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jeudi 12 août 2010

Loups dans la bergerie?

Europe et contrôles bancaires

Abandon de pouvoir...et lobbying financier

-Un renforcement du contrôle du système bancaire et financier purement formel?







"Des pilleurs de banque comme consultants sur les normes de sécurité ?
" (Esurnir)
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_________Commission: des banquiers très introduits:
-"
Viendrait-il à l’idée de la Commission de réunir, à côté de policiers et de magistrats, des pilleurs de banques pour les consulter sur les normes de sécurité et la législation répressive ? La comparaison peut prêter à sourire, mais c’est exactement ce que fait l’exécutif européen dans le domaine de la régulation financière, puisqu’elle s’inspire, pour l’essentiel, des propositions formulées par l’industrie financière.

_Ainsi, la législation actuellement en cours d’adoption sur la supervision financière européenne est directement issue d’un rapport commandé par la Commission et remis le 25 février 2009.
Or, ce texte, jugé très timoré, a été rédigé par un groupe « d’experts » présidé par Jacques de La Rosière, ancien patron de la Banque de France, mais surtout actuel conseiller du PDG de BNP-Paribas, entouré de sept professionnels dont trois viennent du secteur privé
, même s’ils ont eu des fonctions publiques à un moment ou à un autre, la porosité étant importante dans ce milieu : Rainer Masera (ex Lehman Brothers), Otmar Issing (Goldman Sachs) et Onno Ruding (Citigroup). Soit quatre banquiers (dont trois établissements américains…) et un cinquième, Callum McCarthy, l’ancien président de la « Financial Services Authority » britannique, notoirement opposé à toute supervision trop contraignante. Soit une majorité issue ou proche de l’industrie financière… Comment dès lors s’étonner du résultat ?..

___La Commission s’est entourée, au fil des années et faute de disposer du personnel et des compétences nécessaires en interne, de plus de mille « groupes d’experts » qui la conseillent dans l’élaboration de la législation européenne. Le fonctionnement, la composition et le pouvoir de ces groupes sont pour le moins opaques, ainsi que le dénonce régulièrement l’ONG « Alter EU » qui s’est fait une spécialité de traquer les lobbies à l’œuvre à Bruxelles
.
Dans le domaine financier, on en dénombre 19 qui siégent auprès de la direction générale du marché intérieur.
Selon Alter EU qui a publié en octobre 2009, une étude intitulée : « the role of the Financial industry in shaping EU régulation » (le rôle de l’industrie financière dans l’élaboration de la réglementation européenne), 8 de ces comités sont dominés de la tête et des épaules par le monde financier, comme ceux sur les produits dérivés, les problèmes bancaires ou encore les manipulations de marché. Dans 7 autres, les États membres sont certes majoritaires, mais la Commission a "oublié" de publier la composition de trois d’entre eux. Il faut ajouter à cette nébuleuse trois autres instances du « processus Lamfalussy »,
dont deux d’entre elles sont essentiellement composés de représentants de la finance, un "processus" loin d'être anecdotique puisqu'il a institué un mode de gouvernance du secteur financier qui donne un véritable pouvoir réglementaire aux « experts »...
__Le 1er octobre 2008, le prédécesseur de Michel Barnier, l’Irlandais Charly McCreevy, clamait encore que «ce n’est pas le manque de réglementation qui est à l’origine de cette crise financière»… Cela étant, aucun des textes actuellement en cours de discussion devant le Parlement européen et le Conseil des ministres ne représente une vraie rupture avec ce qui se passait avant, les groupes d’experts veillant à décourager les velléités réglementaires..." .(J.Quatremer)
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-
L'Europe divisée sur le contrôle bancaire
-Le lobbying à Bruxelles : une menace pour la démocratie ?
-Les lobbies financiers à Bruxelles n'aiment pas la régulation
-Quand la Commission européenne déguise des lobbyistes du secteur financier en experts
-Refonder l'Europe
-Banques: hold-up sur l'Europe
-Trichet: simple expert ?

mercredi 11 août 2010

Quand la Chine s'arrêta

Point d'histoire: Le jour où la Chine s'est endormie

Le grand bond sur place...ou les chances de l'Angleterre

The Great divergence China, Europe, and the making of the modern world economy

_________Un débat qui agite le monde des historiens, relancé par l'étude de K.POMERANZ:

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On comprend encore assez mal, malgré les études historiques nombreuses, pourquoi la Chine, très en avance sur l'Europe au 18° siècle dans de nombreux domaines, n'a pas été entraînée dans le sillage du mouvement d'industrialisation qui a caractérisé les nations européennes, notamment l'Angleterre, connaissant rapidement une révolution exceptionnelle.

-Dans son incontournable Le monde chinois,le grand spécialiste de la Chine Jacques Gernet remet en question certains mythes anciens et encore actuels sur l'histoire complexe et fascinante de la Chine:

« La Chine entre au 18°s dans une ère de prospérité qui est due à un essor agricole, artisanal et commercial sans précédent. Elles devance largement toutes les autres nations pour le volume de ses productions et de ses échanges intérieurs.L'agriculture chinoise atteint son plus haut degré de développement. Par ses techniques,la diversité des espèces cultivées, ses rendements, elle apparaît comme la plus savante et la plus évoluée de l'histoire avant l'apparition de l'agronomie moderne...Par comparaison, l'agriculture de nombreuses régions d'Europe de la même époque peut paraître singulièrement arriérée. Le paysan chinois de l'ère Yongzheng et de la première moitié de l'ère Qianlong est, d'une façon générale, bien mieux nourri et plus à son aise que son homologue français du règne de Louis 15. Il est aussi généralement plus instruit...Cet essor si remarquable de l'agriculture chinoise au 18°s. , stimulé d'ailleurs par l'essor concomitant de la production artisanale et des trafics commerciaux, invite à réviser certains jugements d'aujourd'hui... »(p 237 sq -ed Agora)

-Il décrit l'extraordinaire développement de la Chine à cette époque, notamment le développement exceptionnel d'une industrie efficace (les cotonnades de Songjiang emploient en permanence 200000 ouvriers, par exemple, aux hauts fourneaux de Hhei travaillent 2000 à 3000personnes). La Chine commerce avec le monde entier.. Le développement démographique est spectaculaire, un service public efficace est en place...Déjà, dit D.Donatien,"Au XIe siècle, la Chine produit environ 120 000 tonnes de fonte de fer, la Grande-Bretagne 70 000 tonnes à la fin du XVIIIe. Le monde doit presque tout à la Chine sur le plan de l’innovation technique, mais aussi au plan des conceptions modernes de l’Etat : les concours de recrutement de fonctionnaires implantant un service de l’Etat centralisé, accompli par des individus révocables et non par des féodaux héréditaires.C’est en élargissant sa sphère de domination vers le sud du Yangzi, au Guangdong, puis au Vietnam que la Chine se dota d’une marine et que les échanges maritimes crûrent en volume. Les expéditions conduisirent à la domination des pays maritimes de la région de Canton, jusqu’à la région de Hué et Da-Nang..."

____________________Comment expliquer alors le fait que la Chine n'ait pas naturellement suivi le modèle européen et notamment la révolution industrielle anglaise dès la fin du 18°siècle, dont le moteur essentiel fut l'exploitation du charbon et le règne de la machine à vapeur, force productive de premier plan, qui a entraîné les conséquences en chaîne que l'on sait?

Gernet, comme d'autres, pointe l'excès de centralisation, l'Etat vivant au dessus de ses moyens, la corruption, les guerres lointaines, l'assoupissement lié à l'euphorie du développement, un certain essoufflement d'une économie prospère mais routinière , l'insuffisance progressive des terres liée à la croissance démographique, etc...

Mais cette interprétation traditionnelle est aujourd'hui discutée, approfondie et remaniée...

-Pomeranz , dans son livre récemment traduit en français,remet en cause l'européocentrisme qui a prévalu dans l'explication du « décrochage » de la Chine par rapport à certains pays d'Europe

« Certaines régions d’Asie et d’Europe avaient atteint, à la fin du XVIIIe siècle, un niveau de développement comparable. Comment expliquer alors la distance qui sépara les deux espaces par la suite, et pourquoi la révolution industrielle eut-elle lieu en Grande-Bretagne plutôt qu’en Chine ? Par une sorte de hasard écologique et conjoncturel, répond Pomeranz : la disponibilité des ressources en charbon et l’exploitation du Nouveau Monde sont les deux principaux phénomènes à l’origine de cette « grande divergence ». ...C’est en partant du constat d’un « fossé injustifié entre nos façons de qualifier des phénomènes qui, aux deux extrémités de l’Eurasie, étaient de même nature » que Pomeranz entreprend de démontrer les similitudes et les points de convergence entre certaines « régions-centres » de l’Ancien Monde au XVIIIe siècle. Le delta du Yangzi en Chine, la plaine du Kantô au Japon, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Gujarat en Inde présentaient des « ressemblances étonnantes », en termes démographiques par exemple. La consommation de produits de luxe était « au moins aussi répandue parmi les diverses classes de Chinois et de Japonais que parmi les Européens ». La Chine importait toutes sortes de produits exotiques, perles d’Asie, lorgnons venus d’Occident et fourrures de Russie. En outre, l’Europe semblait moins efficace dans certains domaines considérés traditionnellement comme les facteurs du dynamisme économique, tels l’organisation des marchés et la division du travail. Ces différentes régions avaient donc atteint, à la fin du XVIIIe siècle, des limites comparables : elles étaient toutes « en marche vers un commun cul-de-sac « proto-industriel » où la production (…) parvenait tout juste à devancer la croissance démographique « .Dès lors, pourquoi l’Europe fut-elle le berceau de la révolution industrielle et pas la Chine ? D’abord, selon Pomeranz, la « chance » de la Grande-Bretagne fut de disposer d’importants gisements de charbon à proximité des lieux de l’activité économique, quand les ressources chinoises étaient éloignées des grandes régions de production. Au XIXe siècle, le combustible fossile joua donc le rôle de « substitut de la terre », au moment où on ne parvenait plus à accroître ses rendements. La seconde cause est à chercher dans l’exploitation de l’Amérique coloniale, riche de matières premières, et sans population pour les consommer. Selon lui, la croissance ne fut donc pas seulement endogène, mais rendue possible par des ressources extérieures. Enfin, insiste Pomeranz, ce n’est pas avant le milieu du XIXe siècle que l’Europe « devint cette monstruosité cousue d’or ».

La divergence fut donc tardive.

Que penser de cette interprétation audacieuse, qui en a séduit beaucoup? Tous les historiens ne partagent pas , ou pas tout à fait ce point de vue novateur , tout en reconnaissant la richesse des analyses.

"...Ce livre constitue l’un des premiers ouvrages de référence de la global history (histoire globale ou mondiale), programme de recherche séduisant mais dont la mise en oeuvre n’est pas toujours aisée. Pomeranz montre tout l’intérêt de dépasser les cadres nationaux pour mener à bien le travail comparatiste, en choisissant d’étudier des « régions-centres ». Cette optique transnationale invite à considérer un monde décloisonné et une histoire décentrée, qui ne fait ni de l’Europe ni de la Chine le coeur des processus historiques. C’est en abordant une pluralité d’espaces que l’historien met en perspective des réalités jusqu’alors déconnectées. __En refusant de postuler la supériorité des valeurs européennes, et en particulier une « opposition théorique entre souverains tempérés (d’Occident) et absolus (d’Orient) », Pomeranz n’écarte pas pour autant les explications culturelles ou politiques. Mais il balaie définitivement le grand roman d’un Occident éclairé contre le reste du monde obscurantiste et inadapté à la modernité. La thèse, nécessairement simplifiée ici, est d’une infinie richesse, et envisage le processus historique et économique dans toute sa complexité. __Rarement un ouvrage aura provoqué autant d’engouement, y compris chez ceux qui en ont critiqué certains aspects. Depuis sa publication, il y a dix ans, il n’a cessé d’alimenter, à l’échelle de la planète, les échanges intellectuels des historiens et des économistes. Espérons que cette traduction lancera à présent la discussion dans le monde francophone, resté jusqu’alors en marge d’un débat pourtant essentiel. A tous ceux qui regrettent parfois l’incapacité des historiens, de nos jours, à se mesurer à de « grandes questions », voilà en tout cas une oeuvre qui devrait donner une immense satisfaction." (Claire Judde de Larivière)

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-Splendeur de la Chine ancienne et de sa marine
-Chine , la mutante-
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Article repris dans Agoravox

mardi 10 août 2010

Natalité de combat

Fécondité politique?

Israël-Palestine: rapports de force et démographie






Vraies ou fausses menaces?

_Les problèmes démographiques ont souvent représenté des enjeux politiques importants.
Dans le conflit qui s'éternise au Moyen-Orient, faute de réelle volonté de paix et de détermination autant israëlienne qu' américaine, piégée par des objectifs stratégiques régionaux à court terme, les problèmes démographiques ont une grande importance, autant dans la réalité des chiffres que dans les désinformations et les fantasmes entretenus.
Contrairement à la plupart des pays arabes, où la natalité est en baisse, le nombre d'enfants palestiniens est toujours
important, surtout dans le chaudron encerclé de Gaza, où la densité démographique est une des plus importantes du monde. Certains courants islamistes ne manquent pas de revendiquer l'arme de la natalité, la mobilisation des ventres...
Israël le sait, tout en contestant officiellement les chiffres, et pratique une politique de gribouille pour tenter de compenser ce déséquilibre croissant: appel à l'immigration notamment, en recul depuis des années (après la déferlante russe, aides même pour les non juifs), grignotage constant de la Cisjordanie... malgré de profondes divergences dans la société israëlienne sur la politique à suivre.

"Pour gagner « la bataille démographique » afin de préserver son caractère juif, Israël appuie [donc] des campagnes ciblées. Subsides, aides au logement, prêts préférentiels, éducation et santé prises en charge, privilèges fiscaux.
Autant d’avantages qu’Israël fait miroiter pour encourager « le retour au pays » de certains de ses 700 000 ressortissants considérés comme exilés, après cinq ans d’absence à l’étranger. Un programme ponctuel privé offre à des milliers de célibataires juifs de diaspora de « trouver un pays et l’âme sœur » (J.David)

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"...L’installation de colons juifs en Cisjordanie a ceci de paradoxal que d’habitude, dans l’histoire, ce sont les zones à la démographie la plus dynamique qui déversent leur trop plein vers celles où elle l’est moins. Or là, c’est l’inverse, ce qui montre combien est artificiel ce mouvement, fruit d’un volontarisme politique cherchant à contrecarrer les évolutions démographiques fondamentales...dans un monde qui révère la démocratie, la logique du nombre finit toujours par l’emporter.
Dans la mesure où il y a un lien direct entre la fécondité des habitants des territoires occupés (colons compris, d’ailleurs) et la tension politique et militaire, il n’y a aucun espoir qu’Israël renverse ces tendances, mortelles à terme pour lui, sans un relâchement de cette tension. Ce relâchement doit déboucher sur une vraie dynamique de développement, en particulier à Gaza. La densité de ce territoire est encore inférieure à celle de Hong-Kong ; cette ville a, comme Beyrouth, un passé commerçant ; l’argent, européen ou arabe, ne manque pas. Le mieux qu’aient à faire les Israéliens est de favoriser au plus vite son décollage.
Et la sécurité, dira-t-on ? La technique moderne offre sans nul doute à Israël des moyens moins rustiques de la garantir que le blocus inhumain infligé aux habitants de Gaza. Dans toute situation de conflit, il faut prendre en compte que la sécurité absolue de l’un est l’insécurité absolue de l’autre " (R.Hureaux)
-La force n'est pas une solution

lundi 9 août 2010

Frontières du moi

Enigme de l'identité




___ L'homme, unique et divers





_Les progrès de la recherche microbiologique nous confrontent de plus en plus à une complexité que naguère encore nous ne soupçonnions pas et à des questions paradoxales, qui élargissent notre notion du vivant et notamment la notion d'identité (biologique): nous sommes à la fois permanents dans le temps et sans cesse en transformation interne, de manière à la fois déterminée ET aléatoire, le vieillissement repérable extérieurement n'étant qu'un épiphénomène.
Cela étonnait déjà certains philosophes de l'Antiquité

"...Cette exploration de cette part de l'identité de l'individu qui traverse le temps interroge la philosophie autant que la biologie, car la définition même de l'individu ne va pas de soi. C'est même, observe Thomas Pradeu, «un des problèmes les plus débattus de la philosophie de la biologie contemporaine».L'individu, un problème? Voilà qui est pour le moins contre-intuitif. Ne savons-nous pas, comme le soutenait déjà Aristote qui prenait l'exemple du cheval, qu'un individu biologique est un organisme, cas particulier d'une espèce, que l'on peut délimiter par des frontières, et qui est unique? Les choses sont bien plus complexes.Un être humain, qui ne peut vivre sans les millions de milliards de bactéries qui peuplent son corps, est-il un individu? Ne faut-il pas plutôt considérer l'écosystème que son corps forme avec ces bactéries comme le véritable individu? Le vertige identitaire s'accroît encore lorsque l'on considère l'ensemble du vivant..."(JJ.Kupiec)
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Pistes...:

«J'ai une barque faite de planches et les planches s'usent une par une. Au bout d'un certain temps, toutes les planches ont été changées. Est-ce la même barque?»
interrogeait l'oracle de Delphes. Depuis deux millénaires, la question passionne les philosophes. Ce qui reste identique lorsque tout change, est-ce l'âme, la conscience, l'esprit? Quelle est la nature de l'ipséité, selon le néologisme forgé par le philosophe Paul Ricœur dans Soi comme un autre (Le Seuil, 1990) pour désigner cette identité de l'individu qui traverse le temps de sa vie. Ces vieilles questions taraudent à présent les biologistes. Alors que les molécules et les cellules qui composent notre corps ne cessent, comme les planches de la barque de Delphes, de se renouveler, qu'est-ce qui fait que nous restons nous-mêmes? ...
«On a longtemps pensé que la disparition de nos cellules –comme notre propre disparition, en tant qu'individu– ne pouvait résulter que d'accidents et de destructions, d'une incapacité fondamentale à résister à l'usure, au passage du temps et aux agressions permanentes de l'environnement. Mais nous savons aujourd'hui que la réalité est de nature plus complexe. Une vision radicalement nouvelle de la mort s'est révélée comme un mystère au cœur du vivant»
, explique le biologiste Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie à l'université Paris 7....
__[La mort est vraiment au principe même du vivant]
________________________________________...Loin d'être pathologique, ce suicide cellulaire est partie intégrante du fonctionnement normal d'un organisme, dès les toutes premières étapes du développement. L'apoptose contribue ainsi àconférer sa forme au corps. A l'âge de trois mois, le fœtus a par exemple les doigts réunis entre eux. C'est la mort cellulaire qui, «sculptant le vivant, comme pour dégager un gant d'une moufle», selon l'expression d'Ameisen, va permettre l'individuation de chacun des doigts.Le phénomène est encore plus massif dans le système immunitaire et le cerveau. Quelque 99% des lymphocytes produits sont ainsi éliminés dans le thymus, au cours de la vie embryonnaire et il en va de même d'une bonne moitié des neurones. Chez l'adulte encore, la mort cellulaire participe au bon fonctionnement du corps. Le remodèlement, tout au long du cycle menstruel, de la paroi utérine, est ainsi permis par l'apoptose des cellules qui le constituent. Autre exemple: l'érythropoïétine, plus connue sous le nom d'EPO depuis de retentissants scandales de dopage dans le cyclisme, stimule la production de globules rouges en inhibant leur mort programmée. Le corps génère ainsi en permanence un excès de cellules, dont la plupart sont vouées à la disparition. «L'identité d'un individu ne peut se comprendre sans prendre en compte tout ce qui a disparu dans un corps en reconstruction permanente», souligne Ameisen...
__
Les biologistes rechignent à abandonner une théorie qui a été hégémonique pendant des décennies et qui reprend, comme le souligne le philosophe des sciences Thomas Pradeu de l'université Paris 4, «des idées philosophiques remontant au XVIIIe siècle, comme le préformationnisme qui soutient que l'œuf contient déjà tout l'individu à venir»...
_Jean-Jacques Kupiec, [qui] défend depuis 25 ans une théorie alternative au programme génétique rencontre de plus en plus d'écho. Kupiec s'efforce de tirer les conséquences théoriques de la découverte que le hasard est au cœur du fonctionnement cellulaire. Pour lui, chaque cellule fluctue de manière aléatoire entre différents états d'expression de ses gènes en fonction des interactions qu'elle établit avec ses voisines. Seules celles qui sont le mieux adaptées à cet environnement cellulaire survivent. «Ma théorie, mélange de hasard et de sélection, est conceptuellement analogue à celle de Darwin, à la différence près qu'elle s'applique au milieu intérieur d'un organisme. L'échelle à laquelle s'opère la sélection n'est donc plus l'individu mais la cellule», explique le chercheur
...
Si l'on adopte la perspective du darwinisme cellulaire, il est en revanche logique que les fluctuations aléatoires de l'expression des gènes au sein d'une cellule conduisent à de nombreuses aberrations rendant la cellule non viable et entraînant sa mort. C'est aussi ce qui expliquerait que les trois quarts des embryons meurent dans les premiers jours suivant leur nidation dans la paroi utérine. Ces avortements spontanés et invisibles résulteraient de configurations impropres d'expression génétique nées du hasard et rendant les embryons non viables.
Mais si l'organisme se développe, puis fonctionne, de manière aléatoire, qu'est-ce qui rend compte de sa permanence? Une première réponse à cette question se trouve dans le cerveau. Ce n'est pas par hasard que les cellules nerveuses soient, des quelque 200 types cellulaires du corps humain, un des rares à ne plus se diviser. Contrairement à ce que l'on croyait il y a encore 15 ans, de nouveaux neurones peuvent bel et bien être formés chez l'adulte, même s'ils sont quantitativement peu nombreux. En revanche, les neurones formés lors de la vie embryonnaire ne peuvent plus, une fois intégrés dans les circuits cérébraux, se diviser. C'est donc dans le cerveau qu'il faut chercher l'explication de la permanence de la conscience de soi traversant les années. Mais force est de reconnaître qu'il existe à peu près autant de théories de la conscience que de chercheurs travaillant dans ce domaine. Le seul véritable acquis est l'idée que la mémoire fait appel au renforcement de certaines connexions au sein de réseaux neuronaux existant ou à la formation de nouvelles connexions. «De même que le système immunitaire ne cesse de changer au cours de la vie, en fonction du milieu dans lequel évolue l'individu, son système nerveux ne cesse de se remodeler. C'est ce changement permanent d'identité qui assure la mémoire des expériences passées. Si le corps peut se souvenir, c'est parce qu'il est devenu autre»...
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[Voir:Plaidoyer pour un darwinisme cellulaire]
____[L'origine des individus]
... La véritable échelle de temps pour penser ce phénomène est celle des centaines de millions d'années de l'évolution, qui voient sans fin apparaître nouveaux individus et nouvelles espèces en un même processus..."
___-_Identité biologique : gènes génomes et environnement__________

-Merci à Mediapart , à N.Chevassus et S.Dufeau

dimanche 8 août 2010

Petites lueurs au M.O.

Baliser le terrain de la paix...



-Au coeur d'une situation de blocage, de durcissement et de peur, qui fait de plus en plus désespérer d'une paix prochaine, deux initiatives, _après celle de JCall_, certes limitées et symboliques, mais portant l'espoir d'un possible rapprochement futur, par le biais de deux micro initiatives : l'action sportive et l'expression musicale. Quand la situation est si préoccupante, on se raccroche à quelques signes, pour ne pas être trop déprimé.
En fait, des échanges de toutes natures, souvent discrets et inaudibles, n'ont jamais cessé
entre les plus modérés des deux parties.



__-Créer un orchestre symphonique israëlo-palestinien: Daniel Barenboïm l'a fait , malgré tous les obstacles, les oppositions, venant surtout de sa propre communauté.
____"La formation musicale, le West-Eastern Divan Orchestra constitue l’accord parfait, la réunion musicale et artistique entre deux pays qui se refusent, depuis plusieurs années, à la paix.Avec cette farouche volonté de défendre la musique allemande et de s’opposer à la colonisation de la Cisjordanie, cet Israélien d’origine argentine, s’attire la haine des intégristes juifs. D’ailleurs, les déclarations des ultra-orthodoxes du parti Shass n’ont pas manqué lors de son attribution du passeport palestinien...."
-Daniel Barenboïm: ''La culture permet de mieux se comprendre''-
-Interview de Daniel Barenboim - ARTE
-Daniel Barenboïm parle..

-L’Orchestre national palestinien, avant l’Etat

__-Associer des jeunes des deux camps pour accomplir un projet commun de collaboration et de dépassement dans l'effort conjugué vers le sommet du Mont-Blanc, une association l'a réalisé avec succès.
____________"Nous avons prouvé que l'on pouvait relever un défi en construisant un groupe solide, même quand ce challenge est aussi haut que le Mont-Blanc"...
"Au départ nous étions des étrangers les uns pour les autres, mais aujourd'hui nous sommes de vrais amis", relate de son côté l'étudiant palestinien Nadim Zubidat.
"Avec cette expédition, nous n'avons pas essayé de résoudre le conflit israélo-palestinien. Nous avons voulu montrer que quel que soit le côté où l'on se trouve, il est important de se regarder différemment. Si nous avons pu le faire, d'autres pourront nous emboîter le pas", a-t-il ajouté.
"L'expérience vécue lors de cette escalade par des gens qui n'ont pas l'habitude de la haute montagne et du froid est inoubliable, et source de grands espoirs. Il faut se parler, dialoguer et entreprendre des projets concrets", a souligné Massimo Sandri, président de l'association Coexistences.
A l'issue de leur exploit, les participants se sont engagés à présenter leur expérience dans des écoles juives et arabes en Israël." (AFP)
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-Un conflit si simple à résoudre?...-
........Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres
-Le risque suicidaire de l'isolement
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-Article repris sur Agoravox

samedi 7 août 2010

Sécurité d'abord ?


Le tout-sécuritaire: une dérive et un mythe

Un retour aux années 30 ?


«On va faire que ces quartiers puissent vivre, que les gens qui travaillent et qui se lèvent tôt le matin puissent vivre sans avoir la vie empoisonnée par les voyous, les trafiquants
Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, 25 octobre 2005.

«Aucune commune, aucun quartier, aucun hall d'immeuble de Seine-Saint-Denis n'échappera à l'autorité de la loi.»
Nicolas Sarkozy, président de la République, 20 avril 2010
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_______Que la sécurité des personnes soit une condition nécessaire à l'expression de certaines libertés fondamentales, voilà qui ne fait pas problème, même si l'équilibre entre les deux exigences est toujours difficile à construire et si la notion de sécurité absolue relève du fantasme.
["Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'un ni l'autre et finit par perdre les deux » écrivait le troisième président des États-Unis d'Amérique Thomas Jefferson (1743–1826). Cette réflexion sur la nature de la relation qu'entretiennent ces deux valeurs fondatrices de la République française reflète toute la complexité de l'action étatique pour assumer son rôle principal : garantir les libertés fondamentales des citoyens tout en assurant leur sécurité].
_Qu'il existe de nouvelles formes d'insécurité parfois inquiétantes dans certains secteurs du paysage urbain français semble indiscutable. Qu'il faille prendre les moyens adéquats pour en comprendre les causes, la contenir, la sanctionner et la faire régresser ne peut être contesté.
____________Le problème est dans la manière de jauger et d'analyser ces nouvelles (ou anciennes) formes de délinquance, de la mesurer, d'en donner une image publique adéquate, de fournir les moyens adaptés, efficaces et mesurés pour la réprimer et surtout en comprendre les causes, pour privilégier les mesures de prévention, sans l'instrumentaliser, sans en faire un enjeu politico-électoral, sans entretenir la xénophobie ,les confusions démagogiques(en cultivant l'équation étranger=délinquant, par exemple), sans jouer sur des peurs malsaines et amplifiées à l'usage des populations fragilisées par l'insécurité sociale, sans en faire l'alibi d'une absence de politique économique cohérente et efficace.
___________________Nous sommes dans une période où des dérapages graves peuvent se produire du fait de la montée du chômage, renforcée par la crise présente,de la cristallisation de tous les problèmes existant depuis une trentaine d'année-dans certaines banlieues notamment-, des ruptures de liens sociaux (J.Généreux). Du fait aussi de l'absence de solutions réelles, malgré les promesses, et des mesures à dominante ultra-sécuritaire, purement réactionnelles (réactionnaires?) et spectaculaires, ultra-médiatisées, propres à susciter l'inquiétude dans de larges couches de la population. L'absence de politique urbaine suivie, le retrait d'une police de proximité, le traitement ponctuels des effets et non des causes,l'abandon de certains secteurs laissés à leurs dérives,etc...ont produit des effets prévisibles.
_______________Notre Président, Place Beauvau, avait déjà préparé le terrain par sa politique du Karcher, qui avait fait grand bruit et préparé les esprits. Confronté, à l'approche d'élections décisives, à une impopularité rare, cherchant à mordre sur l'électorat du FN, qu'il avait habilement annexé, mais qui reprend ses marques, à des échecs économiques révélant une quasi-impuissance face à la crise et à ses conséquences, il joue de nouveau sur ce thème, surfant sur la vague d'affaires crapuleuses récentes.
On est en droit de s'interroger sur l'accent quasi-exclusif mis sur l'insécurité, ultra-dramatisée et médiatisée, qui produit quelques "sondages" (toujours ambigüs) provisoirement encourageants pour le pouvoir, mais qui risquent de se retourner contre son instigateur. Même
certains organes de la presse internationale soulignent parfois l'excès et le risque d'un discours qui s'enferme dans le tout-sécuritaire , les confusions et les manipulations entretenues (qui suscite même un "malaise" chez certains membres de l'UMP et du Centre), l'échec programmée d'actions coups-de-poing, qui n'ont pour effet que de déplacer les problèmes (comme pour l' affaire des roms) et d'exacerber les tensions sociales, dressant des catégories sociales les unes contre les autres
______"
La France n'a pas d'équivalent au 14e amendement [de la Constitution des Etats-Unis, qui garantit l'égalité entre les citoyens, ndlr], mais le président français, Nicolas Sarkozy, qui aime se faire appeler “Sarko l'Américain”, est en train d'alimenter des sentiments anti-immigrés dangereux pour des gains politiques à court terme. »(Après avoir fait la liste des annonces concernant la déchéance de nationalité française, la fin de l'automaticité de la nationalité française pour les jeunes délinquants d'origine étrangère, ou les mesures anti-Roms, des derniers jours, l'éditorialiste du New-York Times conclut :)« Tout cela dans un pays qui a longtemps défendu le principe que tous les citoyens français -qu'ils soient nés dans le pays ou naturalisés- ont droit au même traitement face à la loi. Cela s'applique au père, né hongrois, de M. Sarkozy, ou à sa femme née italienne, et qui ont été naturalisés français, et devrait s'appliquer à n'importe qui d'autre.Mais taper sur les immigrants est populaire parmi les électeurs non-immigrés, et M. Sarkozy n'a jamais hésité à le faire. Il a bâti sa campagne présidentielle de 2007 sur son bilan sévère (et ses paroles incendiaires) en tant que ministre de l'Intérieur.Au début de l'année, il a mené une campagne porteuse de division sur le thème de l'identité nationale, parce qu'il voulait marginaliser le Front national d'extrême droite anti-immigrés aux élections régionales. Ça n'a pas marché.Aujourd'hui, alors que sa popularité est au plus bas, et que le Front national remonte avec des dirigeants plus jeunes, il va encore plus loin, inquiétant même la droite classique qui partage les valeurs des droits de l'homme et de l'égalité entre les citoyens.Ils ont raison d'être inquiets, et il a tort, de manière irresponsable, d'ignorer leurs conseils de prudence. »
...La recherche à tout prix d'un "ordre" (largement fictif) risque de finir par de plus grands désordres.
La focale, dirigée sur des faits divers bien mis en scène, a pour vertu de faire (un peu?) oublier les désordres économico-financiers qui condamnent les Etats à l'impuissance et à l'abandon de l'intérêt général et l'indignation suscitée par des "affaires" où des responsables politiques, et non des moindres, semblent scandaleusement compromis.
Un voile commode, mais fragile et contre-performant...
En tous cas, pour le moins, un bilan difficile à lire et une présidence inaudible pour le commun des mortels
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-Nationalité: le grand flou juridique
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La déchéance de la nationalité est une habileté tacticienne, mais un danger pour la République
-Comment Nicolas Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite
-Sarkozy cherche un rebond à son extrême droite
-Patrick Weil: «Les déchéances de nationalité rappellent les guerres du XXe siècle»
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Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite
-La première des insécurités, ça reste le chômage !


vendredi 6 août 2010

Au diable le démon !

Où est passé Lucifer?

-Une histoire de Satan

«Le diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu.»(Freud)

« L’enfer est dans la vie, là où vivent les sots. » (Lucrèce)

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Les métamorphoses du démon




__L'ancienne génération a encore en mémoire certaines images, parfois angoissantes, traces laissées par des années de catéchisme et des siècles de conditionnement religieux: celles du démon , censé représenter toutes les formes du mal , en lutte contre celles du bien, expression de la volonté divine.
Le Diable et le Bon Dieu: deux principes antagonistes qui se partageaient le monde, les coeurs, la prime du pouvoir étant l'apanage du dernier, le premier, "ange déchu", prince de l'enfer, des ténèbres, cherchant à piéger les âmes, à se mettre en travers de leur chemin (sens de "diabolos", signifiant obstacle en grec) et les entraîner vers leur propre perte. L'un permettant paradoxalement de valoriser l'autre, de renforcer son image de toute-puissance, le triomphe du Bien étant toujours possible. ___"Belzébuth était bien utile pour expliquer le Mal. Quand on croyait en un Dieu bon, inventé par les hommes, il fallait bien avoir recours aux démons pour rendre crédible et expliquer toutes les horreurs de l’humanité. Alors, on aurait inventé Satan, avec l’enfer pour les mécréants. "___
__-Ces représentations , dans le contexte de peur en Occident, d'hypermoralisme, d'une religion qui investissaient presque tous les aspects de la vie, toute effrayantes qu'elles fussent, permettaient en même temps de donner du
sens à certains aspects de l'existence, ceux qui étaient les plus mal compris, donc les moins rassurants: toutes les formes du "mal", aussi bien physiques (phénomènes naturels traumatisants: catastrophes naturelles, épidémies...) que morales (violences, débordements du corps, la sexualité étant particulièrement vécue comme l'expression du "péché" par excellence, du fait de la suspicion et de l'opprobre qui dominait à son égard).
___Par l'action supposée du diable , l'homme pouvait trouver à la fois une "explication" et un "soulagement": il avait des clés pour comprendre tout ce qui lui échappait et l'inquiétait, à l'extérieur comme à l'intérieur de lui-même. Dans ce contexte, la vie était vécue sous le signe de la lutte entre deux puissances plus ou moins antagonistes et la perspective de deux aboutissements possibles: le paradis ou l'enfer (le purgatoire, échappatoire possible à l'enfer ayant été inventé assez tardivement), la liberté ne jouant qu'un rôle mineur.
Ce schéma est propre au christianisme depuis les premiers siècles, les "Pères de l'Eglise", même s'il a connu des variantes multiples avec l'histoire de l'Eglise et de la théologie,contribuant au contrôle des esprits, à l'instrumentalisation de la culpabilité, dans
l'univers morbide de la faute.
__Depuis la Renaissance, avec le développement de l'humanisme, puis de la pensée scientifique, le démon perd de son influence, devient aussi plus intériorisé. Les peurs ancestrales se sont effacées avec les progrès de la connaissance, des techniques, de la médecine notamment. La psychanalyse a mis en évidence le rapport entre certaines pulsions et les croyances en leur source satanique, l'origine infantile de la culpabilité et des croyances religieuses.
Aujourd'hui, l'Eglise a bien du mal à le faire admettre comme ayant une existence fondée, elle ne s'y réfère plus ou si peu et condamne même toutes les formes de cultes ésotériques qui s'en réclament encore, même si elle tolère encore la pratique de l'exorcisme. La sorcellerie relève maintenant du folklore.
Le diable a donc réussi à se faire oublier...Où est passé Satan ?
Un fantasme comme un autre, mais dont la force a été conférée par la puissance des croyances collectives, consacrées par des institutions qui s'imposaient sans contestation ni doute

Mais le diable (ou ses expressions mentales) a une histoire , ses figures et ses fonctions changent avec les lieux, les cultures, les époques. Il n'a pas toujours été personnalisé, il n'a pas eu tout le temps des aspects anthropomorphiques ou zoomorphiques. L'univers du monde diabolique est d'une richesse étonnante, témoignant de la variété des peurs humaines dans des contextes différents et de puissance de son imaginaire stimulé par l'ignorance et la crainte (Spinoza). La démonologie nous apprend beaucoup sur l'homme, du point de vue anthropologique.Les textes , la littérature, l'art en général en témoignent abondamment.
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Article repris dans Agoravox

jeudi 5 août 2010

Nuit du 4 Août

I had a Dream last Night...

Mais il ne s'est rien passé
__________ce qui explique un réveil un peu difficile...



__Ayant entendu J.F.Copé évoquer "une atmosphère de nuit du 4 Août", à propos des dernières manifestations et des rumeurs circulant concernant les "affaires" récentes, qui ébranlent le Château, on pouvait croire qu'il faisait allusion à la nécessité de prochains et radicaux changements , une sorte de révolution, analogue à ceux qui caractérisèrent cette fameuse nuit où furent abolis les privilèges de l'Ancien Régime (même s'ils demeurèrent en fait encore bien présents jusqu'au 19° siècle pour certains, avant que ne s'en reconstituent d'autres, de nature différente, avec le développement industriel et le triomphe de la bourgeoisie entrepreneuriale et affairiste, bien décrits par Balzac et Marx...)[_-voir décret-_]
-[Il est vrai que Mr Copé avait pris soin de souligner le caractère "malsain" de cette "atmosphère", au cas où on aurait pu le prendre pour un dangereux révolutionnaire, contestant les fastes et l'arbitraire du nouveau régime.Mais prendre des libertés avec l'histoire ne le gène pas...]

__On pouvait s'attendre à ce que notre Monarque célèbre avec faste l'événement, en passant la nuit au Fouquet's, en brillante compagnie, s'engageant à renoncer aux petits et aux grands privilèges, aux déjà anciennes et nouvelles féodalités, pour lui même et ses soutiens fortunés, s'engageant à préparer une session exceptionnelle du Congrès (Assemblée Nationale et Sénat réunis à Versailles), afin de refonder une société sur des bases plus justes, en instaurant des mécanismes économiques d'une autre nature, en supprimant les nouvelles féodalités qui se sont constituées depuis surtout une vingtaine d'années, notamment la dictature des puissances financières, qui ont colonisé le pouvoir politique, au mépris de l'intérêt général.
On ne demandait pas un acte de générosité individuelle des plus fortunés, propre à soulager leur conscience, qui ne résoud rien,comme ces
40 milliardaires qui s'engagent à donner la moitié de leur fortune...

______On attendait aussi qu'il s'engage à préparer un sommet européen concernant la résolution de ces problèmes, qui débordent les frontières de la "doulce France", et à convoquer rapidement une réunion d'un G (20 ou 30), pour faire enfin une analyse des causes profondes de la crise (prévisible) et prendre enfin des mesures concrètes concernant, entre autres problèmes de fond:
-une vraie réforme monétaire, consacrant la fin du dollar-roi, notamment
- des règles strictes concernant les super-concentrations industrielles et les pratiques des multinationales, qui dictent leurs intérêts aux Etats
- un rééquilibrage économique et politique des superpuissances, une modification en profondeur des finances mondiales, des systèmes bancaires, des finan
ces publiques, la fin réelle des paradis fiscaux, une remise en question des inégalités qui se creusent, une refonte des institutions internationales :ONU, FMI, OMC..., etc...
Bref, une "révolution"
.
________________I had a dream...
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Nuit du 4 août : I had a Dream last night... : repris dans AgoraVox

mercredi 4 août 2010

Repenser l'agriculture

Décroissance ou bien-être et démocratie


______“Les agriculteurs ont perdu leurs repères”



Pour un virage à 180°

La spéculation s'apprête à se tourner massivement vers les produits agricoles, comme il y a deux ans, tirant des profits de la famine mondiale, jouant sur la volatilité des prix.
Les producteurs _pas seulement européens_, comme les consommateurs, craignent le
disparition de certains pans de l'agriculture et une envolée des prix de première nécessité, créant de véritables pénuries, provoquant parfois des émeutes dans certains pays.
Beaucoup de pays à dominante agricole traditionnelle, déjà paupérisés par une politique agricole mondialisée, qui fait le jeu des superpuissances, craignent pour leur autosubsistance.
Que peuvent les velléités de la FAO face à la loi d'airain de l'OMC ?

C'est dans ce contexte que le concept de décroissance reprend de la vigueur, à la faveur de la montée des prix et de la crise qui rabote les revenus les plus bas, dans la perspective d'une rigueur qui ne dit pas son nom.Un concept ambigü, qui ne signifie rien pour ceux qui passent l'essentiel de leur temps à trouver de la nourriture, mais qui peut prendre un sens si on veut signifier par là une réduction à l'essentiel, au raisonnable d'une surconsommation folle, conditionnée par les transformateurs agro-alimentaires, destructrice du milieu et de la santé, qui conditionnent la logique de l'agriculture "industrielle" depuis des décennies, dominée par les exigences de certaines multinationales.
Pour une autre régulation et une
véritable souveraineté alimentaire...

__________"...La faim naît de la pauvreté des gens du Sud.Les agriculteurs du Nord sont, c'est vrai, excédentaires pour les produits de première nécessité (céréales, légumes secs, viande…). Ils pourraient donc nourrir le monde entier : il faut 200 kilos d'équivalent céréales par an pour nourrir un habitant, et la production mondiale totale est déjà de 330 kilos par habitant.Mais voilà, les gens sont pauvres, dans les pays du Sud, mais aussi en France, aux Etats-Unis, en Argentine ou au Brésil. Les 130 kilos d'excédents vont ailleurs, vers des marchés solvables, comme les usines d'aliments pour bétail. Et depuis peu, une part de cette énergie alimentaire va aussi abreuver nos voitures sous la forme de bio-carburants._____C'est donc un déséquilibre chronique… mais il concerne le système économique mondial, et pas seulement l'agriculture.Les pays du Sud sont dans une compétition totalement inégale, une course entre un coureur à pied et un pilote de Formule 1 et où celui qui est subventionné, c'est le pilote !Prenons un paysan de Casamance (Sénégal), qui repique du riz à la main :
Il cultive 0,5 hectare, avec un rendement de 1,1 tonne à l'hectare
  • Il produit 550 kilos de riz par an, quantité utilisée en partie pour les semences
  • La valeur ajoutée de son travail est donc de 0,5 tonne de riz par actif et par an
  • Un agriculteur de Camargue qui plante du riz avec son tracteur :
  • Il cultive 100 hectares, avec un rendement de 5 tonnes à l'hectare
  • Il produit 500 tonnes de riz par an, 400 servent à pauer les semences, le prix du diesel, des engrais…
  • La valeur ajoutée de son travail est donc de 100 tonnes de riz par actif et par an.Vous avez donc un rapport de 1 à 200 entre ces deux agriculteurs.A Dakar, le paysan va essayer de vendre sur le marché le peu de riz qui lui reste pour acheter des produits de première nécessité.Sur ce marché, son riz est en concurrence avec les autres riz (chinois, thaïlandais, vietnamien…) qui, tous, se vendent au même prix. Or, dans le sac de riz de Casamance, il y a 200 fois plus de travail que dans celui de Camargue. Donc, le paysan sénégalais ne pourra produire assez pour acheter ce dont il a besoin.Pire : ceux qui s'endettent, à défaut de pouvoir épargner, sont obligés, au moindre accident climatique, de vendre leur terre et de s'exiler en ville.."
Un nombre croissant de gens souffrent de l'obésité, du diabète, du cholestérol, de cancers dont l'origine pourrait être lié aux excès de ce bonheur consommateur. C'est avéré dans le cas du cancer de la prostate à cause du chlordécone utilisé aux Antilles.__Les gens ne sont plus si heureux à surconsommer un certain nombre de produits. Donc, il ne faut pas exclure de sortir de cette addiction, comme pour la cigarette.
_Pour l'agriculture, il faut un virage à 90 degrés. Les agriculteurs ne sont pas responsables de cette situation, même si certains ont crû que la vocation de la France était de nourrir la planète.__S'il y a une vocation, c'est de faire de bons produits, bons aussi pour la santé, en revenant aux principes fondamentaux de l'agronomie. Dans les urgences françaises, il faut reconstituer l'humus de nos sols, remettre de l'azote dans la terre par les légumineuses et rediversifier nos agricultures.__Quand on discute, les agriculteurs me disent : « On a fait ce qu'on nous demandait, dans un marché où le client est roi. » Je leur réponds : « C'est vrai, mais entre vous et le client, il y a l'agro-industrie et la grande distribution qui formatent le comportement des consommateurs, souvent stupide dans les supermarchés. »Les agriculteurs ont aussi souffert de l'amont : la recherche et les agronomes technocrates. « Améliorer un rendement », ce n'est pas scientifique, c'est un jugement de valeur. Le meilleur et le bien-être, ce n'est pas à l'agronome de le décider..."
(D.Servenay)
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- Le monde paysan : une vision d'avenir
-Les riches savoir-faire des paysans du Sud
-De l'agriculture familiale à l'agrobusiness
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Les agriculteurs ont perdu leurs repères
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-L'Argentine, le soja et Monsanto
__-Famine mondiale : causes, remèdes ?__-Terres à vendre__-PAC en question__-Agrobusiness et subventions_ -Colère paysanne__-Lait à gogo ___-Etre sans terre