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vendredi 30 décembre 2022

Adieu Catherine!

 La "Grande" Catherine, tsarine de toutes les Russies, est priée de descendre de son trône.

                        Déboulonnée à Odessa, la ville qu'elle avait fondée...C'est tout un passé que Kiev veut évacuer définitivement. Une figure historique que le pays veut effacer. Face à une Russie qu'elle ne reconnaîtrait plus, passée de secousses en dérives. C'est le réveil des mythes, la guerre des symboles, dans le fracas des bombardements, où se crée une conscience nationale, à un tournant décisif d'une histoire compliquée. Les rêves de grandeur de Moscou se sont évanouis. Pierre le Grand a laissé sa marque. Catherine, l'ambivalente, ouverte aux idées de progrès jusqu'à un certain point, mais surtout soucieuse de grandeur sur le plan politique, a suivi ses traces. Le déboulonnage des statues fait problème, mais on comprend qu'à Odessa cet acte ait un sens puissant, à l'heure actuelle, dans ce "laboratoire démocratique" qui se forge à Kiev, dans la détermination et l'effroi, au coeur d'un conflit qu'on n'imaginait pas, une quasi guerre civile.   


                                                                              Cette statue a elle-même une histoire, un peu compliquée, avant de finir au musée. "...C'est en 1794 que l'impératrice Catherine la Grande signe le rescrit ordonnant la construction de la ville et du port d'Odessa. C'est en témoignage de ce fait historique fondateur que les Odessites font ériger ce monument en 1900 par souscription, sur la place Catherine, de forme triangulaire. Il est ôté en 1920 et à sa place sur le piédestal une sculpture à la gloire de la mutinerie du cuirassé Potemkine de 1905 y est installée en 1965. La municipalité décide en 1995 de remettre à sa place le monument de Catherine II (dont le personnage de bronze avait été endommagé), mais le président Koutchma s'y
 oppose..."                               ___Ouverte aux Lumières et même aux philosophes français, elle agit et bataille en despote, aveugle aux conditions dans lesquelles vit "son" peuple, surtout quand elle apprit la Révolution Française, qui l'effraya. Elle joua, comme les autres monarques, au grand jeu de l'Europe, favorisée notamment par l'affaiblissement de l'empire ottoman au sud. Elle redessina les cartes:   « Nous n’avons point trouvé d’autres moyens de garantir nos frontières que de les étendre », écrit Catherine à Voltaire                      ____Tout sur cette femme fascinante, qui fut aussi une étonnante réformatrice.... Quel homme!
      * Portail de l'UKRAINE   _________________

mardi 12 avril 2011

Royal wedding

Latest and good news

Ah! Que la mariée sera jolie!..

La crise est finie en Angleterre !!!!
[ironic mode, of course..]

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Ce mariage va "remonter le moral" de la Grande-Bretagne "en pleine déprime... "la Grande-Bretagne a désespérement besoin de l'injection de charme et de romance qu'un mariage royal pourrait lui apporter...Quel meilleur moyen pour remonter notre moral touché par la récession que de papoter sur un trousseau, les chapeaux et une lune de miel?..."_ The Daily Telegraph._
__________
Ce mariage tombe à pic !
Un antidote à
la crise.
Une aubaine pour le pays .


Good business pour le tourisme et...excellent pour le moral des sujets de Sa Gracieuse Majesté, qui ne descendront pas dans la rue pour manifester contre les mesures d'austérité inédites, mais pour applaudir aux splendeurs de la Couronne.
Rien de tel que les fastes d'un grand cérémonial fédérateur pour apaiser les esprits, mettre du baume au coeur et faire oublier pour un temps la rigueur du présent et les divisions. Pour un temps, le débat politique va faire place aux rêves et à la légende. Storytelling à l'anglaise...qui aura une autre gueule que la française!

Bien sûr, le royal spectacle va coûter cher, très cher, mais quand on veut rassembler, on ne compte pas...

But,
who will foot the bill?
Au Château, on compte ses £...Les temps sont durs! La "pauvre reine" a vu son budget réduit de 14%, pour participer à l'effort national. Shoking!
["Pour l’instant aucun budget précis n’est sorti. Mais à première vue, il devrait coûter plus de 100 millions d’euros. La plus grosse partie du budget sera destiné aux mesures de sécurités, pour laquelle il faudra débourser environs 95 millions d’euros. La réception, quant à elle, coûtera seulement la bagatelle de 12 millions d’euros. Mais qui va payer le faste de cette réception ? Il y a quelques jours, le porte parole de St James’s Palace a annoncé que la famille royale allait mettre la main à la poche à hauteur d’environs 60 millions d’euros. Le reste sera donc à la charge des citoyens.Mais ce n’est pas le mariage en lui-même qui va coûter le plus cher. C’est surtout le jour férié déclaré pour le mariage. Cette journée devrait couter 6 milliards d’euros aux contribuables..."]

Rien ne vaut un mariage royal pour oublier la crise

Kate, future souveraine d'Angleterre, a réussi son examen de passage. "Après Catherine de Valois, Catherine d'Aragon, Catherine Howard, Catherine Parr et Catherine de Bragance, Catherine Elizabeth Middleton -dite Kate- sera la première souveraine roturière dans l'histoire de la famille royale britannique...."
________________God save the Queen!...
Pas trop longtemps quand même, pour laisser la place à la suivante.
________Une question hante le bon peuple: quel chapeau portera Elisabeth pour la cérémonie? Les paris sont ouverts.
[NB: Si vous êtes invités, quelques règles à suivre...
suivez le guide]

lundi 26 octobre 2020

Horreurs urbanistiques

 Des villes moches?

                          Les villes ont une histoire.  Chacune est spécifique. On peut avoir ses préférences. Les jugements découlent parfois de méconnaissances ou de regards superficiels. Une ville n'est pas faite pour être traversée à grande vitesse et mérite mieux qu'un jugement superficiel, comme celui de Catherine Deneuve jugeant Dunkerque d'une grande laideur au bout de quelques heures. Il faut en comprendre l'ensemble et l'histoire de sa reconstruction après-guerre, comme Le Havre... Toutes les cités n'ont pas le charme de centre d'Arras, lui-même reconstruit.                    ______Chaque cité a son charme et ses attraits. Ce qui est moins séducteur et attractif, ce sont les barres de béton construits à la hâte dans les cinquante dernières années qui alignent leur profil sans originalité aux abords de certaines grandes cités. C'est surtout les zônes homogènes qui se sont constituées dans des surfaces commerciales, qui se ressemblent toutes. L'espace marchand qui s'est déplacé "hors les murs" avec ses immenses parkings. Un sujet très débattu, mais il est difficile de trouver un charme là où rien n'attire l'oeil que l'homogène sans âme, purement mercantile.  Mais pas seulement à l'extérieur.  De profondes mutations dont nous avons oublié la génèse ont transformé nos petites villes de provinces au détriment des activités commerciales des centres, que ce soit à Guéret ou à Epinal, les vidant de leur substance et de leur vie.            ________Bien souvent, des cités sont devenues laides par ce qu'elles se ressemblent (trop).  Il est souvent déprimant  ..."de voir ces abords d'agglomérations ainsi transformés en boulevards de la surconsommation dans un concours de laideur fait mal au ventre. On a abîmé, souillé, détruit, violé des paysages magnifiques pour les remplacer par des enfers multicolores bétonnés ou métallisés afin que les citoyens viennent y accélérer la dynamique de défiguration de leur pays. Il faut bien vivre, certes, et donner du travail à tout le monde, mais quand le remède consiste à enclencher un processus qui ruine l'économie nationale par un abaissement systématique des prix via une mutilation organisée du cadre de vie et de l'esthétique des espaces urbains, on se demande si la facture n'est pas chère payée. Je me promène en Europe, et il est vrai que peu de pays échappent à cette dégradation environnementale, toutefois, j'ai l'impression qu'en France, certains élus locaux ont lancé un concours de mauvais goût pour rendre les choses encore plus moches. Il faut avouer que l'horreur dépasse parfois la fiction....    Le besoin de transformer le citoyen en consommateur puis, la mécanique du profit à grande vitesse aidant, de le transformer en sur-consommateur d'une surproduction générée à cet effet. Et comme il ne s'agit pas de le faire attendre ou se déplacer trop loin, on lui met tout, du rayon de surgelé à la salle de bain en passant par la voiture, le bricolage, la décoration, le sport et le jardinage, à portée de la main. En fait, les fameuses «zones» (d'activités commerciales, industrielles ou économiques), si bien nommées, ne sont que la reproduction à échelle «agglomérative» de la grande surface. L'urbanisation obéit aujourd'hui à la logique de la grande distribution: d'un côté la ville avec sa population, que l'on pourrait qualifier de «zone clientèle», en barres de HLM ou en zone pavillonnaire, et, à côté, l'étalage à grande échelle des produits que l'on pourrait qualifier de «zone consommation». La masse clientélisée à côté du supermarché. Comme dans les élevages industriels de poulet, on apporte son granulé à la volaille sur un tapis. Pour cela il faut aménager le cadre de vie en circuit.....  Et si j'étais un brin provocateur, j'ajouterai: les mêmes goûts, les mêmes infos, les mêmes idées, les mêmes dogmes et les mêmes envies… Ce sont les joies de la mondialisation, que nos experts appellent pudiquement la globalisation. Quand vous avez une grosse usine qui produit de gros besoins avec de gros moyens il faut que ce bien de consommation là convienne au plus grand nombre possible de demandeurs. Donc les mêmes enseignes proposant les mêmes marques sur les mêmes critères de choix. Au cas où l'on tenterait d'y échapper, la publicité télévisée, plus colossal instrument de propagande de tous les temps, vous martèle le cerveau sans relâche en vous expliquant, à la façon de la Rolex de Jacques Séguéla: «si t'as pas ça à ton âge, tu as raté ta vie», en le déclinant à toutes les sauces. Et comme il faut reconnaître très vite le logo, la couleur, la forme, le design, le style, le slogan, on le reproduit à l'infini et à l'identique sur tous les espaces suburbains. Normal, car ce gigantesque besoin artificiel ne peut être assouvi et commercialisé que si un immense territoire marchand est mis à disposition du système. Les consommateurs étant rassemblés dans des villes on concentre tout ça autour de la ville. En d'autres termes ça s'appelle un marché de concentration. Je maintiens la formule et je l'assume..."

                                                                 _________________


vendredi 18 juillet 2025

Les pièges de Poutine

     Puissance déterminée et cynique  contre naïvetés et vues court-termistes

            C'est un vrai démenti pour ceux qui considèrent Poutine comme un dictateur borné, sans intelligence ni vues politiques, sans vision d'avenir, entièrement focalisé par le pouvoir et l'enrichissement  personnel comme une sorte de chef de gang.  On apprend peu à peu à avoir une vue  moins caricaturale , en remettant  ses ambitions, ukrainiennes dans le cadre de projets historiques un peu oubliés, depuis Pierre le Grand et Catherine II, dans une perspective historique et géopolitique élargie, dans le cadre d'un pays naguère failli, après les aventures tragiques de l'après gorbatchevisme et des dérives  eltsiniennes.     Non, Poutine n'est pas  fou, sauf si on considère que la concentration du pouvoir produit des dérives irrationnelles. La psychologie n'explique pas tout. Un  calculateur cynique, un personnage machiavélien au pire sens du terme, certes  oui, mais pas un malade mental. La grande Catherine se reconnaîtrait dans certaines de ses ambitions.   Le maître du Kremlin a une  redoutable capacité à diviser l'Europe tout en l'affaiblissant.  Et il choisit méthodiquement ses moyens.     


                                                                                                                                                 Nous n'avons pas vu venir. Nous avons en Europe baissé la garde. Nos vues à court terme et nos intérêts du moment nous ont aveuglés,  nos intérêts immédiats avaient pris le dessus, dans le cadre d'une Union européenne affaiblie et trop mercantile, croyant aux vertus d'un libre échange non réfléchi. L'Allemagne regardait surtout à l'Est jusqu'à la Chine pour vendre ses voitures et ses machines-outils, se rapprochait de Moscou pour une énergie gazière favorable à son industrie. Nord Stream fut un premier piège d'envergure, aujourd'hui détruit.. Schröder  était à tu et à toi avec Vladimir. Quelle naïveté!    Des intérêts à court terme .  Les prises de conscience sont tardives. Une conversion au prix fort et non sans conséquences sur l'économie allemande, ce colosse aux pieds d'argile. C'est toute l'Europe qui tousse...                      Un piège s'est refermé. Bien calculé.                                                                                                                                                             Mais un deuxième, de taille, moins connu et évoqué, continue de fonctionner, qu'on découvre depuis peu. Toujours lié à l'énergie, le nerf de la guerre. Celui de  Rosatom, où l'énergie nucléaire est devenue  un enjeu et un outil géopolitique puissant pour le pouvoir russe . Un mastodonte difficile à contourner.     


                                                                                                                         ___             
En pleine actualité avec les attaques israéliennes et américaines ayant détruit les principaux sites nucléaires iraniens, cette remarquable enquête tombe à pic : tournée sur trois continents, elle propose un tour du monde en cinq actes, articulé autour de la société Rosatom,  l’agence russe de l’énergie atomique devenue leader mondial dans le domaine de la construction de centrales et de l’uranium enrichi. Par sa puissance,   Rosatom permet à Poutine d’accroître son pouvoir et son influence géopolitique. Le documentaire retrace la montée en force de l’agence, décrypte le jeu d’alliances entre les États européens et la Russie — passant outre les sanctions européennes depuis la guerre en Ukraine —, le transport des matériaux, les zones de production. Dans le cas de la France, le nucléaire, hautement politique, demeure l’affaire du président. Par ailleurs, notre pays continue à acheter de l’uranium à Rosatom pour alimenter ses centrales nucléaires.     ____  Teva Meyer, spécialiste des industries nucléaires et professeur à l’université de Haute-Alsace, résume ainsi la situation de monopole des Russes : « De nos jours, l’industrie mondiale ne peut se passer de Rosatom. » Dans cette guerre énergétique totalement interdépendante et interconnectée, des États-Unis au Kazakhstan, de l’Australie au Canada, la Russie a réussi à construire la grande centrale d’Akkuyu, dans le sud de la Turquie, qui lui permet d’avoir un accès privilégié à la mer Méditerranée. Avec cette nouvelle enclave territoriale, que se passerait-il en cas de conflit entre les Russes et l’Otan ? Erdogan et Poutine discutent de la construction d’une deuxième centrale dans la région de Sinop, sur la mer Noire. Émaillée des témoignages d’experts internationaux, une enquête très solide, parfois un peu ardue malgré son souci de pédagogie, sur le business bien sûr, mais aussi sur les capacités d’espionnage et la stratégie militaire dans cette guerre expansionniste..." ________

lundi 26 avril 2010

Psychiatrie en crise

Quelle place pour les "fous"?

Priorité au sécuritaire...

-Si l'on juge de l'état d'une civilisation au sort qu'elle réserve à ses marges, alors la nôtre va mal.

Il fallait absolument détruire les asiles, mais il ne fallait pas qu'on enlève aussi les soins, regrette le Dr Hervé Bokobza. On a confondu la réforme de fond de l'asile avec la destruction de l'asile. »



_"Des troubles comportementaux, des cas de psychotiques. Dépressions, suicides au travail, addictions, anxiété généralisée. Dans une affaire de santé mentale, le tout logé à la même enseigne, suivant le discours sécuritaire et les restrictions budgétaires. Encore faut-il qu’il y ait de l’espace. Depuis les années 1970, 50 000 lits d’hospitalisation ont été fermés en psychiatrie publique, sans que suffisamment de structures alternatives n’aient vu le jour." _

-...« Le parcours du fou est bien balisé : c'est un aller-retour entre la rue, le foyer, ce qu'il reste de l'hôpital psychiatrique et la prison », résume le vice-président du tribunal de grande instance de Paris. « On juge des gens et on s'aperçoit, une fois qu'ils sont arrivés en détention, qu'ils ont des maladies mentales. Elles auraient dû être prises en compte quand on les a jugés », enchaîne la présidente du Syndicat de la magistrature. Et l'écrivain Catherine Herszberg (Fresnes, histoires de fous) de dénoncer la focalisation des pouvoirs publics sur les questions sécuritaires : « C'est une interrogation politique majeure sur l'état d'une société, quand on en vient à se dire que le dernier lieu où certaines personnes trouvent des soins, c'est la prison. »
__Un changement s'impose donc. C'est l'avis du président Nicolas Sarkozy, qui s'appuie sur des faits divers impliquant des déséquilibrés pour imposer la réforme Bachelot. Déjà impopulaire, elle se veut gestionnaire et s'appuie sur les thèses comportementalistes d'Amérique du Nord. Ses idées ? La rééducation est moins chère et plus rapide que les soins au long cours. Plus grave, dans les coulisses du pouvoir, des scientifiques œuvrent pour remplacer le terme de folie par celui de santé mentale. La psychiatrie ne s'occuperait plus seulement des névroses et psychoses mais aussi de la dépression, de l'anxiété, de la déviance sociale… Ce mouvement estime qu'un Français sur quatre rencontre des problèmes de santé mentale. « Pouvons-nous nous passer d'un quart de nos ressources humaines, se questionne cette partisane. Au-delà des discours humanistes qui ne changent rien au problème, attaquons-nous à la question de la santé mentale avec des causes précises et des enjeux chiffrés. » La traque systématique de ces troubles prend forme avec ces programmes de détection, destinés aux écoles et aux entreprises, déjà développés. A la grande inquiétude de ce psychiatre qui avertit : « S'attaquer aux libertés fondamentales des plus exclus d'entre nous augure de ce qui pourrait arriver au reste de la communauté. » Gaël Nivollet

_____________-"La prison est devenue un asile psychiatrique. Un prisonnier sur cinq souffrirait de troubles mentaux. Catherine Herszberg a donc choisi d'aller enquêter là où échouent ceux qui n'ont plus de place nulle part, ni à l'hôpital ni ailleurs. De décembre 2005 à avril 2006, elle a accompagné l'équipe psychiatrique de la prison de Fresnes. Introduite et guidée par Christiane de Beaurepaire, chef du service, elle a suivi les prisonniers, les malades, les soignants, les surveillants. Elle a circulé partout, écouté, regardé, interrogé les uns et les autres, et a rapporté de ce voyage des histoires. Des histoires de fous. Des fous que les prisons de France se refilent comme des " patates chaudes ". Des fous qui échouent de plus en plus souvent au mitard. Des fous qui, au fond de leur cellule, s'enfoncent chaque jour davantage dans la maladie mentale. Des fous trop fous pour les hôpitaux psychiatriques qui, faute de moyens, ne peuvent plus les accueillir. De ce séjour dans un recoin obscur de notre société, l'auteur revient avec des questions. Criminaliser la maladie mentale, c'est faire un prodigieux bond en arrière. Pourquoi cette régression ? Que penser d'une société qui enferme derrière des murs ses pauvres, ses marginaux, ses malades mentaux ? Si l'on juge de l'état d'une civilisation au sort qu'elle réserve à ses marges, alors la nôtre va mal." (Catherine Herszberg)
______________________
________UN MONDE SANS FOUS ? - France5
- Le Monde en face
- Vidéo Actu et Politique

-«Un monde sans fous?» | Mediapart:
"...Ce documentaire arrive au moment même où un projet de loi réformant les soins en psychiatrie est en discussion. Ce texte prévoit une obligation de soins, pas seulement à l'hôpital, mais aussi à l'extérieur.
__Jusqu'à présent, l'hospitalisation à la demande d'un tiers ou l'hospitalisation d'office (réclamée par le maire ou le préfet) organisent l'administration de soins sous contrainte pour les personnes présentant un danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Avec ce projet de loi, les soins pourraient être demandés «sur simple certificat médical» par un tiers ou le préfet, et être imposés à la personne concernée, même si elle n'y consent pas, et en dehors d'une hospitalisation.
___En d'autres termes, les lieux de soins et le domicile deviennent ainsi des espaces de contrôle et de contrainte.Et que se passera-t-il si le patient ne prend pas son traitement? «L'établissement de santé engage immédiatement une procédure de convocation. (...) Le directeur en informe le représentant de l'Etat.» Il «prend toutes mesures utiles» et «peut notamment ordonner la réhospitalisation du patient». La menace comme dernier arme, à défaut de convaincre.
__Ce texte a pour objectif évident de répondre à la figure du «fou dangereux», illustrée récemment par le «pousseur du RER» et le «schizophrène auteur d'un meurtre à Grenoble». Ces drames existent et il faut tout faire pour éviter qu'ils se produisent. Mais d'une part, la réponse à ces faits divers ne doit pas occulter le fait que 1,5 million de personnes consultent chaque année en psychiatrie. D'autre part, que la majorité des criminels ne relève pas de la psychiatrie: il suffit de se rendre dans une cour d'assises pour le constater.Sous couvert de protéger la société, ce projet de loi est à l'opposé des besoins de la psychiatrie et de ses usagers, et, comble de l'absurdité, il peut avoir un effet totalement inverse...."

-Les dérives de la psychiatrie
-Politique francaise de sante mentale: analyse et conséquences pour la psychiatrie en France
-Prison et troubles mentaux : Comment remédier aux dérives du système français ?

-Les malades mentaux affluent dans les prisons françaises
- Le documentaire et ses bonus
- Entretien avec Patrick Chemla
-Entretien avec Christophe Dejours

- Entretien avec Hervé Bokobza
-«La psychiatrie a besoin de moyens, de visites à domicile, pas seulement de médicaments
- «Un monde sans fous?» - Recherche Google
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-Psychiatrie: régression sécuritaire
-Psychiatrie: état "inquiétant"
-Psychiatrie sous influence
-Saccage de la psychiatrie...

mardi 31 mai 2022

Ukraine: (suite)

Sortir du brouillard (parfois entretenu).  [Notes de lecture]

          « Tout potentat qui n’a que la puissance terrestre n’a qu’un bras,
Mais qu’il y ajoute la puissance maritime, il a les deux
. » (Pierre le Grand)                                               
________ Voulant se mettre dans les pas de Pierre Le Grand, mais aussi de la Grande Catherine, le nouveau tsar du Kremlin prétend ne pas vouloir couper l'immense Russie de l'accès aux mers chaudes, pour désenclaver la Grande Russie et lui offrir de nouveaux horizons commerciaux et militaires. C'est du moins l'intention principale que d'aucuns lui prêtent dans l'"opération" en cours. Poutine vit de ses mythes historiques et de ses ambitions personnelles. Une nouvelle géopolitique tente de se mette en place, après les échecs et les humiliation de l'ère post-gorbatchevienne et surtout eltsinienne. Une nouvelle ambition, mais sans les mêmes moyens et avec d'autres méthodes, sur un échiquier international qui a radicalement changé. Avec comme effet non attendu le réveil d'un Otan déclaré moribond.   

                              Une guerre qui ne dit pas son nom et qui semble destinée à durer:

     "....En attendant confirmation, on peut raisonnablement supposer ce qui suit : Poutine craint que l’armée ukrainienne, suréquipée par les États-Unis, ne devienne assez forte pour lancer une offensive générale et reprendre le Donbass et la Crimée ; cette épreuve aurait ruiné ses efforts et humilié comme jamais la Russie. Il fait donc le pari d’envahir l’Ukraine avant qu'il ne soit trop tard. Pari largement perdu puisque l’armée russe, plus mal en point qu’il ne devait lui-même le penser, a échoué dans sa tentative de « guerre-éclair ».  Le président russe s’est donc très vite rabattu sur son objectif a minima : occuper le Donbass et le sud de l’Ukraine, jusqu’à Khesron, sur le Dniepr, au total 60 000 km2, de façon à sécuriser la Crimée et fermer la mer d’Azov aux Ukrainiens et donc à l’Amérique. Trois mois après le lancement de l’offensive, cet objectif est largement atteint, au prix de lourdes pertes et de graves destructions, mais sans que Moscou ait eu à décréter une mobilisation générale.   Chacun se prépare désormais à une guerre de longue haleine où c’est l’armée ukrainienne qui devra prendre l’initiative de l’offensive face à un ennemi solidement retranché. Même avec derrière elle l’industrie de guerre américaine, elle aura du mal à récupérer les territoires perdus.   Conscient de la difficulté, le président Zelensky place ses espoirs dans les sanctions économiques, même si l’Histoire nous enseigne que tous les blocus et embargos se sont révélés inefficaces et même contre-productifs, depuis le Blocus continental jusqu’à Cuba, la Corée du nord et l’Iran en passant par Berlin.   Les Russes se sont préparés à cette éventualité depuis 2008 en cultivant l’autarcie et en nouant de nouvelles alliances. Ils peuvent compter sur la complicité de la Chine et des grands États d’Asie continentale. C’est ainsi que leurs exportations de gaz auraient baissé vers l’Europe mais augmenté vers la Chine, en rapportant plus de devises que jamais à Gazprom !  L’Ukraine, de son côté, risque de perdre dans cette guerre à rallonge ce qui lui reste de sève vitale. Depuis son indépendance en 1991 et jusqu’en 2021, le pays, rappelons-le, avait un PIB en baisse rapide et une population tombée de 52 millions à 45 millions d’habitants sous l'effet de l'émigration et de la dénatalité (un record mondial !). Cela ne s’est pas arrangé avec la guerre, ses destructions, ses victimes, ses déplacés et ses réfugiés, parmi lesquels beaucoup ne reviendront pas au pays. Au vu de sa démographie, il est difficile d'imaginer que le pays se remette de l'épreuve, surtout s'il devait se dissoudre dans l'Union européenne.     Sans égaler le malheur ukrainien, les Européens ont aussi du souci à se faire. Ils n’échapperont pas à une crise économique et sociale majeure, du fait des pénuries et des hausses de prix sur les hydrocarbures, les matières premières, les céréales, etc. C'est la conséquence du choix qu'a fait l'Union européenne dans la dernière décennie de promouvoir le recours au gaz et russe, plus accessible et moins cher que toute autre énergie, de la même façon qu'elle a encouragé les industriels européens à s'approvisionner en Extrême-Orient en composants électroniques. Il s'ensuit des dissensions entre les Européens qui pourraient accélérer le détricotage de l'Union.  La France craint de perdre ses derniers fleurons industriels, à commencer par Renault, secoué par la perte de son principal marché à l’étranger (la Russie). Son secteur de l’armement est aussi très affecté par le forcing de ses concurrents américains auprès des Européens (Allemands, Polonais, etc.)… et auprès des Australiens bien sûr. L'Allemagne tente de conserver ses importations de gaz russe, indispensables à ses industries. La Hongrie, quant à elle, refuse de renoncer à ses achats de pétrole russe...."                                                                                                                                      _____ _____   L'épine  Azov: mythe et réalité.

_____  Echos du Donbass                             ________________________

samedi 11 juin 2022

Folie de Poutine?

 Vraiment?

                        Régulièrement la question se pose: la détermination du Kremlin, son obstination, voire contre ses propres intérêts, ses autojustifications permanentes dans une aventure qui peut sembler sans fin, dévastatrice, amènent certains à qualifier cette détermination autocrate comme l'effet d'une sorte de "folie" (*), une aventure irrationnelle qui ne peut donner prise à une analyse rationnelle. Les explications psychologiques, voire pathologiques, montrent vite leur limites, surtout si on se souvient des prétentions de l'autocrate, surtout depuis une dizaine d'années et ses efforts constants pour faire taire toute opposition et à se raccrocher aux vieux mythes de l'empire.                                                   Le système Poutine est spécifique, disait-on il y a déjà quelques années, sans doute de manière un peu un peu courte et naïve, avant que l'ours se réveille, à la stupéfaction de tous. Se manifestait déjà l'hypertrophie du pouvoir qui ne supportait pas les ombres. Le nouveau tour de l'affaire ukrainienne, qui risque de durer et peut-être d'engendrer des escalades dangereuses, oblige à durcir ses jugements; même si l'on s'efforce de d'abord comprendre plutôt que de diabolises, de percevoir un fil directeur dans le chaos des événements qui se précipitent.   

__Empire russe 1914 __

                                   
« Tout potentat qui n’a que la puissance terrestre n’a qu’un bras,  Mais qu’il y ajoute la puissance maritime, il a les deux. » (Pierre le Grand)                                               ________ Voulant se mettre dans les pas de Pierre Le Grand, mais aussi de la Grande Catherine, le nouveau tsar du Kremlin prétend ne pas vouloir couper l'immense Russie de l'accès aux mers chaudes, pour désenclaver la Grande Russie et lui offrir de nouveaux horizons commerciaux et militaires. C'est du moins l'intention principale que d'aucuns lui prêtent dans l'"opération" en cours. Poutine vit de ses mythes historiques et de ses ambitions personnelles. Une nouvelle géopolitique tente de se mette en place, après les échecs et les humiliation de l'ère post-gorbatchevienne et surtout eltsinienne. Une nouvelle ambition, mais sans les mêmes moyens et avec d'autres méthodes, sur un échiquier international qui a radicalement changé. Avec comme effet non attendu le réveil d'un Otan déclaré moribond.   _______

        (*)   "...Poutine se voit en Pierre le Grand «reprenant» Saint-Petersbourg à la SuèdeLe président russe a comparé sa politique à celle du tsar Pierre le Grand lorsque ce dernier avait combattu la Suède, envahissant une partie de son territoire, ainsi que la Finlande, une partie de l’Estonie et de la Lettonie. «Nous venons de visiter une exposition consacrée au 350e anniversaire de Pierre le Grand. C’est étonnant, mais presque rien n’a changé. […] Pierre le Grand a mené la guerre du Nord pendant 21 ans. On a l’impression qu’en combattant la Suède, il s’emparait de quelque chose. Il ne s’emparait de rien, il reprenait», a affirmé Poutine, lors d’une rencontre avec des jeunes entrepreneurs à Moscou. «Lorsqu’il a fondé une nouvelle capitale [Saint-Pétersbourg - ndlr], aucun des pays d’Europe ne reconnaissait ce territoire comme appartenant à la Russie. Tout le monde le considérait comme faisant partie de la Suède. Mais depuis des temps immémoriaux, des Slaves vivaient là-bas aux côtés des peuples finno-ougriens. […] Il reprenait et renforçait», a-t-il dit. Avant de conclure : «Apparemment, il nous incombe aussi de reprendre et de renforcer».          ______________

mardi 27 mai 2025

Le "fou" du Kremlin?

 Hélas! il ne l'est pas

              Du moins pas au sens clinique...

    Un fou? dit un mégalomane, qui a peut-être un problème... Certainement pas. Sauf si on appelle "folie" l'ambition démesurée, la mégalomanie narcissique qui se répondent.  La psychologie de la personne n'explique pas tout. L'hypertrophie du moi peut être reconnu, mais en la remettant dans le contexte historique de la Russie d'après Eltsine et les  rapports de force  géopolitiques du moment.  Une fuite en avant animée par la peur panique de tout perdre, certainement.                                                                                                                                                                          Régulièrement la question se pose: la détermination du Kremlin, son obstination, voire contre ses propres intérêts, ses autojustifications permanentes dans une aventure qui peut sembler sans fin, dévastatrice, amènent certains à qualifier cette détermination autocrate comme l'effet d'une sorte de "folie" (*), une aventure irrationnelle qui ne peut donner prise à une analyse rationnelle. Les explications psychologiques, voire pathologiques, montrent vite leur limites, surtout si on se souvient des prétentions de l'autocrate, surtout depuis une dizaine d'années et ses efforts constants pour faire taire toute opposition et à se raccrocher aux vieux mythes de l'empire.                                                   Le système Poutine est spécifique, disait-on il y a déjà quelques années, sans doute de manière un peu un peu courte et naïve, avant que l'ours se réveille, à la stupéfaction de tous. Se manifestait déjà l'hypertrophie du pouvoir qui ne supportait pas les ombres. Le nouveau tour de l'affaire ukrainienne, qui risque de durer et peut-être d'engendrer des escalades dangereuses, oblige à durcir ses jugements; même si l'on s'efforce de d'abord comprendre plutôt que de diabolises, de percevoir un fil directeur dans le chaos des événements qui se précipitent.   

__Empire russe 1914 __

                                   
« Tout potentat qui n’a que la puissance terrestre n’a qu’un bras,  Mais qu’il y ajoute la puissance maritime, il a les deux. » (Pierre le Grand)                                               ________ Voulant se mettre dans les pas de Pierre Le Grand, mais aussi de la Grande Catherine, le nouveau tsar du Kremlin prétend ne pas vouloir couper l'immense Russie de l'accès aux mers chaudes, pour désenclaver la Grande Russie et lui offrir de nouveaux horizons commerciaux et militaires. C'est du moins l'intention principale que d'aucuns lui prêtent dans l'"opération" en cours. Poutine vit de ses mythes historiques et de ses ambitions personnelles. Une nouvelle géopolitique tente de se mette en place, après les échecs et les humiliation de l'ère post-gorbatchevienne et surtout eltsinienne. Une nouvelle ambition, mais sans les mêmes moyens et avec d'autres méthodes, sur un échiquier international qui a radicalement changé. Avec comme effet non attendu le réveil d'un Otan déclaré moribond.   _______

        (*)   "...Poutine se voit en Pierre le Grand «reprenant» Saint-Petersbourg à la SuèdeLe président russe a comparé sa politique à celle du tsar Pierre le Grand lorsque ce dernier avait combattu la Suède, envahissant une partie de son territoire, ainsi que la Finlande, une partie de l’Estonie et de la Lettonie. «Nous venons de visiter une exposition consacrée au 350e anniversaire de Pierre le Grand. C’est étonnant, mais presque rien n’a changé. […] Pierre le Grand a mené la guerre du Nord pendant 21 ans. On a l’impression qu’en combattant la Suède, il s’emparait de quelque chose. Il ne s’emparait de rien, il reprenait», a affirmé Poutine, lors d’une rencontre avec des jeunes entrepreneurs à Moscou. «Lorsqu’il a fondé une nouvelle capitale [Saint-Pétersbourg - ndlr], aucun des pays d’Europe ne reconnaissait ce territoire comme appartenant à la Russie. Tout le monde le considérait comme faisant partie de la Suède. Mais depuis des temps immémoriaux, des Slaves vivaient là-bas aux côtés des peuples finno-ougriens. […] Il reprenait et renforçait», a-t-il dit. Avant de conclure : «Apparemment, il nous incombe aussi de reprendre et de renforcer».          _____________

mardi 30 septembre 2025

Mer Noire

 Une mer tant convoitée

         Le document qu'a présenté hier soir France 5 était d'une grande qualité et essentiel pour faire mieux comprendre, au delà des événements, le conflit  de fond qui se joue en Ukraine et les tensions qui ébranlent  l'Europe. La Mer Noire n'est pas qu'une mer quasi fermée, avec son goulot qui mène vers la Méditerranée. Elle est un objet géopolitique, hautement stratégique, pleine de richesses naturelles et de débouchés, longtemps chasse gardée par l'URSS, objet de l'attention inquiète de l'Europe aujourd'hui. Une étendue d'eau chargée d'histoire.    L'homme du Kremlin suit les pas de la Grande Catherine...Qui disait à Voltaire:  « Nous n’avons point trouvé d’autres moyens de garantir nos frontières que de les étendre »                                                                                                                                  " ...La Mer Noir est devenue un théâtre géopolitique et un champ de bataille majeur où se cristallisent les rivalités entre États riverains, puissances régionales et acteurs mondiaux. Cette mer quasi fermée et ses hinterlands constituent aujourd’hui un espace stratégique où s’entremêlent enjeux militaires, économiques, humanitaires et diplomatiques. Avec une superficie de 436 400 km² et une profondeur maximale de 2 212 mètres, elle relie l’Europe à l’Asie et constitue une plaque tournante entre monde méditerranéen, Asie centrale, monde slave et Moyen-Orient via les détroits du Bosphore et des Dardanelles, actuellement placés sous souveraineté turque mais régis par la Convention de Montreux (1936).             Depuis 2022, la guerre en Ukraine a modifié l’équilibre des forces dans cette région au profit de la Russie. Après l’annexion illégale de la Crimée en 2014, celle-ci a y renforcé sa présence militaire et utilise la mer Noire comme un levier de pression stratégique sur son ennemi (Ukraine) sur ses rivaux (OTAN, UE) mais aussi sur ses partenaires (Turquie, Géorgie). Face à elle, l’Ukraine a innové en développant de nouvelles capacités asymétriques, notamment grâce aux drones navals, pour défier la suprématie russe. La mer Noire est apparue comme un laboratoire de la guerre en mer : les batailles navales y ont été remportées par un pays dépourvu de flotte !    Les autres pays riverains – Turquie, Bulgarie, Roumanie et Géorgie – adoptent une posture stratégique opportuniste, oscillant entre coopération régionale, intérêts économiques et pressions diplomatiques, au gré de l’évolution du conflit russo-ukrainien.                    Malgré son enclavement et sa quasi clôture, l’espace de la mer Noire n’est pas seulement d’intérêt régional : à l’échelle internationale, la recherche d’une « paix forcée » menée tambour battant par l’administration Trump 2 a introduit de nouvelles incertitudes. Cette approche privilégie des solutions rapides et un retrait relatif des engagements américains, laissant aux acteurs régionaux le soin de redéfinir l’ordre maritime. Et, dès l’été 2022, le blocus russe en mer Noire a affecté les clients arabes et africains des complexes agroalimentaires russes et ukrainiens. Si bien qu’on a constaté que ce qui se passe en mer Noire ne reste pas en mer Noire..."    

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vendredi 8 septembre 2023

Alertez les bébés!

 Businesse as usual

                                    On connaissait Orpéa et ses pratiques financières douteuses, dans le secteur de l'"or gris". Une affaire toujours en cours. Un gestion scandaleuse des plus âgés, sur laquelle les services de l'Etat se sont enfin penchés, après des révélations fracassantes sur des pratiques scandaleuses. Un gestion purement mercantile derrière une façade avenante. La cotation en bourse se présentait sous les meilleurs jours. Côté jardin, c'est la détresse, amplement décrite.  Business is business...                                                         Gérer les anciens étaient d'abord une affaire de gros sous; l'appât du gain attirait les investisseurs sur ce marché d'avenir, que l'Etat subventionnait. Mais cette affaire mercantile ne s'est pas arrêtée là.. Voilà que le domaine  de la petite enfance se révèle elle aussi touchée par la même logique intéressée. On a laissé proliférer des crèches à gestion privée, pour le plus grand profit de groupes commerciaux parfaitement intéressés. Ce furent des abus en tous genres, notamment en matière de personnels défaillants et d'alimentation à flux tendu...Gérer les bébés est devenu une activité comme une autre, sans grand souci des soins spécifiques que nécessite cette période cruciale. On assista, dans certaines villes, à une marchandisation de la petite enfance, une gestion à flux tendu. Comme toujours, quand on ouvre les portes à une libéralisation des services sans vigilance, on aboutit aux mêmes effets. Peut-on demander à des investisseurs et à des actionnaires sans vision d'avoir un souci quelconque de l'humain? Une fois encore, l'Etat a failli en laissant libre cours aux forces du marché, comme à des époques plus anciennes de privatisations pures et dures. La liquidation de France Telecom, pas exemple ou, plus grave, la privatisation rampante du secteur hospitalier. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.


                     ".... Comme le signalent  Mathieu Périsse et Daphné Gastaldi,  " ...qu'ont en commun l’autoroute A2 en Pologne, la concession de l’aéroport de Venise, les maisons de retraite irlandaises CareChoice et le groupe de crèches Grandir, la maison mère des Petits Chaperons Rouges ? Tous figurent dans le portefeuille du fonds d’investissement Infravia Capital Partners. Basé à Paris, ce poids lourd européen du « capital‐risque » injecte des milliards d’euros dans des infrastructures de toutes sortes, pourvu qu’elles assurent des rendements intéressants. En 2023, il a par exemple lancé une levée de fonds de près de 2 milliards d’euros pour investir dans des métaux stratégiques comme le nickel ou le lithium. Mais en 2021, c’est une autre mine d’or qui a suscité son appétit : celle de la petite enfance.    Cette année‐là, alors que le Covid provoque encore des fermetures à répétition dans les crèches françaises, Infravia rachète une bonne partie du groupe Grandir. Le fonds vient de lever 5 milliards d’euros, provenant principalement de compagnies d’assurances, de fonds de pension, de banques privées ou de « family offices », c’est-à-dire de gestionnaires de patrimoine de grandes fortunes du Vieux Continent. Au moment de ce rachat, Infravia valorise le groupe Grandir à près de 850 millions d’euros.                                                                             Dans un communiqué, le fonds explique être très intéressé par les « perspectives de croissance régulière » qu’offre cette entreprise, dans un contexte de manque de places de crèche un peu partout en Europe. De son côté, le président des Petits Chaperons Rouges rappelle être passé de 250 crèches en France en 2016 à plus de 650 établissements en Europe et en Amérique du Nord en 2021 et se réjouit de cette « nouvelle étape » dans la vie de son entreprise. Peu après, Grandir‐LPCR frappe fort en France en rachetant les quelque 300 crèches du groupe Sodexo pour plus de 200 millions d’euros. Un coup d’accélérateur qui lui permet de devenir le leader du secteur dans l’Hexagone.                          ____Ces dernières années, ces opérations de rachats et de fusions se sont multipliées. Au point que l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) estime, dans son dernier rapport, que les crèches lucratives ont suivi « le même type d’évolution que celui du secteur des personnes âgées », marqué par la constitution de mastodontes comme Orpea ou Korian. Cette valse des millions a été pointée du doigt en 2021 par le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE), première organisation interprofessionnelle du secteur, créée en 2020 dans la foulée de la crise du Covid. « Les bébés ne sont pas des transactions financières », mettait‐il en garde.                                                   Combien de parents ont conscience de la grande industrie financiarisée qu’est devenu le secteur ? En vingt ans, des empires du berceau se sont constitués en France, de rachats en levées de fonds. Peu à peu, ils se sont exportés jusqu’en Chine, en Argentine ou aux États‐Unis. Si ces entreprises cultivent encore une image familiale, le temps des pionniers à la tête d’une poignée d’établissements paraît bien loin.                                                       Dans le monde de la finance, on parle des « Big Four » pour désigner les quatre plus grands cabinets mondiaux d’audit et de conseil financier, les Ernst & Young, Deloitte, KPMG ou PwC. L’expression pourrait aussi s’appliquer aux quatre réseaux qui dominent actuellement le marché des crèches privées en France : le groupe Grandir‐Les Petits Chaperons Rouges, Evancia et sa marque principale Babilou, La Maison Bleue et People&Baby. À elles quatre, ces entreprises représentent près de 65 % du secteur marchand. Des incontournables avec qui les pouvoirs publics doivent désormais composer.    Quelques minutes après le début de notre entretien, la voix de Catherine se trouble. « Je suis tenace mais ce n’est plus possible. Ce système malmène tout le monde. C’est ma responsabilité de témoigner », lâche‐t‐elle, au bord des larmes. Son parcours ressemble à celui de nombreuses professionnelles de la petite enfance : une carrière sur le terrain, puis l’envie de progresser. Un poste de cadre en tant que coordinatrice d’une quinzaine de crèches dans la région Auvergne‐Rhône‐Alpes pour un grand groupe. Des journées à rallonge, le sentiment de perte de sens, la pression, l’épuisement permanent et le burn‐out qui explose « logiquement », comme une fatalité. En arrêt maladie lorsque nous l’appelons, Catherine sait déjà qu’elle ne reviendra pas.                                                                                 Cette quinquagénaire ne découvre pas la crise majeure qui traverse le secteur : manque de professionnelles qualifiées, pénurie de places ou salaires « au lance‐pierre ». Tout cela, elle l’a intégré depuis longtemps. Mais son quotidien a été chamboulé il y a quelques années, quand son entreprise de crèches a été rachetée par un « mastodonte » du secteur. Dans leurs bagages, les nouveaux dirigeants ont amené de nouveaux mots : des « process » pour optimiser la performance de l’entreprise, qui écrasent tout sur leur passage et dépouillent les professionnelles de leur marge de manœuvre. Des « revues mensuelles d’activité », pendant lesquelles les directeurs de crèche sont passés au gril par leurs « N+1 ». Des fiches d’objectifs et leur cortège de données chiffrées. Des primes de résultats, liées au remplissage de la crèche ou à d’autres indicateurs de performance.  En tant que coordinatrice, Catherine est la courroie de transmission entre le siège du groupe et les équipes sur le terrain. « Entre le marteau et l’enclume », dit‐elle. Bien sûr, il y a la pénurie de personnel, le stress de gérer des crèches avec des budgets serrés, le turnover permanent. « Dans mes quinze crèches, seul un quart des équipes sont stables depuis deux ans, comment voulez‐vous construire un accueil correct dans ces conditions ? » Mais ce qui plombe le plus Catherine, c’est ce sentiment de ne pas être en accord avec ses propres valeurs.                                                                        « On vend du rêve aux familles. » Les jolis prospectus de son employeur parlent de respect du rythme de l’enfant, de pédagogies innovantes, de crèches écolos ou bilingues. « Aux yeux du public, nous passons pour des passionnées avec un dévouement presque religieux, mais derrière, ça ne suit pas. Je suis heurtée dans mes convictions profondes que la petite enfance est là pour assurer de bonnes fondations aux tout‐petits. Si on ne peut plus le faire, tout s’effondre », soupire‐t‐elle.  En toile de fond, la peur de l’erreur ou du drame irréparable. En juin 2022, Catherine a été secouée par le décès d’un enfant de onze mois au sein d’une crèche du groupe People&Baby à Lyon. « Quand vous avez la tête dans le guidon, vous ne pouvez plus garantir la sécurité des enfants. Je pense que beaucoup de directrices se sont dit “ça aurait pu arriver dans ma crèche”. 

        […] Dans le milieu, le Graal est de signer un contrat avec de grandes entreprises ou des ministères présents sur tout le territoire. Faire affaire avec L’Oréal, Total, le ministère de l’Intérieur ou EDF, c’est la garantie de centaines de places commercialisées. Mais pour y parvenir, les groupes doivent être implantés partout en France, voire à l’étranger, pour que chaque salarié de ces multinationales puisse disposer d’une structure proche de chez lui. « Le nerf de la guerre, c’est le maillage territorial », confirme Amaury Chaumette [ancien directeur des ventes aux Petits Chaperons rouges – ndlr].    Afin d’augmenter ce maillage, les groupes rachètent, créent des structures ou bien nouent des partenariats avec d’autres crèches. Certaines entreprises comme Ma place en crèche ou Crèches pour tous (le réseau de People&Baby) se sont spécialisées dans cette activité. Elles deviennent alors des « bookers », que l’on peut comparer à des entreprises de courtage. Ces apporteurs d’affaires proposent les places de leurs crèches partenaires à des employeurs ou à des particuliers, moyennant une commission. Des grossistes en berceaux, en quelque sorte.    Car il faut remplir, coûte que coûte. Quelle que soit l’entreprise, la moindre place vacante, même une demi‐journée, est vue comme un manque à gagner. Qu’importe si les professionnelles sont déjà à bout de souffle. « C’est comme un avion : vous avez des charges fixes pour un trajet, donc il faut remplir au maximum », détaille Clémentine. Les directrices de crèche sont donc incitées à « faire de l’occasionnel », c’est-à-dire à faire signer des contrats à des familles pour quelques heures éparpillées çà et là. « On cherche des bouche‐trous », résume notre interlocutrice « Les consignes sont orales, parce que nous sommes parfois en dehors des clous. »                                       Selon la jeune femme, les marges nettes des crèches qu’elle pilotait étaient « importantes » sans que rien ne soit redistribué au personnel souvent payé au Smic, qui sert pourtant de « variable d’ajustement », déplore‐t‐elle. Et d’évoquer, elle aussi, les « revues de périmètres », ce moment où les directrices rendent des comptes à leurs supérieurs. « Ça se fait avec un enrobage de bienveillance. On ne leur dira jamais : “Il faut que tu rationnes les enfants” », raconte Clémentine. « Mais elles n’ont pas beaucoup de leviers, à part ne pas remplacer quelques absences ou grappiller sur quelques fournitures. Sauf que les filles sur le terrain le prennent en pleine tête ! »  « Les consignes sont orales, parce que nous sommes parfois en dehors des clous », souffle Bertrand (le prénom a été modifié). Jusqu’au début de l’année 2022, ce cadre a été le coordinateur de sept crèches d’un des plus gros groupes du secteur, en Bourgogne. « L’obsession de la direction, c’est de ne pas avoir de gras, pas de personnel en trop », raconte‐t‐il. Quitte à flirter avec la ligne rouge. « Régulièrement, sur certaines plages horaires, on arrivait à douze enfants pour une professionnelle, au lieu de six autorisés. La direction était parfaitement au courant. Elle disait que le directeur devait donner un coup de main, voire l’agent de service. L’idée d’un recrutement ou d’un intérimaire n’était jamais envisagée. »                                                                                                         Comme ses concurrents, Babilou a une obsession : ne pas faire travailler plus de professionnels que le minimum nécessaire. La masse salariale représente près de 80 % des coûts de fonctionnement d’une crèche. Tout le jeu consiste à ajuster en permanence le nombre de salariés présents dans la crèche en fonction du remplissage plus ou moins élevé de l’établissement. Tout en maintenant le taux d’encadrement prévu par la loi en atteignant les objectifs fixés par la CAF, pour bénéficier du niveau de subvention publique le plus haut. Il s’agit de ne pas laisser de « gras », pour grappiller un peu plus de marge.   Pour cela, l’entreprise dispose d’outils comme le Babilog. Un tableau de bord numérique où sont centralisés, jour par jour, les indicateurs de ses crèches : nombre d’heures facturées, places disponibles, taux d’occupation… Les statistiques de chaque crèche sont scrutées par le groupe, en temps réel, pour ajuster les effectifs au nombre d’enfants présents. Si la crèche n’est pas assez pleine, l’entreprise n’hésite pas à réduire le nombre de personnel auprès des enfants, pour rester au strict minimum légal...."   ____________