Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

dimanche 12 juin 2011

Homo caniensis

Toutoustory

Il a souvent du chien, ce
Canis lupus familiaris

J'aimerais tant avoir un chien, mais j'aime trop les voyages...
Elevé en compagnie de chiens, j'en garde la nostalgie.


-On sait que les bêtes ne sont pas si bêtes et que le chien devient parfois le maître de son maître.

_Le chien est plus qu'un simple animal de compagnie, "
c'est quelqu'un...", un compagnon, un assistant ou un guide parfois.
Un animal riche en symboles, comme l'était Cerbère chez les Grecs. Parfois objet d'un véritable culte, religieux ou laïque, parfois considéré comme "impur".

_L'homme et le chien, depuis le début du néolithique , ou déjà avant sans doute, forment un couple singulier, variant selon les périodes , les cultures et les pays.
L'ethnographie de la relation, parfois troublante, reste à approfondir. Malgré les études ethologiques les plus pointues, cette relation comportera toujours une part de mystère, de non réductible rationnellement, surtout parce que toujours subsiste une part d'anthropomorphisme.
On peut même se demander si la séparation traditionnelle nature/culture est pertinente en tous points pour le couple homme/chien?
Ce couple, devenu h
istoriquement indissociable, est marqué par une profonde ambivalence:
"...gros titres relevés au hasard des revues de presse. Violences, déjections et « pouvoirs » thérapeutiques concourent, par un excès de signifiant, à faire du chien le « seul vrai nuisible » ou le bienfaiteur de nos espaces humains. Pris dans ses rôles de « vedette », le chien médiatique témoigne cependant difficilement de ce qui se passe réellement dans sa relation quotidienne avec l’humain. On le voit alimenter les épopées de nos mythes, les catastrophes de nos journaux, les numéros de nos cirques. C’est pourquoi, pour parler de lui, nous sommes contraints à changer constamment de registres et à passer du dramatique au comique, du passionnel au conflictuel, du dangereux au merveilleux. En réalité, ce mouvement de bascule, le chien le connaît bien, tant il sollicite le contraste..."

vendredi 10 juin 2011

USA: ça va beaucoup mieux...


...Pour les millionnaires!

Celui qui l'affirme avec force et sans ambages, c'est
un parlementaire du Vermont, Bernie Sanders, à la tribune du Sénat, dénonçant "la guerre en cours", l'absurdité et la cruauté d'un système, qui fait payer la crise et l'enrichissement vertigineux d'une minorité d'hyperprivilégiés aux plus démunis et aux classes moyennes.
"
There is a war going on in this country – the super rich against the rest of us"...
-"
1% des Américains possèdent autant que les 90 % autres, dit-il. Il y a 30 ans, une famille à un seul salaire avait plus de revenu disponible qu'une famille à deux salaires aujourd'hui..."

_______Dans un discours d'une dizaine de minutes, il fustige avec lucidité (et quelle énergie!) les tares d'une société qui court à la ruine, par la rapacité de grandes banques et d'individus privés, aveuglés socialement et politiquement.
Dans un
autre discours-marathon de huit heures, Bernie analyse dans le détail les méfaits de l'oligarchie au pouvoir. .
Etonnant de la part d'un vieux parlementaire US, qui ne mâche pas ses mots, pour qui ce q
u'il est convenu d'appeler "la crise" n'est qu'une immense escroquerie.
Un autre américain,
John R.MacArthur, avait déjà fait l'analyse d'un "système de castes" qui favorise les dérives que l'on connaît.

____Certains millionnaires auraient-ils été sensibles à la sévérité des propos de Bernie?
En tous cas,
un petit nombre, se disant conscient de l'état de délabrement des finances publiques, mais sans remettre en question le système qui les avantage, demande au Président de ne plus être exempté d'impôts, d'être même taxé davantage, pour faire face (rien que ça!) à la dette abyssale du pays. Une pétition circule. On y parle de Wealth for the Common Good , une thématique qui avait disparu à Washington.
C'est l'appel des "millionnaires patriotiques", candides ou courageux (?), mais pas révolutionnaires, prêts à mettre la main au portefeuille. Pour redorer leur image écornée? La peur serait-elle le début de la sagesse?
Même multipliés par 10, leurs impôts ne risqueraient pas de les amener à finir leur vie sous les ponts de New-York. L'aboutissement de leur voeu a cependant peu de chances d'arriver... Ils ont écrit une lettre à Obama:
Dear Mist
er President,
We are writing to urge you to put our country ahead of politics. For the fiscal health of our nation and the well-being of our fellow citizens, we ask that you increase taxes on incomes over $1,000,000. We make this request as loyal citizens w
ho now or in the past earned an income of $1,000,000 per year or more. Our country faces a choice - we can pay our debts and build for the future, or we can shirk our financial responsibilities and cripple our nation’s potential. Our country has been good to us. It provided a foundation through which we could succeed. Now, we want to do our part to keep that foundation strong so that others can succeed as we have.Please do the right thing for our country. Raise our taxes."

__Bientôt un telle démarche de la part des plus grandes
fortunes françaises, pour qui la crise n'est qu'un mot?..
-"Monsieur le Président Sarkozy, s'il vous plaît, pour le bien de notre pays, augmentez nos impôts!..."

Non, je rêve...
__________
Dessin de Bloëm (Dijonscope)

jeudi 9 juin 2011

Ciudad Juarez sur Ourcq?


Règlements de compte à Sevran

Un narcoquartier ?

Non, Sevran n'est pas située au Nord du Mexique.
Si un quartier pose de graves problèmes, la ville n'est pas l'enfer.
Les "casques bleus" (rien que ça!?) n'ont rien à y faire.
_Si la situation est préoccupante dans certains quartiers de banlieue, ce n'est pas une situation de guerre et, à côté de certaines villes du Nord du Mexique, le 93, c'est Disneyland, comme disait quelqu'un...
C'est un problème d'ordre républicain .
Mais le maire de Sevran, imprudent dans ses paroles, a voulu lancer un cri d'alarme.
Qu'a-t-on fait de la police, qui a déserté, en surnombre au coeur de la capitale et si clairsemée de l'autre côté du périph?
__Le maintien de l'ordre est devenu depuis des années l'objectif prioritaire, la prévention ayant disparu. Des zones entières ont été livrées à elles-mêmes et à leurs problèmes cumulés. Des résultats contre-productifs. Un fiasco . Un échec criant du politique.
Les opérations "coups de poings" ne règlent évidemment rien. Elles radicalisent plutôt les positions, en exacerbant les tensions.
Les événements de 2005 nous rappellent que la ségrégation de fait, la désocialisation sont des facteurs de délinquance aux formes multiples.
Les maires, impuissants, sont en colère.
__Notre Président nous l'avait promis: la politique de la ville serait son affaire.
On attend encore les résultats...
Fadéla Amara a (peut-être) fait ce qu'elle a pu, mais le manque de moyens, l'absence de cohérence (l'empilement des mesures) n'a rien modifié en profondeur.
Etait-ce possible, quand l'urbanisme déplorable et le chômage persistant restent ce qu'ils sont?
Depuis des décennies, la mal n'a pas été pris à la racine.
__La question du trafic de drogue est au coeur du problème, le symptôme le plus apparent et aux effets les plus dévastateurs socialement.
Faut-il libéraliser l'usage des drogues pour neutraliser les trafics meurtriers? Si oui, quelles drogues?
Le débat est à nouveau ouvert, qui n'est pas simple, mais qu'il va falloir affronter de face, hors du champ étroit de la morale traditionnelle...
Ne ferait-on que déplacer le problème, l'aggraver dans certains cas , les dealers se rabattant sur des drogues plus dures?
Mettre fin à la "la guerre contre la drogue" , comme le Portugal s'y est essayé?
Questions à suivre...
___(Photo ci-jointe: Sevran, c'est aussi ça)

mardi 7 juin 2011

Sauver la Grèce ou ses créanciers?

Nuages sur Athènes
On dé-Grèce...

Les épreuves du peuple grec continuent

Nouveau plan d'austérité...avant les suivants:
______________Les créanciers accentuent la pression sur la Grèce

____Le plan de sauvetage grec est surtout bon pour les créanciers
..."Après la crise financière de l’automne 2008 la crise de l’euro met en lumière le plus grand scandale de notre époque : une loi d’airain qui veut que les décideurs politiques sont prêts pour sauver les banquiers des conséquences de leur insatiable cupidité à faire subir à leur population tous les sacrifices"....
__En fait, si on regarde les choses de près, par delà les postures et les discours de circonstance, il ne s’agit pas d’aider les Grecs ! Il s’agit de sauver l’euro !"
"On en est arrivé au stade où on doit faire quelque chose. C’est l’avenir de l’euro et donc de tout le système qui est en jeu. On ne peut pas juste attendre que les marchés se calment», a fait comprendre le Ministère (allemand) des finances à Paris. Il y a une autre raison: les deux pays sont parmi les plus gros créanciers de la Grèce. Les banques allemandes et françaises détiennent 39% de sa dette extérieure"... (R.E.Le Temps)
__On assiste à la énième fausse solution à Athènes, qui ne réglera rien, mais aggravera forcément la situation.
On dira: la Grèce n'a pas été un modèle de bonne gestion, elle s'est follement endettée, a vécu au-dessus de ses moyens, n'a pas perçu l'impôt, surtout celles des grosses fortunes, comme il convenait, a démesurément dépensé pour son armée pléthorique, a laissé prospérer les immenses privilèges de l'église orthodoxe, état dans l'Etat. Bien sûr, mais outre le fait que ce pays a une dette publique minuscule par rapport aux USA, au Japon et à d'autres pays européens, la Commission européenne aurait pu être un peu plus regardante sur l'état des finances du pays avant d'intégrer à tout va...
Il est vrai que Goldman Sachs a bien contribué à masquer la dette, en jouant un double jeu (
"l'ogre bancaire Goldman Sachs a fait beaucoup d'argent en aidant les dirigeants grecs à maquiller les comptes, tout en spéculant à la baisse dans leur dos sur leur dette et gagnant sur les deux tableaux, spécialité maison de cette banque sans foi ni loi."_Calimero) .
L'Europe,elle, s'enfonce dans le déni:

".. La solution imaginée par les experts européens pour sortir de la crise grecque est sans surprise : l'austérité, toujours plus d'austérité.
Le remède a été sans effet sur le malade. Pire, il aggrave le mal. Qu'importe! Il convient de doubler la dose. Tels les docteurs de Molière, les responsables européens ont choisi à nouveau le déni de réalité. Plutôt que de faire le constat que l'Europe fait fausse route depuis le début dans sa gestion de la crise de la zone euro, elle préfère s'enferrer, par idéologie, dans ses certitude...
.Les moyens pour obtenir ces résultats sont connus : nouvelles augmentations des taxes, réduction du nombre de fonctionnaires, nouvelles coupes salariales, qui vont immanquablement toucher aussi le privé. Est-ce par volonté de respecter la souveraineté nationale grecque, les experts ne parlent pas de coupes dans l'immense budget militaire grec (plus de 4% du PIB). Il est vrai que les industriels français et allemands ont signé pour plus de 2,5 milliards d'euros de contrats ces dernières années et ne veulent pas en être privés. Une façon de faire de la France et de l'Allemagne des créanciers privilégiés.
En parallèle, un vaste programme de privatisation est prévu. L'Europe exige au moins 50 milliards d'euros de cession d'actifs. Le responsable du FMI pour l'Europe évoque même la somme de 300 milliards d'euros! Téléphone, eau, électricité, autoroutes, ports, jeux : tout ce qui a de la valeur doit être vendu. Ce qui, au passage, fera autant de recettes en moins pour le budget national. Mais cela ne semble pas préoccuper outre mesure les dirigeants européens. L'important est que les créanciers soient remboursés. Et pour s'assurer de la bonne réalisation de ce programme, la vente de tous ces actifs devrait être placée sous la surveillance, si ce n'est sous la responsabilité, d'experts étrangers..."
Bref, une grande braderie...
_Quel rôle joue la France dans ce jeu assez tragique: aide-t-elle fait-elle chanter la Grèce ?
_L'Allemagne "joue la carte du nationalisme économique" pour des raisons de politique intérieure, en rechignant à participer à l'aide financière à la Grèce mais (qu') elle finira par y venir. Le refus de l'Allemagne est "assez incompréhensible quand on sait que deux des plus grands créanciers de la Grèce sont des banques allemandes", a déclaré M. Cohn-Bendit sur France Info.
___________Ne laissez pas tomber la Grèce : l'appel de Theodorakis: "...Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien collaborateur de la Goldman Sachs pour diriger la Banque centrale européenne ? .."

_______"En ce qui concerne la crise grecque actuelle, il faut comprendre qu’elle s’inscrit dans la droite ligne de la crise financière mondiale. Si tous les pays européens, si toutes les économies réelles subissent aujourd’hui les conséquences de la crise financière, l’économie grecque a été tout particulièrement touchée. Certes, le ralentissement de l’économie mondiale a eu de graves conséquences pour les deux piliers de l’économie grecque : le tourisme et le commerce maritime. Mais la raison fondamentale est le rôle joué par les établissements financiers, en particulier par Goldman Sachs, fort légitimement stigmatisé par le Président de la République – mais s’il a vu l’arbre de Goldman Sachs, le Président de la République n’a pas vu la forêt : la Société générale, la BNP, le Crédit agricole, pour les établissements français, ou encore le Crédit suisse, que je cite à nouveau : dans cette affaire, il va tirer les marrons du feu sans même que la Confédération helvétique soit mise à contribution.
En clair...Le casino est reparti: après avoir spéculé sur les difficultés financières des familles américaines surendettées, les établissements financiers se sont rabattus sur la dette des États, en particulier celle de la Grèce. Ils ont ainsi franchi une étape nouvelle... La crise grecque n’est que le premier avatar d’une nouvelle forme, gravissime, de la crise. C’est une menace pour tous les peuples, aggravé par les gouvernements qui – par absence de volonté politique de s’y opposer – relaient les intérêts des spéculateurs. Si la cible a changé, les conséquences seront encore plus désastreuses pour la grande majorité d’entre nous. Les réponses proposées par le Gouvernement sont encore plus injustes aujourd’hui qu’il y a un an. L’avenir du peuple grec ne compte pour rien dans vos calculs, et votre cynisme ne connaît plus aucune limite. On a entendu s’exprimer la compassion pour les Grecs, mais votre plan n’est pas un plan de solidarité avec les Grecs, avec l’État grec, avec le peuple grec ; c’est un plan de solidarité avec les créanciers de l’État grec, ce qui est, vous en conviendrez, plus qu’une nuance...".(J.P. Brard à l'Assemblée Nationale)
_________
- Le chaudron grec
_____________________________
_Désolé pour les imperfections formelles. Test d'une nouvelle forme de message_Pour la partie bleue masquante ci-dessus, passer la souris sur le passage pour le découvrir_

lundi 6 juin 2011

Egypte: incertitudes

Difficile démocratie

__Rien n'est joué en Egypte,
disions-nous, il y a quelques semaines.
_Fin janvier, la pays paraissait à l'aube d'un grand changement.
Par rapport à la Tunisie, si différente à bien des égards, l'évolution paraissait plus périlleuse.
Autant on peut rester raisonnablement confiant dans le processus démocratique en cours à Tunis, qui prépare sans heurt sa transition et le passage à des élections, autant en Egypte, on a l'impression d'une certaine glaciation, qui ne dit rien de bon.
L'incertitude plane, la mobilisation est de moins en moins importante et quelques détails indiquent que le climat tend à s'alourdir
:
"...le principal problème des manifestants reste l'inconnu dans lequel ils naviguent. Les réseaux de téléphone portables ont été rétablis, mais pas internet qui demeure coupé intégralement dans tout le pays. La chaîne Al-Jazira, principale source d'information indépendante, est désormais interdite de diffusion. Des barrages militaires ont aussi été installés sur de nombreuses artères menant au Caire, empêchant les habitants des banlieues de converger sur le centre pour venir grossir le rassemblement de la place Tahrir. Des rumeurs ne cessent de courir sur des bandes de pillards dans les quartiers aisés ou dans d'autres villes. La télévision nationale passe et repasse en boucle des images d'arrestation de deux groupes de jeunes : l'un avec des vêtements de sport volés, l'autre avec des armes de type machettes. Le but semble être clairement de faire peur aux citoyens. Un responsable d'une ONG égyptienne estime que Moubarak pourrait tenter de semer le chaos dans le pays grâce à des milices dévouées, afin de faire revenir la majorité de la population dans les bras du pouvoir."
_L'urgence semble être le rétablissement de nombreux rouages de l'économie. La désorganisation et le marasme à ce niveau suffisent à expliquer pourquoi la révolution s'est refroidie et que monte l'exaspération dans beaucoup de secteurs, notamment celui du tourisme, provisoirement sinistré. L'aide espérée et promise semble ne pas encore produire d'effets. L'espoir s'émousse vite quand la pauvreté s'étend, quelle que soit la valeur des transformations démocratiques attendues. Ventre affamé n'a pas d'oreilles... L'éditorialiste Wael Ghonim note:
"«L'économie devrait être la priorité pour les révolutionnaires, parce qu'elle est la soupape de sécurité qui garantira la continuation de la révolution et la purification de l'Egypte de la corruption ...Les travailleurs journaliers (ils ne sont pas moins de 1 million d'Egyptiens) et ceux qui sont employés dans le tourisme et l'immobilier, et bien d'autres, ne nous entendent jamais parler de leurs préoccupations. »
__Est-ce que le pourrissement ne serait pas (aussi) une stratégie des forces de l'ancien régime toujours présentes et actives, afin de reprendre la main? On peut le craindre...
__De plus la pression du régime saoudien se fait sentir dangereusement, comme le fait remarquer l'éditorialiste S.Farid, qui remarque
:
" « La révolution de la place Tahrir a particulièrement déplu à deux pays qui l'ont fait savoir d'une manière ou d'une autre: Israël, qui a peur pour ses frontières, et l'Arabie saoudite qui craint la contagion. Mais l'Arabie saoudite va plus loin qu'Israël. Elle fustige publiquement le président Obama, coupable à ses yeux d'avoir laissé tomber des régimes amis. Aujourd'hui, Riyad exerce des pressions de plus en plus fortes sur le commandement militaire qui gère la transition. Dans les rédactions du Caire, tout le monde dit sans pouvoir l'écrire que les Moubarak sont sous la protection du régime wahhabite..."
Les Saoudiens ont des moyens de pressions financiers considérables pour influencer le cours des événements:
« Depuis toujours les Saoudiens nous méprisent. “Les Egyptiens sont des danseuses et leurs femmes des prostituées”, ont-ils coutume de dire en riant. Sauf qu'aujourd'hui, ils ne rigolent plus du tout. Les conservateurs wahhabites savent que la jeunesse saoudienne sera tôt ou tard influencée par la révolution de la place Tahrir, si celle-ci atteint son but ultime. Ils font tout pour que ce processus de démocratisation n'aille pas à son terme. Quatre à cinq millions d'Egyptiens travaillent en Arabie saoudite. Le royaume des Saoud peut renvoyer les Egyptiens qui travaillent dans les pays du Golfe. L'Egypte a déjà du mal à gérer les deux nouveaux millions de chômeurs qui ont dû quitter la Libye... «Bref, les wahhabites nous tiennent. Même le tourisme en Egypte est en partie entre les mains des Saoudiens qui possèdent une part non négligeable des grands hôtels. Aussi bien pour les politiques que pour les journalistes égyptiens, l'Arabie saoudite est le sujet délicat par excellence. Au journal, on gère ce drôle de paradoxe: ménager les Saoudiens pour protéger la révolution..."

__Beaucoup sentent l'urgence de la situation et s'investissent à nouveau pour obliger le pouvoir provisoire à sortir d'un immobilisme dangereux et équivoque:
. . Le 27 mai 2011, une nouvelle mobilisation a eu lieu en Egypte. La «coalition du 27 mai», rassemblant plusieurs associations de jeunesse et diverses forces politiques, ont appelé à manifester pour mettre la pression sur le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA), en charge de la transition en Egypte, afin qu’il accélère les réformes démocratiques..
.Deux journalistes soulignent: «La défiance envers le CSFA et sa gestion de la transition politique semble avoir atteint un très haut niveau parmi les jeunes du 25 janvier. Dans leurs appels à manifester, les comités populaires pour la défense de la révolution dénoncent ainsi «l’entêtement de la junte militaire à vouloir monopoliser le pouvoir, qui constitue un des chapitres du complot, et son déni évident de cette révolution dont a rêvé le peuple égyptien. Beaucoup de commentaires et de déclarations de ce genre circulaient reprochant au CSFA d’avoir édicté des lois sans débat, d’avoir eu recours à la violence et d’agiter le spectre de la faillite et de l’anarchie pour faire peur à la population. Ils appellent à la mise en place d’un conseil présidentiel civil révolutionnaire pour la période transitoire et à l’élection d’une assemblée constituante.»

dimanche 5 juin 2011

Une autre démocratie ?

Démocratiser la démocratie


__Modeste contribution à une grande idée souvent dénaturée__

__ « La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans l’urne et à déléguer les pouvoirs à un élu puis à se taire pendant cinq ou sept ans. Elle est action continuelle du citoyen, non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celles de la commune, de l’association, de la coopérative (…) Si cette présence vigilante n’est pas assurée, les gouvernements, les corps organisés, les fonctionnaires, en butte aux pressions de toute sorte, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent aux tentations de l’arbitraire » (P.Mendès-France)
__"La constitution, œuvre timide, s'est bornée à affirmer la démocratie, il faut la fortifier ; il faut que la République soit en sûreté dans la constitution comme dans une citadelle ; il faut donner au suffrage universel des extensions et des applications nouvelles ; il faut proclamer plus complètement et développer plus logiquement que ne le fait la constitution les droits essentiels du peuple, qui sont (j'emprunte ici une expression de Turgot) : le droit à la vie matérielle, c'est-à-dire, dans l'ordre économique, le travail assuré, l'assistance organisée. .." (Victor Hugo)
__" La démocratie, c'est un système où vous êtes libre de faire tout ce que vous voulez tant que vous faites ce que nous vous disons." (N.Chomsky)

____La démocratie semble aller de soi, jusqu'au jour où elle s'affaiblit ou s'éclipse.
Les
Grecs savaient déjà que faire vivre la démocratie est un rude combat, un chantier permanent.
On ne peut se cacher que nos
démocraties représentatives sont malades. En cette période de crise surtout, elles révèlent leurs faiblesses et leur impuissance. Il y a bien des raisons, qui ne seront pas examinées ici.
_Le citoyen a l'impression que le vrai pouvoir lui échappe, que l'essentiel de son destin se forge en des instances sur lesquelles il n'a aucune prise, qu'il n'est consulté que pour la forme: accorder périodiquement , un fois tous les cinq ans, sa confiance à des représentants lointains, qui ne rendent pas de compte, qui n'ont que peu de réel pouvoir sur le fonctionnement des institutions, les grands choix économiques, les grandes orientations politiques internes ou externes, dans le cadre national ou européen. Un symptôme qui ne trompe pas: l'abstention, qui croît...

La poids des lobbies financiers, de puissants intérêts privés, d'ambitions personnelles entraîne dérives et corruption, abandon de valeurs essentielles, fondement d'une république cohérente avec elle-même.
__D'Athènes à Madrid, une multitude de voix s'élèvent pour réclamer une "autre démocratie", d'autres modalités de participation citoyenne.
_Pourtant, la notion de démocratie ( composée de δῆμος "peuple " et κράτος "pouvoir" ) implique dans sa définition même l'idée d'une participation forte, d'une action du peuple sur lui-même, sur la propre conduite de ses affaires. Mais celle-ci, dans son fonctionnement réel, n'est souvent qu'occasionnelle, formelle, passionnelle, mal informée.
__La démocratie représentative présente bien des
failles par nature, comme les Grecs déjà le remarquaient, que l'on pourrait corriger par des modifications légales et constitutionnelles. Tomberait-elle toujours dans les mêmes travers? Auquel cas, il importerait d'en modifier en profondeur le fonctionnement, au profit d'une forme plus exigeante, mais plus difficile: la démocratie participative, impliquant tous les citoyens de manière plus étroite et continue dans ce qui les concerne au plus haut point: la qualité des relations sociales, la gestion du bien commun, la construction d'un avenir meilleur, la défense et l'approfondissement des valeurs de liberté et d'égalité...
____________La démocratie représentative est morte, vive la démocratie ! semblent clamer les jeunes Espagnols, contre une classe politique disqualifiée.
Les enjeux de la démocratie participative sont importants, même si les chausse-trappes sont nombreux et la réalisation difficile dans le temps. Montesquieu avait déjà montré le lien étroit entre démocratie, vertu politique et éducation. Etre éduqué, motivé, désintéressé et engagé: des conditions qui s'imposent pour une démocratie vivante, où le pouvoir n'est pas seulement mandaté, mais continûment contrôlé. Une presse indépendante pour une information de qualité, une libération de la pression consumériste, qui infantilise et désolidarise, un sens critique développé, qui empêche de voter contre ses propres intérêts bien compris...
Que de qualités doivent être réunies pour un bon fonctionnement démocratique, pour un Contrat social qui se respecte! Ce qui faisait dire à Rousseau, par boutade, qu'une vraie démocratie,
"n'existera jamais", au sens ou ses objectifs ne seront jamais aboutis, ce qui ne condamne pas à l'inaction, au contraire... ___Dans son site foisonnant, E.Chouard offre un laboratoire d'idées et de propositions pour revivifier nos démocraties moribondes. Un chantier ouvert aux débats et aux critiques..Le tirage au sort qu'il préconise dans certains cas, par exemple, peut-il être une solution? _voir aussi ici_et
-Comme le disait Castoriadis, "J'ai toujours pensé que la démocratie dite représentative n'est pas une vraie démocratie. Ses représentants ne représentent que très peu les gens qui les élisent. D'abord, ils se représentent eux-mêmes ou représentent des intérêts particuliers, les lobbies, etc. Et, même si cela n'était pas le cas, dire : quelqu'un va me représenter pendant cinq ans de façon irrévocable, cela revient à dire que je me dévêts de ma souveraineté en tant que peuple. Rousseau le disait déjà : les Anglais croient qu'ils sont libres parce qu'ils élisent des représentants tous les cinq ans mais ils ne sont libres qu'un jour tous les cinq ans : le jour de l'élection. Et même cela n'est pas vrai : l'élection est pipée, non qu'on bourre les urnes, elle est pipée parce que les options sont définies d'avance. Personne n'a demandé au peuple sur quoi il veut voter. On lui dit : "votez pour ou contre Mastricht ", par exemple. Mais qui a fait Mastricht ? ce n'est pas nous. Il y a la merveilleuse phrase d'Aristote répondant à la question "qui est citoyen ? Est citoyen quelqu'un qui est capable de gouverner et d'être gouverné". Y a-t-il quarante millions de citoyens en France en ce moment ? Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise préciséement à leur désapprendre à gouverner. Elle vise à les convaincre qu'il y a des experts auxquels il faut confier les affaires. Il y a donc une contre éducation politique. Alors les que gens devraient s'habituer a exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s'habituent à suivre des options que d'autres leur représentent ou à voter pour elles. Et comme les gens sont loin d'être idiots, le résultat, c'est qu'ils croient de moins en moins et qu'ils deviennent cyniques dans une sorte d'apathie politique." (Cornélius Castoriadis 1996)
-__
À l'épreuve du politique: Claude Lefort
_______________________
La démocratie selon Eric Naulleau
 Tirage au sort et démocratie délibérative 
-Condorcet et la représentativité

vendredi 3 juin 2011

Après l'homme

Fantaisie onirico-futuriste

Il était une fois demain..

Quand Chris Morin nous fait rêver
_Un monde paisible et enchanteur, à la Henri Rousseau.
Invitant à la séré
nité et à la modestie

__« Puis tout se calme. Il n'y a plus que des herbes agitées par le vent. Le triomphe de la végétation est total. » (Houellebecq)

_______La question de
s origines et des fins travaille l'humanité sans doute depuis l'origine de la pensée.
Faute de po
uvoir la représenter rationnellement , les hommes se sont plus à imaginer le monde qui les avait précédés et à anticiper celui qui les suivrait, selon leur culture, leurs croyances du moment.
Les mythes d'origine abondent et varient selon les sociétés.
Les représentations
liées au devenir de la terre après la disparition de l'humanité (qui finira bien par arriver, même si on ne sait quand et dans quelles conditions) sont moins courantes.
Mettons à part
le catastrophisme dont un certain cinéma américain est friand, jouant sur la fascination morbide du désastre, il n'est pas difficile d'imaginer que la nature reprendra ses droits, comme on dit, tout simplement, suivant les déterminismes connus.
Comme on le voit sur la zône de Tchernobyl, certains quartiers de Détroit, comme au Cambodge (Angkor), au Mexique... ou dans toutes les parties du monde désertées par l'homme depuis plus ou moins longtemps.
__C.Morin s'est amusé
à anticiper, à imaginer ce qui se passera quand l'homme aura disparu.
Avec talent et jubilation.

jeudi 2 juin 2011

Europe: effets Fukushima

Après Fukushima, un tournant?..

Il y a bien un avant et un après.
Quel sera cet après?

________________Hypothèses, questions et incertitudes__

__Au Japon, rien ne se passe comme "prévu" (?) et (officiellement ) annoncé par Tepco et le gouvernement, au fur et à mesure que des langues continuent à se délier.
Fukushima n'a sans doute pas encore révélé toute sa capacité de nuisance...
Le moins que l'on puise dire est que le dossier Fukushima n'a pas été géré de manière exemplaire depuis le début de la catastrophe sismique

Des risques "sous-estimés" selon l'euphémisme de la toujours trop prudente AIEA.
Un désastre longtemps nié, dont on est loin de mesurer l'ampleur.

Un démantèlement qui s'annonce comme très long et
ruineux.
Tous les jours, on apprend des
nouvelles sur cette catastrophe rampante.
Le dossier est très lourd. De nombreuses incertitudes demeurent. La polémique continue.
-70 000 personnes sont trop exposées à la radioactivité.

______________
_Premiers effets Fukushima en Europe:
______L'Allemagne débranche le nucléaire en 2022
Le débat sur l'énergie nucléaire civile est engagé depuis longtemps, mais connaît maintenant une accélérati
on et une tournure vive.
La sortie du nucléaire civil divise les pays et, à l'intérieur des pays, diverses tendances. L'Allemagne elle-même a connu des tensions sur ce sujet, jusqu'à 2009.
L'Italie renonce à l'a
venture du nucléaire civil et va organiser un référendum .
La Suisse va démanteler progressivement ses centrales
__La décision de l'Allemagne , assez ambigüe jusqu'ici, qui se déclare " mûre pour sortir du nucléaire", réveille en France clivages et débats. Elle provoque espoir et inquiétudes et on lui reproche de n'êtr
e pas dépourvue d'opportunisme. Le choix de Merkel de sortir du nucléaire installe les Verts au centre du jeu .
__La France dit ne pas
vouloir changer de cap, malgré les risques possibles...
Mais le
PS et les Verts se
proposent de modifier progressivement le cours des choses.
Jusqu'où ira la controverse entre les deux pays, dont l'un accuse l'autre de "décision politique" , comme si un telle décision n'était pas "politique"?...et non purement technique. Un choix de société qui engage l'avenir, tout simplement.
Il est vrai que la France n'est pas l'Allemagne
: "En France, près de 80% de l'électricité est d'origine nucléaire. En Allemagne, seul 22% de l'électricité vient de l'atome. Il est donc beaucoup plus facile pour l'Allemagne de quitter le nucléaire que pour la France. En moyenne les plans de sortie du nucléaire les plus optimistes dans l'Hexagone comptent sur un minimum de 20-25 ans, tandis que l'Allemagne vient de scénariser une sortie sur 10 ans. Le temps que le pays parvienne à ses objectifs en éolien et en solaire, il devra néanmoins approvisionner la population en électricité. Pour ce faire, l'Allemagne sera donc obligée soit de consommer plus de charbon - fortement émetteur de gaz à effet de serre- soit d'importer d'avantage de gaz russe, soit de faire venir plus d'électricité française, d'origine nucléaire ! Et cela pour un temps indéterminé."
Comment Berlin va-t-il réaliser son pari sans tomber dans des contradictions manifestes?
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Eléments pour un débat:
________________________L'épisode Fukushima relance aussi les débats de fond sur le sens et les risques de la technologie nucléaire civile ainsi que sur l'avenir énergétique de nos pays industriels, à l'heure où le pic pétrolier est sans doute atteint ou dépassé et à la lumière de certaines évolutions climatiques, souvent difficiles à interpréter.

___Les
idées reçues sur le nucléaire sont nombreuses, selon certains spécialistes.
Dans: "« Nucléaire : le déclin de l'empire français » (voir ici), le nouveau numéro des Cahiers de Global chance, la revue de l'économiste et ingénieur Benjamin Dessus et du physicien Bernard Laponche, conçu et réalisé avant l'accident de Fukushima. _Experts en énergie, ils dénoncent depuis plusieurs décennies les failles de l'énergie nucléaire et le discours dominant qui les occulte. Dans le nouveau numéro de leur revue, ils passent au crible l'ensemble du système français : son modèle industriel sous tension, son manque de sécurité, son mauvais bilan énergétique, ses problèmes de démantèlement et de déchets... C'est un réquisitoire factuel, précis, chiffré. « On s'est pris un mur de béton pendant si longtemps, avec face à nous l'appareil d'Etat, les corps, EDF... ça représente une puissance énorme », soupire Bernard Laponche, inquiet de ce que l'actuelle catastrophe japonaise n'ébranle pas la croyance hexagonale collective en la supériorité du nucléaire sur les autres sources d'énergie. Mais « est-ce qu'on accepte collectivement que tous les quinze ou vingt ans se produise un accident grave ? Non, je ne crois pas », poursuit-il... (lire directement le contenu passionnant, voir ici).."

__Selon Mycle Schneider: «L'énergie nucléaire n'a plus de perspective», affirmant notamment, de manière plutôt optimiste, que :" Le choix d'Angela Merkel s'appuie sur un texte, le rapport de la Commission éthique pour l'approvisionnement énergétique sûr, qui analyse la situation énergétique et propose un ensemble de mesures cohérentes pour remplacer le nucléaire. Ce rapport a été demandé par le gouvernement, et la commission est présidée par Klaus Töpfer, ancien ministre de l'environnement, qui a aussi été directeur du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). La commission Töpfer estime que sortir du nucléaire en dix ans n'est pas un problème et qu'il serait même souhaitable d'aller encore plus vite !_Selon le rapport, des changements systémiques profonds s'imposent dans la manière de gérer l'énergie. Et Töpfer défend l'idée intéressante que la sortie du nucléaire peut être un «booster de croissance». La campagne pour les élections législatives allemande de 2013 pourrait tourner autour de la question « qui sortira le plus vite du nucléaire?... »
Mais est-il possible d'atteindre
80%, 50% ou 30% d'énergies renouvelables en 2050 ?

_L'énergie nucléaire serait la plus chère , si l'on tient compte de tous les coûts, de la construction des centrales aux démantèlements et à l'enfouissement contrôlé (voir Bure)

_L'UE réglemente les bananes, mais pas le le nucléaire. Chaque pays fait à peu près ce qu'il veut en ce domaine, dans la plus grande l'opacité.

__L'avenir du nucléaire ne serait pas qu'un problème technique. De sa conservation ou de son abandon dépendrait en partie l'avenir de l’humanité .
__Le nucléaire ne représenterait-il pas l'expression la plus forte et la plus périlleuse d'une sorte d' "extase technologique" propre à l'humanité en cette période historique, où la relative maîtrise des moyens finit par supplanter la considération des fins, où nos modes de vie et nos rapports avec la nature demandent des changements profonds pour un avenir viable?
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Corinne Lepage : La vérité sur le nucléaire
-La droite allemande pour la sortie du nucléaire
-Comment l'Allemagne va sortir du nucléaire: le détail du plan
-L'avis d'un spécialiste

mercredi 1 juin 2011

Silence! on transpose...


Une réforme (maintenant) silencieuse

_Bolkestein revient, furtivement...vers la loi du marché appliquée à tous les services, même sociaux

_Après les vifs débats de 2004-2005, une sourdine fut mise sur les mesures préconisées par la directive Bolkestein: trop tôt, trop de vagues, trop de résistances...
Mais elle revient , subrepticement, sans tapage, pour ne pas ne pas provoquer de rejet
(1)
"La version actuelle de la directive, principal outil de mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne, consacre le principe de « libre prestation de services », une des dispositions du traité de Rome, et le champ d’application concerne bien les services publics, du moins les « services d’intérêt économique général » (SIEG), c’est-à-dire les transports, les services postaux, l’approvisionnement en eau, l’électricité, le traitement des déchets, etc. Auxquels il faut ajouter les services aux entreprises, les services fournis à la fois aux entreprises et aux consommateurs."

______
"Ce texte s'inscrit dans le processus de réformes économiques lancé par le Conseil européen de Lisbonne en 2000 pour faire de l'Union européenne l'économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde à l'horizon 2010. En effet, malgré la libéralisation du marché intérieur des marchandises, l'Union connaît un retard très important dans la mise en place d'un véritable marché intérieur des services, qui représente pourtant 53,6% du PIB de l'Union (hors administrations publiques et services sociaux) et 70% des emplois, mais seulement 20% des échanges intra-communautaires. La directive finalise ainsi le processus de mise en place d'un grand marché européen dans lequel circulent librement les personnes, les biens, les capitaux et les services"
_Une transposition à petits pas, mais un casse-tête , alors que l'harmonisation n'est pas réalisée
"La directive de libéralisation des services, dite Bolkestein, du nom de son créateur, est en cours de transposition en France. Sans bruit ni volonté gouvernementale de mettre en débat cette étape importante...
La directive Bolkestein est donc de retour. Ni morte, ni enterrée, comme on a pu l’entendre en 2005 de la part de Jacques Chirac encore président de la République. Elle est même d’une brûlante actualité : une courte passe d’armes entre la Confédération européenne des syndicats (CES) et la présidence suédoise de l’Union européenne, passée inaperçue en France, eut lieu le 23 septembre, la veille du Conseil européen sur la compétitivité. La présidence suédoise y a déclaré que
« la directive sur les services peut permettre à l’Europe de sortir plus rapidement de la crise économique. » Ce à quoi la CES a immédiatement rétorqué : « La Présidence semble de plus en plus coupée de la réalité de la pire crise économique depuis la Grande Dépression […]. Si vous souhaitez lutter contre la crise, vous devez investir dans un vaste plan de relance européen et mettre fin à la domination des principes de marché à court terme », ainsi qu’aux « obsessions idéologiques » de la directive sur les services...
Cette charge inhabituelle de la part de la CES met en évidence l’étape cruciale actuellement en cours, particulièrement en France. Dans le plus grand silence. Rien ne filtre des négociations secteur par secteur, ou peu de choses. L’étonnant mutisme gouvernemental est expliqué dans un rapport sur l’état de la transposition de la directive sur les services, présenté le 17 juin par le sénateur UMP Jean Bizet, quelques jours après les élections européennes. On y apprend que le gouvernement a abandonné l’idée d’un projet de loi-cadre pour transposer la directive services, en raison « des considérations politiques tenant à la forte sensibilité des implications de la “directive services”, sur les professions réglementées par exemple. Une loi-cadre de transposition pourrait en effet servir d’“épouvantail” à tous ceux qui seraient tentés d’instrumentaliser un exercice essentiellement technique à des fins électorales. Elle ne doit pas constituer un prétexte à la “cristallisation” des mécontentements de tous ordres, d’autant plus nombreux en période de crise »... La directive sur les services inclut les services fournis aux entreprises et aux consommateurs, et surtout les services publics, nommés par la Commission « services d’intérêt économique général » (transports, services postaux, approvisionnement en eau, électricité, traitement des déchets, etc.)... L’exclusion des services de santé et des services sociaux (SSIG, selon la terminologie communautaire) n’est que provisoire.
« Il n’est pas inenvisageable que certains secteurs aujourd’hui exclus du champ de la directive y soient réintégrés à l’avenir, à la demande des professionnels eux-mêmes », prévient le rapport Bizet. Car les règles du jeu fixées par la directive sur les services peuvent changer en cours de route : 2010, première année d’application, sera l’occasion de procéder à d’éventuels « ajustements ». Surtout, le 28 décembre 2011, et par la suite tous les trois ans, la Commission présentera un rapport sur l’application de la directive, « accompagné, le cas échéant, de propositions de modifications et de mesures supplémentaires concernant les questions exclues du champ d’application de la directive »..."

________________C'est la notion même de service public qui est en question. L'objectif à terme est la PRIVATISATION TOTALE DES SERVICES PUBLICS.
Un
marché de dupe, car finalement la concurrence coûte cher et devient souvent absurde.
Le culte de la performance , calquée sur le monde de l'entreprise, dénature le sens du service public.
La
République low cost est en route. EDF est sur la voie de la privatisation. La santé sera-t-elle bientôt un luxe?
________________

(1)"Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangeureux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement.
Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu'on évite un mécontentement général de la population."

Cahier de politique économique" n°13 de l'OCDE