plus-dans-lutte-contr...)Et bien le FEM c’est réuni en marge du G8 hier.Je me contente de citer un autre communiqué, parce que je me sens vraiment fatigué d’écrire des mauvaises nouvelles.
Selon l'AFP, les grandes économies mondiales regroupée au sein du Forum des Economies Majeures (MEF) auraient, d'ores et déjà renoncé à s'engager sur un objectif de réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. En effet, le projet de déclaration finale évoquerait l'objectif de limiter le réchauffement de la planète à 2°C maximum d'ici à 2050 mais aucun objectif quantitatif en matière de CO2.Or selon les experts du GIEC cette limitation à 2°C nécessitera nécessairement une réduction de 50% des émissions de GES (Gaz à effet de Serre). C'est un suicide écologique. Pour garder de bonnes chances de limiter le réchauffement global à 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels (fin 18è siècle), il faut au moins diviser les émissions mondiales par deux d'ici 2050 et plus sûrement par trois, par rapport à 1990, a rappelé à l'AFP Jean Jouzel, climatologue et glaciologue français et co-lauréat au titre du GIEC du Prix Nobel de la paix 2007.Pour la fédération d'association France Nature Environnement, cette annonce a fait l'effet d'un coup de tonnerre et signifie la mort du sommet de Copenhague. Sébastien Genest, Président de France Nature Environnement met en cause la conduite des négociations : nous sommes en colère car nous réclamons depuis longtemps une vraie réflexion sur la manière de négocier avant même de s'interroger sur le contenu des négociations. Cela fait des mois que nous tirons la sonnette l'alarme sur le problème de la gouvernance démocratie de ces négociations. Rien n'a été fait ! , a-t-il déclaré.
Le Forum des Economies Majeures comprend le G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie), le G5 (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde, Mexique), la Corée du Sud, l'Australie et l'Indonésie. Autrement dit, les pays représentant 80% de la consommation énergétique mondiale et 80% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Il doit poursuivre ses négociations le jeudi 9 juillet mais l'absence du Président chinois, parti précipitamment pour cause d'émeutes dans une province de Chine, ne permet pas d'envisager de nouvelles conclusions.
http://www.actu-environnement.com/ae/news/FEM_objectif_reduction_ges_786...Il est plus que temps de ce bouger ? Non ? (Pol)

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-L'écologie: juste cause ou alibi?

vendredi 9 octobre 2009

Sombre automne ?

Vers des lendemains plus difficiles aux USA

Epreuve de vérité?

Vers un nouveau Bretton Woods?

-"L’establishment washingtonien est actuellement complètement déconnecté des difficultés de la situation économique et financière, qu’ils jugent inconsciemment comme plus ou moins résolues après l’“effort” du printemps (essentiellement gaver le coupable, Wall Street, de centaine de $milliards). La situation est infiniment plus grave qu’avant le 15 septembre 2008. Tous les pouvoirs sont non seulement affaiblis, mais en état d’affrontement" (dedefensa)
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-Un automne crépusculaire:
"En quelques jours, la perception psychologique de la situation fondamentale des USA s’est à nouveau assombrie, ou, plutôt, s’est enfoncée dans un degré nouveau d’assombrissement en revenant à la crise centrale. L’effet de 9/15 et de l’effondrement qui a suivi a été un instant contenu, le temps d’un rapide printemps aménagé par Ben Bernanke, reconduit à la tête de la Fed pour cet exploit d’illusionniste (l’affaire des “green shoots”). Le scandale du redressement des banques dans les conditions qu’on sait a suivi. Tout cela n’était pas une amélioration de la situation mais un abaissement de la tension par des moyens dont on a dit tout le mal qu’on devait penser. La tension, qui est désormais un caractère fondamental de la situation aux USA trouvait à s’occuper du côté de l’agitation populaire (“soins de santé” et mouvement du Tea Party), qui n’est pas apaisée et se poursuit. En effet, il faut observer que toutes ces phases ne s’annulent pas l’une après l’autre, mais s’accumulent.
Depuis une semaine, les démons centraux de la crise économique se pressent à nouveau.• L’article de l’Observer, du 4 octobre 2009, sur la Californie, en passe de devenir ce que les experts du Pentagone nomment “a failed state”, a fait grand bruit aux USA. (L’expression “failed states” concerne ces pays, surtout africains, qui sombrent dans un cycle incontrôlable de pauvreté, de corruption, d’anarchie et de désordre, qui retournent à un état de semi-sauvagerie et d’absence de droit jusqu’à ne plus exister en tant qu’Etat structuré, selon les normes civilisées, ou dites telles.) L’article a souvent été repris, cité, commenté, etc., aux USA.«California has a special place in the American psyche. It is the Golden State: a playground of the rich and famous with perfect weather. It symbolises a lifestyle of sunshine, swimming pools and the Hollywood dream factory...."
La situation économique, essentiellement au niveau de l’emploi, ne perd rien de son rythme de détérioration, pour ne rien dire d’une possible amélioration. Les chiffres de pertes d’emploi de septembre (263.000 contre 176.000 attendus) ont constitué un terrible choc. Le commentateur de Atimes.com “Spengler” parle, le 6 octobre 2009, d’une “dépression permanente”, un peu selon la formule trotskiste… «President Barack Obama may be remembered for permanent depression, the way that Leon Trotsky's name is linked with permanent revolution. Fiscal stimulus combined with near-zero interest rates have proven to be a toxic cocktail for the United States, the macroeconomic equivalent of barbiturates and alcohol.» Puis “Spengler” poursuit, traçant un rapide tableau de la situation telle qu’il l’évalue; il montre notamment comment les conditions du “sauvetage” du système financier ont plongé les USA dans une paralysie économique marquée par cette impossibilité de renverse la tendance à la dégradation, ce qu’il nomme “dépression permanente”…
Le spectre de la fragilité du dollar, de sa possibilité sinon sa probabilité d’effondrement, est revenu d’actualité avec l’article de Fisk dans The Independent et ce qui a suivi. Il s’agit à nouveau du spectre fondamental de l’effondrement de ce qui est perçu comme certains par le piler central de la puissance US, ou de ce qui reste de la puissance US. Le choc vient essentiellement de la perception qu’effectivement un certain nombre de pays, que ce soit ou non ceux qu’indique Fisk, que ce soit ou pas dans les conditions où il l’indique, travaillent activement ensemble sur l’“après-dollar”…
La dernière chronique partagée de l’universel spécialiste de la question financière Martin Wolf (Financial Times-Le Monde, le 5 octobre) est beaucoup plus sombre, beaucoup plus “catastrophique”. Elle peint, du point de vue financier et de la façon dont le secteur bancaire a été “sauvé” au bord du désastre, une image extrêmement pessimiste. «Le point primordial est que le stade où nous en sommes aujourd'hui est intolérable. Les concentrations actuelles de richesse et de pouvoir garantis par l'Etat doivent absolument disparaître. […] [I]l nous faudra être plus radicaux. […] Pour l'instant, les autorités politiques ne sont pas prêtes à envisager des idées aussi radicales. Mais le système financier est aujourd'hui d'une telle fragilité que l'on ne peut pas rejeter toute idée de réforme radicale.»...
Aujourd’hui, les USA sont au bord du gouffre, c’est-à-dire dans une situation où un facteur explosif peut tout faire basculer. Il ne s’agit pas de juger objectivement d’une situation et d’observer que partout ailleurs (hors des USA), la crise règne également; il s’agit de relever la singularité de cette situation aux USA, de l’effet sur une psychologie, désormais d’une extraordinaire fragilité, de diverses potentialités explosives dont chacune peut faire basculer cette psychologie dans le désordre marquée autant par la panique que par la colère et la rancœur furieuse.
Inutile de parler d’Obama, dont les qualités incontestables – calme, mesure, etc. – jouent à plein contre la reprise en mains d’une situation qui lui file comme du sable entre les mains. Est-ce seulement la Californie qui est menacée de devenir “a failed state”? "

-Le crépuscule du dollar:"
"...Le déclin de la puissance économique américaine résultant de la récession mondiale actuelle a été implicitement reconnu par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick. « L’un des héritages de cette crise pourrait être la prise de conscience que les relations de pouvoir économique ont changé », a-t-il déclaré à Istanbul, avant la tenue cette semaine des réunions du FMI et la Banque Mondiale. Mais c’est l’extraordinaire nouvelle puissance financière de la Chine - alliée au ressentiment des pays producteurs et consommateurs de pétrole contre la puissance d’intervention de l’Amérique dans le système financier international - qui a motivé ces dernières discussions impliquant les Etats du Golfe...."
-The demise of the dollar
-La fin du Dollar se concrétise et devient inévitable
- Dé-dollarisation du pétrole : un bouleversement financier aux conséquences géopolitiques considérables
-Dollar : le début de la fin ? -

-La fin du monde dollar
-On achève bien les Etats-Unis ! - AgoraVox
-Détroit : Scènes de chaos dans les files d’attente de l’aide sociale
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- Menaces sur le dollar
-USA: chômage en hausse
-Pétrole et géostratégie US

jeudi 8 octobre 2009

Management brutal (suite)

Management , pouvoir et souffrance

"« A la dureté de la crise ne doit pas s'ajouter la dureté du management ; cela doit se manifester dans les comportements au quotidien, dans la qualité de l'écoute, dans le respect des personnes. »Voeu pieux, simple opération de « com » interne ou réelle prise de conscience ?
« Le management en tant que théorie constituée est confronté à ses limites, pour ne pas dire à ses errements »,
estime Catherine Blondel, directrice scientifique du cycle pour dirigeants de l'institut de l'Ecole normale supérieure.« Mais, la situation que nous vivons actuellement n'est pas exactement la crise des modèles de management. Elle est plutôt la crise même des fondements de ce qui est légitime dans nos sociétés »,nuance Rodolphe Durand, professeur à HEC
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France Télécom: un cas d'école dans un système mortifère | Mediapart:
______________"Périodiquement on redécouvre, pour l'oublier bien vite, que quelque chose « ne tourne pas rond » dans le monde du travail. Les suicides en série au Technopôle de Renault ne sont pourtant pas si lointains.. Sociologues et psychanalystes ont longuement décrit et analysé les diverses formes prises par la « crise du travail ». Mais « la souffrance au travail » dont on parle beaucoup aujourd'hui ne tombe pas du ciel, elle ne relève pas seulement d'un traitement thérapeutique en forme d' « accompagnement psy », elle résulte avant tout de pratiques et de dispositifs qui ont profondément modifié l'organisation des entreprises et les relations professionnelles.Ce sont en fait tous les rapports de l'individu au travail qui ont été profondément bouleversés par la diffusion d'une nouvelle logique normative . Depuis trente ans, gouvernants et décideurs se sont en effet employés à faire de la concurrence la règle, non seulement du fonctionnement économique, mais au-delà, de toutes les relations sociales. Nous percevons déjà les effets catastrophiques de ce mode de gouvernement sur la finance ou l'environnement, nous commençons à présent d' en percevoir l'insupportable « coût humain ».A cet égard, le cas de France Télécom - qui s'appellera bientôt Orange pour faire oublier son ancrage national- est tragiquement exemplaire. Voici une entité qui est passée en quelques années de l'univers du monopole de service public à celui de la multinationale de plain-pied dans le capitalisme mondialisé et financiarisé. Cela s'est fait à coup de changements de statut, d'ouvertures du capital et de privatisations menés par tous les gouvernements de droite comme de gauche depuis 1990. L'histoire de France Télécom, c'est en réduction et en caricature, l'histoire du déploiement implacable d'une logique de concurrence généralisée qui fait se rejoindre les horizons les plus lointains des marchés globalisés et les subjectivités les plus intimes des salariés. France Télécom c'est donc notre histoire collective qui se lit dans l'histoire d'une entreprise et de ses salariés. Pour tout dire, on a là affaire à un cas d'école de l'expérimentation néolibérale.
____La mise en marché des télécommunications
: On ne comprendrait rien à l'histoire de France Télécom si l'on oubliait comment à la fin des années 80, dans le sillage des privatisations dans le secteur des télécommunications aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la Commission européenne n'avait entamé, avec le soutien général de la droite et de la gauche socialiste, un grand mouvement de privatisation des services téléphoniques au nom des intérêts du consommateur, conformément à la philosophie concurrentialiste de la construction européenne (1). Ce mouvement sera initié en France par Michel Rocard et Paul Quilès, puis, avec l' appui de la CFDT en 1990, il se prolongera par la mise à mort des PTT et la naissance de deux entités séparées, France Télécom et La Poste. La droite poursuivra le travail par étapes, avec la transformation de la première en société anonyme puis sa privatisation en 1997, et ce sera encore la gauche plurielle qui, par tranches, opérera la vente de l'opérateur historique (2). Le même scénario se répète aujourd'hui pour la Poste.
En 1998, sous l'impulsion de la Commission européenne, c'est l'ensemble des services publics des télécommunications qui sont cédés au privé. Selon le dogme qui s'impose alors, seul le marché est capable de faire entrer l'Europe dans la société de l'information et l'économie de la connaissance, tout comme seuls les marchés boursiers sont susceptibles de financer les grandes manœuvres industrielles et commerciales liées à l'essor de la téléphonie mobile et de l'Internet. Ceci conduira, on se le rappelle, aux années folles de la bulle Internet, à laquelle France Télécom apporte son lot d'illusions, et à la quasi faillite de l'entreprise privatisée en 2002.Pour remonter la pente, un management de choc impose aux salariés le « tout commercial » et met en œuvre l'un des dégraissages les plus massifs de l'économie française, l'objectif avoué étant de faire partir le plus possible de ces fonctionnaires dont l'entreprise a hérité. Dans le même temps, la direction de France Télécom obéit de plus en plus étroitement, stock options obligent, aux exigences pressantes de rendement des actionnaires. En vingt ans, France Télécom est ainsi devenu, sous la conduite de l'État, son actionnaire principal (quoique minoritaire), un modèle de la « gouvernance » du capitalisme à domination financière. Pour reprendre une expression de l'ancien PDG Michel Bon, l'entreprise est passée de la culture du service public à la « machine à cash ».

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Un rapport détérioré à autrui et à soi-même: Les suicides au travail ne sont pas des faits divers qui ne concerneraient que des « cas » de fragilité personnelle. On sait depuis fort longtemps, à la suite des travaux pionniers d'Émile Durkheim et de Maurice Halbwachs, que le suicide n'est pas indépendant de la forme des relations sociales plus ou moins nombreuses, plus ou moins denses et riches, que l'individu entretient avec autrui. Plus précisément encore, on comprend à les lire combien la mort physique que l'on se donne à soi-même est liée à une mort sociale que l'on subit par l'isolement personnel, l'éloignement du « foyer central » de la société, le détachement de la vie collective, l'effondrement de la solidarité sociale. Le rapport à soi, et en particulier le rapport suicidaire à soi, est lui-même relatif au rapport à autrui.L'un des symptômes les plus éloquents des transformations en cours est justement le remplacement dans le discours sur le travail de la problématique de la « lutte » par celle de la « souffrance ». La lutte avait une dimension collective, elle avait pour sujet un groupe, elle s'opposait à un autre groupe, elle prenait à témoin la société, s'adressait à ses représentants officiels et participait d'un mouvement historique beaucoup plus vaste qui reliait les générations, faisant ainsi le pont entre le passé et l'avenir. La « souffrance » est en revanche individuelle. Si la lutte est collective, les individus souffrent seuls. Le rapport professionnel conflictuel est intériorisé, la violence subie est comme « privatisée », comme retournée contre soi. Et dans les cas de suicide, ce sont des individus isolés qui, un par un, passent à l'acte. C'est dire à quel point la dimension « sérielle » des suicides ne suffit pas à en faire un acte collectif.
_______« Travailler sans autrui ? »
On assiste indiscutablement à l'érosion du collectif qui protégeait les individus, l'affaiblissement de la solidarité qui rendait supportable un travail pourtant physiquement très dur dans les usines taylorisées (3). La définition d'objectifs individualisés, les pratiques d'évaluation, l'accélération des mobilités en interne, la promotion de la réussite individuelle, toutes ces pratiques entraînent inmanquablement une désocialisation du travail, une déperdition de sa valeur et de sa portée sociale. On travaille pour soi comme on vit pour soi. C'est ce que les sociologues du travail appellent « travailler sans les autres » (Danièle Linhardt). Mais en raison de la grande porosité entre le travail et la vie personnelle, cette logique pénètre toute la sphère de la vie : chacun est convié à « vivre sans autrui », selon l'expression du psychanalyste Jean-Pierre Lebrun. Le sujet, réduit à un corps et à un moi, se coupe des dimensions symboliques et sociales qui lui donnent un statut, une existence avec et pour les autres.Cette privatisation du travail, on peut l'observer à deux niveaux. Au niveau de l'entreprise d'abord. Avec la concurrence intensive, les directions d'entreprise ont eu tendance à resserrer l'horizon des salariés aux seuls enjeux et objectifs de l'entreprise, en développant un loyalisme sans faille au service des intérêts de l'entreprise. Chaque entreprise a eu tendance à fonctionner comme une petite patrie, avec ses valeurs, sa culture, au détriment des liens de complémentarité et d'échange avec les autres. Au niveau de l'individu, les pratiques managériales ont eu tendance à resserrer l'individu sur lui-même et sur ses seuls objectifs et intérêts. Comment travailler pour soi et pour l'entreprise à la fois ? Ceci ne se fait pas par la « main invisible » du marché mais bien par la main visible du management, qui va décliner les objectifs généraux en objectifs individuels et instaurer un système supposé « objectif » de récompenses et de sanctions dont le fonctionnement est indexé à celui du marché. Cela signifie que la conjonction des objectifs de l'entreprise et des objectifs individuels est garantie par des procédures et des pratiques fondées sur des « faits », des «données », et surtout des « chiffres »,exactement comme l'activité de l'entreprise est sanctionnée par les faits, les données et les chiffres du marché.Danièle Linhardt résume bien l'effet désocialisant de ces formes de resserrement sur soi : « On pourrait dire en forçant le trait que l'entreprise dans la globalisation tend à couper le lien (symbolique et identitaire) entre ses salariés et leur société, pour ne leur imposer que celui qui les lie à elle-même dans le cadre d'une relation souvent incertaine. Dans un monde du travail désormais dominé par une gestion systématiquement individualisée, les salariés se trouvent en situation de perdre non seulement un mode de vie où les collectifs jouent un rôle puissant dans la socialisation au travail, mais également de couper le « cordon ombilical » qui les lie à la société. Ils sont conduits à se situer identitairement et symboliquement dans un monde qui relève nettement plus de la concurrence que de l'interdépendance, le seul don qui leur est concédé étant celui envers leur entreprise » (4).
____Travailler contre les autres
:On pourrait cependant avancer une hypothèse plus pessimiste au vu des pratiques en usage dans une entreprise comme France Télécom. Les nouvelles formes d'organisation du travail et les nouveaux rapports sociaux induisent chez les salariés de plus en plus de rivalité, d'inimitié, d'hostilité les uns à l'égard des autres. Le salarié n'est pas seulement amené à travailler sans les autres, il est conduit à travailler contre les autres, et donc à vivre non seulement sans les autres mais contre les autres. La peur de perdre son emploi, l'évaluation et les contrats d'objectifs, les primes individuelles, le recours à la sous-traitance, la mobilité systématique, tout une batterie de techniques ont affaibli le collectif et développé la concurrence entre salariés. C'est à celui qui atteindra les chiffres fixés dans les meilleurs délais et les meilleures conditions pour l'entreprise Car ce qui se répand, c'est une concurrence par les chiffres , qui ne doit tenir aucun compte de l'élément humain, qui ne voit dans le salarié qu'un commercial et dans l'usager qu'un consommateur qui paye.

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Pour se rendre compte des ravages d'une telle tendance, il faut avoir à l'esprit un autre enseignement de la sociologie. Pour Durkheim, le travail est devenu avec la modernité industrielle et marchande le principal support de la morale concrète : avec l'approfondissement de la division du travail, chacun travaille pour les autres et son devoir consiste à travailler le mieux qu'il peut pour le bien d'autrui. C'est le sens profondément social du travail qui procure une satisfaction individuelle et collective à la fois. C'est en tant que membre d'un groupe de travailleurs que chacun ressent une fierté pour le travail bien fait, la beauté du geste, le sens pratique et l'art de faire. C'est ainsi que l'on peut comprendre la fierté des ouvriers ou des mineurs pourtant soumis à un dur labeur, tout comme les combats menés par les salariés pour la reconnaissance de la valeur sociale de leur activité. Sans oublier que ce qui rendait le travail et la hiérarchie supportables était la solidarité face à une situation partagée, le sentiment de constituer une « communauté » qui avait avec ses mots, ses coutumes, ses marques symboliques. De là une grande nostalgie qui tient à la disparition de cette communauté de travail.Cette communauté de travail, faut-il le rappeler, n'a pas été donnée d'emblée, elle n'est pas née spontanément. Elle est le produit de l'histoire, le résultat d'un travail collectif des salariés sur eux-mêmes, pour dépasser leur mise en concurrence sur le marché du travail et pour contrecarrer les pratiques patronales qui cherchaient à les diviser. F. Engels, dans son enquête sur la classe ouvrière anglaise, avait bien souligné combien les travailleurs étaient transformés en ennemis les uns des autres dans une concurrence encouragée par les patrons : « La concurrence est l'expression la plus parfaite de la guerre de tous contre tous qui fait rage dans la société bourgeoise moderne. Cette guerre, guerre pour la vie, pour l'existence, pour tout, et qui peut donc être, le cas échéant, une guerre à mort, met aux prises non seulement les différentes classes de la société, mais encore les différents membres de ces classes ; chacun barre la route à autrui ; et c'est pourquoi chacun cherche à évincer tous ceux qui se dressent sur son chemin et à prendre leur place. Les travailleurs se font concurrence tout comme les bourgeois se font concurrence (...). Or, cette concurrence des travailleurs entre eux est ce que les conditions de vie actuelles ont de pire pour le travailleur, l'arme la plus acérée de la bourgeoisie dans sa lutte contre le prolétariat. D'où les efforts des travailleurs pour supprimer cette concurrence en s'associant ; d'où la rage de la bourgeoisie contre ces associations et ses cris de triomphe à chaque défaite qu'elle leur inflige » (La situation de la classe laborieuse en Angleterre).Tant que les relations sont solides et solidaires, on peut supporter beaucoup, même dans des situations d'extrême difficulté. Lorsque les relations se dégradent par contre, chacun se sent exposé, menacé, faible et fragile. C'est bien ce qui se passe lorsque le travail est réorganisé de façon à mettre en concurrence les salariés entre eux. Le sentiment de la communauté et la lutte collective sont remplacés par la concurrence et la souffrance qui l'accompagne. Ce n'est pas seulement la peur des autres qui engendre l'anxiété, c'est de ne pas avoir d'autre but que de sauver son emploi, de « sauver sa peau ». La perte du collectif et la limitation de l'activité à des objectifs privés sont source de démoralisation. Valeurs, sens du travail, sentiment de rendre service, de traiter chacun de la même façon s'atténuent ou disparaissent.Beaucoup de directions d'entreprises ont compris à leur manière cette dimension collective et cette portée morale du travail en cherchant à l'exploiter dans le cadre de la concurrence exacerbée à laquelle elles se livrent. Beaucoup de DRH ont tenté, on l'a dit, de créer des équipes plus solidaires, de souder le personnel en développant une sorte de patriotisme d'entreprise, en suscitant la plus grande loyauté à l'entreprise. Mais, pour ne pas être purement factice, cela suppose des engagements symboliques durables entre les propriétaires et les salariés, sur le modèle japonais de l'emploi à vie et du plus entier dévouement à l'entreprise. Or le problème est qu'une telle « culture d'entreprise » reste difficilement compatible avec la mise en concurrence interne des salariés comme avec les bouleversements sur l'emploi induits par les changements technologiques et les restructurations organisationnelles de ces vingt dernières années. D'autant que le discours patronal comme l'évolution du droit du travail poussent à un relâchement et à une précarisation toujours plus prononcés du lien entre l'entreprise et le salarié.Le sens social du travail n'est assurément pas l'exclusivité du service public. Mais il y est historiquement très puissant. Il fait partie de la culture traditionnelle de ceux qui y travaillent. Or, toute une branche du néolibéralisme doctrinal (l'école dite du « Public Choice ») a entrepris depuis une trentaine d'années la dénonciation virulente du « gâchis bureaucratique » et de la « sous-productivité » supposée inhérente au service public. Ce procès de l'action publique et de l'administration a rencontré depuis lors de solides appuis dans la presse, l'édition, l'université, la politique. Même et surtout s'il est peu étayé empiriquement, ce procès en inefficacité trouve aujourd'hui sa conséquence pratique dans l'introduction de toutes les techniques du management privé dans les relations professionnelles et dans le rapport aux « clients ». La « révision générale des politiques publiques » (RGPP) en est aujourd'hui un bon exemple. C'est pourquoi le cas de France Télécom dépasse de loin le cadre particulier d'une entreprise ou le seul secteur des télécommunications. Il éclaire l'ensemble du processus de transformation qui affecte aujourd'hui l'action publique et la protection sociale, depuis l'université jusqu'à l'hôpital en passant par la poste. Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'il a là une véritable stratégie visant à miner les ressorts et les fondements moraux, culturels, et politiques du service public, pour les remplacer par la logique du marché fondée sur la concurrence et la « performance » quantitativement évaluable._________

Un management particulièrement brutal:Il est évidemment difficile de l'extérieur de se faire une idée précise du vécu des salariés de cette entreprise et de savoir jusqu'où s'étendent les dégâts commis par les pratiques managériales en vigueur. Les enquêtes menées depuis plusieurs années et en particulier le rapport de l'Observatoire sur le stress et des mobilités forcées à France Télécom, ainsi que les très nombreux témoignages récemment parvenus à la presse, indiquent que les pressions au départ, la non reconnaissance infligée à beaucoup de salariés, la réévaluation permanente des objectifs à atteindre, les mobilités forcées vers d'autres sites et d'autres métiers au nom des restructurations « nécessaires à la compétitivité », sont particulièrement déstabilisants. Les sociologues qui ont mené l'enquête sur le stress analysent en détail le système des « 5 M » qui a pour effet de fragiliser et parfois de briser psychologiquement un nombre important de salariés :« mangement par le stress, mobilités forcées, mouvement perpétuel, mise au placard mise à la retraite » (5). Le plan Next (Nouvelle Expérience des télécoms) lancé en 2005 par Thierry Breton visait à redresser le chiffre d'affaires, le cash flow et les bénéfices nets de l'entreprise en trois ans. Le succès financier sera réalisé au prix de la suppression de plus de 20 000 emplois et d'une hausse de la productivité obtenue par des méthodes radicales. Les salariés ont payé les erreurs stratégiques de la direction de l'entreprise au début des années 2000, comme le souligne Ivan du Roy.Le système de management par l'incertitude, le stress et la peur est introduit dans une entreprise privatisée depuis un peu plus d'une dizaine d'années et qui, en dépit d'une vaste campagne de suppressions d'emplois, a gardé en son sein des fonctionnaires recrutés au moment de la grande période de rattrapage technique des années 70 et 80. Faire partir ceux qui n'ont pas le profil commercial, en particulier les plus âgés (« seniors »), et qui sont souvent aussi des fonctionnaires ayant été socialisés professionnellement dans l'idée d'œuvrer pour le bien général, voilà qui suppose toute une panoplie de moyens mobilisée dans le cadre d'une gestion originale des ressources humaines. C'est le plan ACT (Anticipation et compétences pour la transformation) qui obéit à « une logique d'adaptation permanente dans un environnement instable ». Il s'agit là d'un dispositif managérial dont le principe est d'introduire directement dans l'entreprise, au plan de la gestion immédiate des salariés, les objectifs financiers et l'incertitude propre au marché, en faisant du résultat à atteindre individuellement et de la pression concurrentielle s'exerçant sur chacun la forme exclusive de relation sociale entre niveaux hiérarchiques et entre salariés. L'un des aspects les plus brutaux de cette stratégie est le principe d'élimination de ceux qui sont censés être les moins performants, selon une sélection « darwinienne » qui répand l'anxiété parmi tous les salariés et en pousse une fraction non négligeable vers un congé maladie pris en charge par la collectivité ou la démission volontaire, autant de formes de « licenciement masqué » qui allègent les comptes de l'entreprise. Ce management offre une image caricaturale de « cette gestion qui rend malade la société », selon l'expression de Vincent de Gaulejac.

____« Time to move »L'expression de « souffrance au travail » pourrait laisser croire qu'il s'agit toujours d'un effet psychique non voulu de transformations économiques ou technologiques. Or cette souffrance n'est pas seulement un effet indésirable et malheureux, elle peut devenir partie prenante d'une technique de gestion, elle peut être instrumentalisée. On cherche alors à faire peur, pour obtenir de l'individu qu'il se conforme aux attentes de l'entreprise.La méthode systématique du TTM (Time to move), qui est un élément de la gestion par la mobilité forcée, illustre bien la manière dont les salariés ont été les principales cibles des restructurations. Cette technique impose un changement régulier de sites et de postes, et fait peser sur les salariés la menace permanente d'un déplacement vers des emplois plus difficiles ou plus éloignés, pour lesquels ils ne sont pas préparés ou mal adaptés.Elle permet également de mettre en évidence une véritable instrumentalisation de la souffrance. Dans un document publié sur le site Bakchich.fr et intitulé « Réussir Act » (février 2007), on découvre un véritable mode d'emploi destiné à la formation des managers de proximité chargés de mettre en œuvre la course à la performance, la pratique de la mobilité forcée et de la pression au départ. Son mot d'ordre c'est la « nécessité de la mise en mouvement pour tous ». Le manager de France Télécom, c'est d'abord le contrôleur de tableaux de bord et le spécialiste de la performance chiffrée, celui qui incarne pour les salariés la prédominance absolue de la rentabilité financière. Pour ce faire, il doit être aussi un « psychologue » d'un nouveau genre, dont la fonction n'est évidemment pas de soigner, mais de « mettre sous tension » le salarié et de pousser vers la sortie ou un autre poste ceux qui ont été désignés pour partir, selon les objectifs de réduction fixés par sa hiérarchie. Ce document de former le manager à déterminer et à mettre en œuvre une « une stratégie de mouvement » du salarié. Il lui faut pour cela « travailler les résistances, maîtriser les risques, accompagner le collaborateur ».Tout l'art consiste à faire accepter au salarié « l'inéluctabilité du changement » en cassant les « postures de résistance » classées par types. Le manager de France Télécom est censé ainsi« accompagner le processus du deuil » du salarié « invité » à bouger. Cette technique est une transposition dans le domaine du management des théories de la psychologue américaine Elisabeth Kübler-Ross sur la réaction à l'annonce de sa propre mort. Par la suite celle-ci a cherché à étendre ses théories à la réaction à toute perte catastrophique (perte d'emploi, décès d'un proche, etc.). Elle a distingué 5 phases du deuil : le choc et le déni ; la colère ; la négociation ; la dépression ; l'acceptation. Le manager doit quant à lui « gérer » cinq phases de réaction faisant suite à l'annonce au salarié de sa mutation: le refus de comprendre, la résistance, la décompression, la résignation, l'intégration, c'est-à-dire l'acceptation du caractère inéluctable de « la mise en mouvement ». Sous couvert d'une description objective des phases suivies par l'individu, il s'agit en fait d'une séquence performative à destination du manager. La méthode, si elle est correctement comprise, consisterait donc à utiliser les phases morbides de colère et de dépression pour en faire ensuite sortir les salariés par la proposition d'une "regénérescence" professionnelle. Il faut croire que les dépressions nombreuses, le sentiment massivement répandu de stress et les cas de suicides procèdent d'un mauvais suivi des étapes du deuil.

____Une subjectivité malade de la performance:Si l'on retrouve à France Télécom les traits du nouveau management, en particulier cette pression manipulatrice sur le terrain psychique pour mobiliser la subjectivité directement et faire en sorte que le sujet soit contraint d'agir comme si c'était bien lui qui avait de lui-même accepté les objectifs qui lui ont été assignés, on doit remarquer que les méthodes y ont pris un caractère particulièrement brutal. Ceci ne fait que mieux apparaître, en l'outrant, la logique générale à laquelle sont aujourd'hui soumis un nombre croissant de salariés du secteur privé comme du secteur public. Le management de la performance n'est en définitive rien d'autre que la déclinaison de la pression concurrentielle jusqu'à niveau le plus immédiat de la tâche concrète. La logique du marché doit ainsi prévaloir sur les normes du métier, celles là même qui fondent le sens du travail. Plus généralement, on peut saisir la pleine portée de ce mode de gouvernement des hommes : en jouant sur le double ressort de la rivalité et de la peur, il œuvre à la production d'une nouvelle subjectivité. D'un côté, plus on en appelle à la responsabilité d'un individu confronté en permanence à l'illimitation d'un « choix de soi-même », plus on valorise son aspiration à l'autonomie, plus on l'invite à se regarder lui-même comme une « entreprise » en compétition avec ces autres entreprises que sont les autres, mieux on le place dans des situations de concurrence pour l'amener à fonctionner subjectivement selon la norme de la concurrence. De l'autre, on introduit des mécanismes d'évaluation dont la fonction est de produire l'homme « accountable », c'est-à-dire à la fois calculable et comptable. La peur constante d'être mal évalué par son supérieur hiérarchique finit dans ces conditions par se retourner en peur de ne pas être à la hauteur des objectifs que l'on a dû bien souvent se fixer à soi-même. De la sorte on fait entrer le sujet dans la spirale de l'auto-évaluation inquisitrice et culpabilisante. Ce que montre le cas de France Télécom, c'est que les deux faces de cette production subjective, la face « claire » de l'autonomie sans limite et la face « sombre » de l'auto-évaluation qui tourne vite à l'auto-dépréciation ne sont jamais que les deux faces complémentaires d'un même système mortifère.(Pierre Dardot et Christian Laval)

-Pierre Dardot et Christian Laval: « Nous n'en avons pas fini avec le néolibéralisme » | Mediapart
-Vers une crise des modèles de management ?

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