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lundi 9 août 2010

Frontières du moi

Enigme de l'identité




___ L'homme, unique et divers





_Les progrès de la recherche microbiologique nous confrontent de plus en plus à une complexité que naguère encore nous ne soupçonnions pas et à des questions paradoxales, qui élargissent notre notion du vivant et notamment la notion d'identité (biologique): nous sommes à la fois permanents dans le temps et sans cesse en transformation interne, de manière à la fois déterminée ET aléatoire, le vieillissement repérable extérieurement n'étant qu'un épiphénomène.
Cela étonnait déjà certains philosophes de l'Antiquité

"...Cette exploration de cette part de l'identité de l'individu qui traverse le temps interroge la philosophie autant que la biologie, car la définition même de l'individu ne va pas de soi. C'est même, observe Thomas Pradeu, «un des problèmes les plus débattus de la philosophie de la biologie contemporaine».L'individu, un problème? Voilà qui est pour le moins contre-intuitif. Ne savons-nous pas, comme le soutenait déjà Aristote qui prenait l'exemple du cheval, qu'un individu biologique est un organisme, cas particulier d'une espèce, que l'on peut délimiter par des frontières, et qui est unique? Les choses sont bien plus complexes.Un être humain, qui ne peut vivre sans les millions de milliards de bactéries qui peuplent son corps, est-il un individu? Ne faut-il pas plutôt considérer l'écosystème que son corps forme avec ces bactéries comme le véritable individu? Le vertige identitaire s'accroît encore lorsque l'on considère l'ensemble du vivant..."(JJ.Kupiec)
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Pistes...:

«J'ai une barque faite de planches et les planches s'usent une par une. Au bout d'un certain temps, toutes les planches ont été changées. Est-ce la même barque?»
interrogeait l'oracle de Delphes. Depuis deux millénaires, la question passionne les philosophes. Ce qui reste identique lorsque tout change, est-ce l'âme, la conscience, l'esprit? Quelle est la nature de l'ipséité, selon le néologisme forgé par le philosophe Paul Ricœur dans Soi comme un autre (Le Seuil, 1990) pour désigner cette identité de l'individu qui traverse le temps de sa vie. Ces vieilles questions taraudent à présent les biologistes. Alors que les molécules et les cellules qui composent notre corps ne cessent, comme les planches de la barque de Delphes, de se renouveler, qu'est-ce qui fait que nous restons nous-mêmes? ...
«On a longtemps pensé que la disparition de nos cellules –comme notre propre disparition, en tant qu'individu– ne pouvait résulter que d'accidents et de destructions, d'une incapacité fondamentale à résister à l'usure, au passage du temps et aux agressions permanentes de l'environnement. Mais nous savons aujourd'hui que la réalité est de nature plus complexe. Une vision radicalement nouvelle de la mort s'est révélée comme un mystère au cœur du vivant»
, explique le biologiste Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie à l'université Paris 7....
__[La mort est vraiment au principe même du vivant]
________________________________________...Loin d'être pathologique, ce suicide cellulaire est partie intégrante du fonctionnement normal d'un organisme, dès les toutes premières étapes du développement. L'apoptose contribue ainsi àconférer sa forme au corps. A l'âge de trois mois, le fœtus a par exemple les doigts réunis entre eux. C'est la mort cellulaire qui, «sculptant le vivant, comme pour dégager un gant d'une moufle», selon l'expression d'Ameisen, va permettre l'individuation de chacun des doigts.Le phénomène est encore plus massif dans le système immunitaire et le cerveau. Quelque 99% des lymphocytes produits sont ainsi éliminés dans le thymus, au cours de la vie embryonnaire et il en va de même d'une bonne moitié des neurones. Chez l'adulte encore, la mort cellulaire participe au bon fonctionnement du corps. Le remodèlement, tout au long du cycle menstruel, de la paroi utérine, est ainsi permis par l'apoptose des cellules qui le constituent. Autre exemple: l'érythropoïétine, plus connue sous le nom d'EPO depuis de retentissants scandales de dopage dans le cyclisme, stimule la production de globules rouges en inhibant leur mort programmée. Le corps génère ainsi en permanence un excès de cellules, dont la plupart sont vouées à la disparition. «L'identité d'un individu ne peut se comprendre sans prendre en compte tout ce qui a disparu dans un corps en reconstruction permanente», souligne Ameisen...
__
Les biologistes rechignent à abandonner une théorie qui a été hégémonique pendant des décennies et qui reprend, comme le souligne le philosophe des sciences Thomas Pradeu de l'université Paris 4, «des idées philosophiques remontant au XVIIIe siècle, comme le préformationnisme qui soutient que l'œuf contient déjà tout l'individu à venir»...
_Jean-Jacques Kupiec, [qui] défend depuis 25 ans une théorie alternative au programme génétique rencontre de plus en plus d'écho. Kupiec s'efforce de tirer les conséquences théoriques de la découverte que le hasard est au cœur du fonctionnement cellulaire. Pour lui, chaque cellule fluctue de manière aléatoire entre différents états d'expression de ses gènes en fonction des interactions qu'elle établit avec ses voisines. Seules celles qui sont le mieux adaptées à cet environnement cellulaire survivent. «Ma théorie, mélange de hasard et de sélection, est conceptuellement analogue à celle de Darwin, à la différence près qu'elle s'applique au milieu intérieur d'un organisme. L'échelle à laquelle s'opère la sélection n'est donc plus l'individu mais la cellule», explique le chercheur
...
Si l'on adopte la perspective du darwinisme cellulaire, il est en revanche logique que les fluctuations aléatoires de l'expression des gènes au sein d'une cellule conduisent à de nombreuses aberrations rendant la cellule non viable et entraînant sa mort. C'est aussi ce qui expliquerait que les trois quarts des embryons meurent dans les premiers jours suivant leur nidation dans la paroi utérine. Ces avortements spontanés et invisibles résulteraient de configurations impropres d'expression génétique nées du hasard et rendant les embryons non viables.
Mais si l'organisme se développe, puis fonctionne, de manière aléatoire, qu'est-ce qui rend compte de sa permanence? Une première réponse à cette question se trouve dans le cerveau. Ce n'est pas par hasard que les cellules nerveuses soient, des quelque 200 types cellulaires du corps humain, un des rares à ne plus se diviser. Contrairement à ce que l'on croyait il y a encore 15 ans, de nouveaux neurones peuvent bel et bien être formés chez l'adulte, même s'ils sont quantitativement peu nombreux. En revanche, les neurones formés lors de la vie embryonnaire ne peuvent plus, une fois intégrés dans les circuits cérébraux, se diviser. C'est donc dans le cerveau qu'il faut chercher l'explication de la permanence de la conscience de soi traversant les années. Mais force est de reconnaître qu'il existe à peu près autant de théories de la conscience que de chercheurs travaillant dans ce domaine. Le seul véritable acquis est l'idée que la mémoire fait appel au renforcement de certaines connexions au sein de réseaux neuronaux existant ou à la formation de nouvelles connexions. «De même que le système immunitaire ne cesse de changer au cours de la vie, en fonction du milieu dans lequel évolue l'individu, son système nerveux ne cesse de se remodeler. C'est ce changement permanent d'identité qui assure la mémoire des expériences passées. Si le corps peut se souvenir, c'est parce qu'il est devenu autre»...
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[Voir:Plaidoyer pour un darwinisme cellulaire]
____[L'origine des individus]
... La véritable échelle de temps pour penser ce phénomène est celle des centaines de millions d'années de l'évolution, qui voient sans fin apparaître nouveaux individus et nouvelles espèces en un même processus..."
___-_Identité biologique : gènes génomes et environnement__________

-Merci à Mediapart , à N.Chevassus et S.Dufeau

dimanche 8 août 2010

Petites lueurs au M.O.

Baliser le terrain de la paix...



-Au coeur d'une situation de blocage, de durcissement et de peur, qui fait de plus en plus désespérer d'une paix prochaine, deux initiatives, _après celle de JCall_, certes limitées et symboliques, mais portant l'espoir d'un possible rapprochement futur, par le biais de deux micro initiatives : l'action sportive et l'expression musicale. Quand la situation est si préoccupante, on se raccroche à quelques signes, pour ne pas être trop déprimé.
En fait, des échanges de toutes natures, souvent discrets et inaudibles, n'ont jamais cessé
entre les plus modérés des deux parties.



__-Créer un orchestre symphonique israëlo-palestinien: Daniel Barenboïm l'a fait , malgré tous les obstacles, les oppositions, venant surtout de sa propre communauté.
____"La formation musicale, le West-Eastern Divan Orchestra constitue l’accord parfait, la réunion musicale et artistique entre deux pays qui se refusent, depuis plusieurs années, à la paix.Avec cette farouche volonté de défendre la musique allemande et de s’opposer à la colonisation de la Cisjordanie, cet Israélien d’origine argentine, s’attire la haine des intégristes juifs. D’ailleurs, les déclarations des ultra-orthodoxes du parti Shass n’ont pas manqué lors de son attribution du passeport palestinien...."
-Daniel Barenboïm: ''La culture permet de mieux se comprendre''-
-Interview de Daniel Barenboim - ARTE
-Daniel Barenboïm parle..

-L’Orchestre national palestinien, avant l’Etat

__-Associer des jeunes des deux camps pour accomplir un projet commun de collaboration et de dépassement dans l'effort conjugué vers le sommet du Mont-Blanc, une association l'a réalisé avec succès.
____________"Nous avons prouvé que l'on pouvait relever un défi en construisant un groupe solide, même quand ce challenge est aussi haut que le Mont-Blanc"...
"Au départ nous étions des étrangers les uns pour les autres, mais aujourd'hui nous sommes de vrais amis", relate de son côté l'étudiant palestinien Nadim Zubidat.
"Avec cette expédition, nous n'avons pas essayé de résoudre le conflit israélo-palestinien. Nous avons voulu montrer que quel que soit le côté où l'on se trouve, il est important de se regarder différemment. Si nous avons pu le faire, d'autres pourront nous emboîter le pas", a-t-il ajouté.
"L'expérience vécue lors de cette escalade par des gens qui n'ont pas l'habitude de la haute montagne et du froid est inoubliable, et source de grands espoirs. Il faut se parler, dialoguer et entreprendre des projets concrets", a souligné Massimo Sandri, président de l'association Coexistences.
A l'issue de leur exploit, les participants se sont engagés à présenter leur expérience dans des écoles juives et arabes en Israël." (AFP)
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-Un conflit si simple à résoudre?...-
........Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres
-Le risque suicidaire de l'isolement
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-Article repris sur Agoravox

samedi 7 août 2010

Sécurité d'abord ?


Le tout-sécuritaire: une dérive et un mythe

Un retour aux années 30 ?


«On va faire que ces quartiers puissent vivre, que les gens qui travaillent et qui se lèvent tôt le matin puissent vivre sans avoir la vie empoisonnée par les voyous, les trafiquants
Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, 25 octobre 2005.

«Aucune commune, aucun quartier, aucun hall d'immeuble de Seine-Saint-Denis n'échappera à l'autorité de la loi.»
Nicolas Sarkozy, président de la République, 20 avril 2010
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_______Que la sécurité des personnes soit une condition nécessaire à l'expression de certaines libertés fondamentales, voilà qui ne fait pas problème, même si l'équilibre entre les deux exigences est toujours difficile à construire et si la notion de sécurité absolue relève du fantasme.
["Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'un ni l'autre et finit par perdre les deux » écrivait le troisième président des États-Unis d'Amérique Thomas Jefferson (1743–1826). Cette réflexion sur la nature de la relation qu'entretiennent ces deux valeurs fondatrices de la République française reflète toute la complexité de l'action étatique pour assumer son rôle principal : garantir les libertés fondamentales des citoyens tout en assurant leur sécurité].
_Qu'il existe de nouvelles formes d'insécurité parfois inquiétantes dans certains secteurs du paysage urbain français semble indiscutable. Qu'il faille prendre les moyens adéquats pour en comprendre les causes, la contenir, la sanctionner et la faire régresser ne peut être contesté.
____________Le problème est dans la manière de jauger et d'analyser ces nouvelles (ou anciennes) formes de délinquance, de la mesurer, d'en donner une image publique adéquate, de fournir les moyens adaptés, efficaces et mesurés pour la réprimer et surtout en comprendre les causes, pour privilégier les mesures de prévention, sans l'instrumentaliser, sans en faire un enjeu politico-électoral, sans entretenir la xénophobie ,les confusions démagogiques(en cultivant l'équation étranger=délinquant, par exemple), sans jouer sur des peurs malsaines et amplifiées à l'usage des populations fragilisées par l'insécurité sociale, sans en faire l'alibi d'une absence de politique économique cohérente et efficace.
___________________Nous sommes dans une période où des dérapages graves peuvent se produire du fait de la montée du chômage, renforcée par la crise présente,de la cristallisation de tous les problèmes existant depuis une trentaine d'année-dans certaines banlieues notamment-, des ruptures de liens sociaux (J.Généreux). Du fait aussi de l'absence de solutions réelles, malgré les promesses, et des mesures à dominante ultra-sécuritaire, purement réactionnelles (réactionnaires?) et spectaculaires, ultra-médiatisées, propres à susciter l'inquiétude dans de larges couches de la population. L'absence de politique urbaine suivie, le retrait d'une police de proximité, le traitement ponctuels des effets et non des causes,l'abandon de certains secteurs laissés à leurs dérives,etc...ont produit des effets prévisibles.
_______________Notre Président, Place Beauvau, avait déjà préparé le terrain par sa politique du Karcher, qui avait fait grand bruit et préparé les esprits. Confronté, à l'approche d'élections décisives, à une impopularité rare, cherchant à mordre sur l'électorat du FN, qu'il avait habilement annexé, mais qui reprend ses marques, à des échecs économiques révélant une quasi-impuissance face à la crise et à ses conséquences, il joue de nouveau sur ce thème, surfant sur la vague d'affaires crapuleuses récentes.
On est en droit de s'interroger sur l'accent quasi-exclusif mis sur l'insécurité, ultra-dramatisée et médiatisée, qui produit quelques "sondages" (toujours ambigüs) provisoirement encourageants pour le pouvoir, mais qui risquent de se retourner contre son instigateur. Même
certains organes de la presse internationale soulignent parfois l'excès et le risque d'un discours qui s'enferme dans le tout-sécuritaire , les confusions et les manipulations entretenues (qui suscite même un "malaise" chez certains membres de l'UMP et du Centre), l'échec programmée d'actions coups-de-poing, qui n'ont pour effet que de déplacer les problèmes (comme pour l' affaire des roms) et d'exacerber les tensions sociales, dressant des catégories sociales les unes contre les autres
______"
La France n'a pas d'équivalent au 14e amendement [de la Constitution des Etats-Unis, qui garantit l'égalité entre les citoyens, ndlr], mais le président français, Nicolas Sarkozy, qui aime se faire appeler “Sarko l'Américain”, est en train d'alimenter des sentiments anti-immigrés dangereux pour des gains politiques à court terme. »(Après avoir fait la liste des annonces concernant la déchéance de nationalité française, la fin de l'automaticité de la nationalité française pour les jeunes délinquants d'origine étrangère, ou les mesures anti-Roms, des derniers jours, l'éditorialiste du New-York Times conclut :)« Tout cela dans un pays qui a longtemps défendu le principe que tous les citoyens français -qu'ils soient nés dans le pays ou naturalisés- ont droit au même traitement face à la loi. Cela s'applique au père, né hongrois, de M. Sarkozy, ou à sa femme née italienne, et qui ont été naturalisés français, et devrait s'appliquer à n'importe qui d'autre.Mais taper sur les immigrants est populaire parmi les électeurs non-immigrés, et M. Sarkozy n'a jamais hésité à le faire. Il a bâti sa campagne présidentielle de 2007 sur son bilan sévère (et ses paroles incendiaires) en tant que ministre de l'Intérieur.Au début de l'année, il a mené une campagne porteuse de division sur le thème de l'identité nationale, parce qu'il voulait marginaliser le Front national d'extrême droite anti-immigrés aux élections régionales. Ça n'a pas marché.Aujourd'hui, alors que sa popularité est au plus bas, et que le Front national remonte avec des dirigeants plus jeunes, il va encore plus loin, inquiétant même la droite classique qui partage les valeurs des droits de l'homme et de l'égalité entre les citoyens.Ils ont raison d'être inquiets, et il a tort, de manière irresponsable, d'ignorer leurs conseils de prudence. »
...La recherche à tout prix d'un "ordre" (largement fictif) risque de finir par de plus grands désordres.
La focale, dirigée sur des faits divers bien mis en scène, a pour vertu de faire (un peu?) oublier les désordres économico-financiers qui condamnent les Etats à l'impuissance et à l'abandon de l'intérêt général et l'indignation suscitée par des "affaires" où des responsables politiques, et non des moindres, semblent scandaleusement compromis.
Un voile commode, mais fragile et contre-performant...
En tous cas, pour le moins, un bilan difficile à lire et une présidence inaudible pour le commun des mortels
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-Nationalité: le grand flou juridique
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La déchéance de la nationalité est une habileté tacticienne, mais un danger pour la République
-Comment Nicolas Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite
-Sarkozy cherche un rebond à son extrême droite
-Patrick Weil: «Les déchéances de nationalité rappellent les guerres du XXe siècle»
-
Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite
-La première des insécurités, ça reste le chômage !


vendredi 6 août 2010

Au diable le démon !

Où est passé Lucifer?

-Une histoire de Satan

«Le diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu.»(Freud)

« L’enfer est dans la vie, là où vivent les sots. » (Lucrèce)

-


Les métamorphoses du démon




__L'ancienne génération a encore en mémoire certaines images, parfois angoissantes, traces laissées par des années de catéchisme et des siècles de conditionnement religieux: celles du démon , censé représenter toutes les formes du mal , en lutte contre celles du bien, expression de la volonté divine.
Le Diable et le Bon Dieu: deux principes antagonistes qui se partageaient le monde, les coeurs, la prime du pouvoir étant l'apanage du dernier, le premier, "ange déchu", prince de l'enfer, des ténèbres, cherchant à piéger les âmes, à se mettre en travers de leur chemin (sens de "diabolos", signifiant obstacle en grec) et les entraîner vers leur propre perte. L'un permettant paradoxalement de valoriser l'autre, de renforcer son image de toute-puissance, le triomphe du Bien étant toujours possible. ___"Belzébuth était bien utile pour expliquer le Mal. Quand on croyait en un Dieu bon, inventé par les hommes, il fallait bien avoir recours aux démons pour rendre crédible et expliquer toutes les horreurs de l’humanité. Alors, on aurait inventé Satan, avec l’enfer pour les mécréants. "___
__-Ces représentations , dans le contexte de peur en Occident, d'hypermoralisme, d'une religion qui investissaient presque tous les aspects de la vie, toute effrayantes qu'elles fussent, permettaient en même temps de donner du
sens à certains aspects de l'existence, ceux qui étaient les plus mal compris, donc les moins rassurants: toutes les formes du "mal", aussi bien physiques (phénomènes naturels traumatisants: catastrophes naturelles, épidémies...) que morales (violences, débordements du corps, la sexualité étant particulièrement vécue comme l'expression du "péché" par excellence, du fait de la suspicion et de l'opprobre qui dominait à son égard).
___Par l'action supposée du diable , l'homme pouvait trouver à la fois une "explication" et un "soulagement": il avait des clés pour comprendre tout ce qui lui échappait et l'inquiétait, à l'extérieur comme à l'intérieur de lui-même. Dans ce contexte, la vie était vécue sous le signe de la lutte entre deux puissances plus ou moins antagonistes et la perspective de deux aboutissements possibles: le paradis ou l'enfer (le purgatoire, échappatoire possible à l'enfer ayant été inventé assez tardivement), la liberté ne jouant qu'un rôle mineur.
Ce schéma est propre au christianisme depuis les premiers siècles, les "Pères de l'Eglise", même s'il a connu des variantes multiples avec l'histoire de l'Eglise et de la théologie,contribuant au contrôle des esprits, à l'instrumentalisation de la culpabilité, dans
l'univers morbide de la faute.
__Depuis la Renaissance, avec le développement de l'humanisme, puis de la pensée scientifique, le démon perd de son influence, devient aussi plus intériorisé. Les peurs ancestrales se sont effacées avec les progrès de la connaissance, des techniques, de la médecine notamment. La psychanalyse a mis en évidence le rapport entre certaines pulsions et les croyances en leur source satanique, l'origine infantile de la culpabilité et des croyances religieuses.
Aujourd'hui, l'Eglise a bien du mal à le faire admettre comme ayant une existence fondée, elle ne s'y réfère plus ou si peu et condamne même toutes les formes de cultes ésotériques qui s'en réclament encore, même si elle tolère encore la pratique de l'exorcisme. La sorcellerie relève maintenant du folklore.
Le diable a donc réussi à se faire oublier...Où est passé Satan ?
Un fantasme comme un autre, mais dont la force a été conférée par la puissance des croyances collectives, consacrées par des institutions qui s'imposaient sans contestation ni doute

Mais le diable (ou ses expressions mentales) a une histoire , ses figures et ses fonctions changent avec les lieux, les cultures, les époques. Il n'a pas toujours été personnalisé, il n'a pas eu tout le temps des aspects anthropomorphiques ou zoomorphiques. L'univers du monde diabolique est d'une richesse étonnante, témoignant de la variété des peurs humaines dans des contextes différents et de puissance de son imaginaire stimulé par l'ignorance et la crainte (Spinoza). La démonologie nous apprend beaucoup sur l'homme, du point de vue anthropologique.Les textes , la littérature, l'art en général en témoignent abondamment.
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Article repris dans Agoravox

jeudi 5 août 2010

Nuit du 4 Août

I had a Dream last Night...

Mais il ne s'est rien passé
__________ce qui explique un réveil un peu difficile...



__Ayant entendu J.F.Copé évoquer "une atmosphère de nuit du 4 Août", à propos des dernières manifestations et des rumeurs circulant concernant les "affaires" récentes, qui ébranlent le Château, on pouvait croire qu'il faisait allusion à la nécessité de prochains et radicaux changements , une sorte de révolution, analogue à ceux qui caractérisèrent cette fameuse nuit où furent abolis les privilèges de l'Ancien Régime (même s'ils demeurèrent en fait encore bien présents jusqu'au 19° siècle pour certains, avant que ne s'en reconstituent d'autres, de nature différente, avec le développement industriel et le triomphe de la bourgeoisie entrepreneuriale et affairiste, bien décrits par Balzac et Marx...)[_-voir décret-_]
-[Il est vrai que Mr Copé avait pris soin de souligner le caractère "malsain" de cette "atmosphère", au cas où on aurait pu le prendre pour un dangereux révolutionnaire, contestant les fastes et l'arbitraire du nouveau régime.Mais prendre des libertés avec l'histoire ne le gène pas...]

__On pouvait s'attendre à ce que notre Monarque célèbre avec faste l'événement, en passant la nuit au Fouquet's, en brillante compagnie, s'engageant à renoncer aux petits et aux grands privilèges, aux déjà anciennes et nouvelles féodalités, pour lui même et ses soutiens fortunés, s'engageant à préparer une session exceptionnelle du Congrès (Assemblée Nationale et Sénat réunis à Versailles), afin de refonder une société sur des bases plus justes, en instaurant des mécanismes économiques d'une autre nature, en supprimant les nouvelles féodalités qui se sont constituées depuis surtout une vingtaine d'années, notamment la dictature des puissances financières, qui ont colonisé le pouvoir politique, au mépris de l'intérêt général.
On ne demandait pas un acte de générosité individuelle des plus fortunés, propre à soulager leur conscience, qui ne résoud rien,comme ces
40 milliardaires qui s'engagent à donner la moitié de leur fortune...

______On attendait aussi qu'il s'engage à préparer un sommet européen concernant la résolution de ces problèmes, qui débordent les frontières de la "doulce France", et à convoquer rapidement une réunion d'un G (20 ou 30), pour faire enfin une analyse des causes profondes de la crise (prévisible) et prendre enfin des mesures concrètes concernant, entre autres problèmes de fond:
-une vraie réforme monétaire, consacrant la fin du dollar-roi, notamment
- des règles strictes concernant les super-concentrations industrielles et les pratiques des multinationales, qui dictent leurs intérêts aux Etats
- un rééquilibrage économique et politique des superpuissances, une modification en profondeur des finances mondiales, des systèmes bancaires, des finan
ces publiques, la fin réelle des paradis fiscaux, une remise en question des inégalités qui se creusent, une refonte des institutions internationales :ONU, FMI, OMC..., etc...
Bref, une "révolution"
.
________________I had a dream...
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Nuit du 4 août : I had a Dream last night... : repris dans AgoraVox

mercredi 4 août 2010

Repenser l'agriculture

Décroissance ou bien-être et démocratie


______“Les agriculteurs ont perdu leurs repères”



Pour un virage à 180°

La spéculation s'apprête à se tourner massivement vers les produits agricoles, comme il y a deux ans, tirant des profits de la famine mondiale, jouant sur la volatilité des prix.
Les producteurs _pas seulement européens_, comme les consommateurs, craignent le
disparition de certains pans de l'agriculture et une envolée des prix de première nécessité, créant de véritables pénuries, provoquant parfois des émeutes dans certains pays.
Beaucoup de pays à dominante agricole traditionnelle, déjà paupérisés par une politique agricole mondialisée, qui fait le jeu des superpuissances, craignent pour leur autosubsistance.
Que peuvent les velléités de la FAO face à la loi d'airain de l'OMC ?

C'est dans ce contexte que le concept de décroissance reprend de la vigueur, à la faveur de la montée des prix et de la crise qui rabote les revenus les plus bas, dans la perspective d'une rigueur qui ne dit pas son nom.Un concept ambigü, qui ne signifie rien pour ceux qui passent l'essentiel de leur temps à trouver de la nourriture, mais qui peut prendre un sens si on veut signifier par là une réduction à l'essentiel, au raisonnable d'une surconsommation folle, conditionnée par les transformateurs agro-alimentaires, destructrice du milieu et de la santé, qui conditionnent la logique de l'agriculture "industrielle" depuis des décennies, dominée par les exigences de certaines multinationales.
Pour une autre régulation et une
véritable souveraineté alimentaire...

__________"...La faim naît de la pauvreté des gens du Sud.Les agriculteurs du Nord sont, c'est vrai, excédentaires pour les produits de première nécessité (céréales, légumes secs, viande…). Ils pourraient donc nourrir le monde entier : il faut 200 kilos d'équivalent céréales par an pour nourrir un habitant, et la production mondiale totale est déjà de 330 kilos par habitant.Mais voilà, les gens sont pauvres, dans les pays du Sud, mais aussi en France, aux Etats-Unis, en Argentine ou au Brésil. Les 130 kilos d'excédents vont ailleurs, vers des marchés solvables, comme les usines d'aliments pour bétail. Et depuis peu, une part de cette énergie alimentaire va aussi abreuver nos voitures sous la forme de bio-carburants._____C'est donc un déséquilibre chronique… mais il concerne le système économique mondial, et pas seulement l'agriculture.Les pays du Sud sont dans une compétition totalement inégale, une course entre un coureur à pied et un pilote de Formule 1 et où celui qui est subventionné, c'est le pilote !Prenons un paysan de Casamance (Sénégal), qui repique du riz à la main :
Il cultive 0,5 hectare, avec un rendement de 1,1 tonne à l'hectare
  • Il produit 550 kilos de riz par an, quantité utilisée en partie pour les semences
  • La valeur ajoutée de son travail est donc de 0,5 tonne de riz par actif et par an
  • Un agriculteur de Camargue qui plante du riz avec son tracteur :
  • Il cultive 100 hectares, avec un rendement de 5 tonnes à l'hectare
  • Il produit 500 tonnes de riz par an, 400 servent à pauer les semences, le prix du diesel, des engrais…
  • La valeur ajoutée de son travail est donc de 100 tonnes de riz par actif et par an.Vous avez donc un rapport de 1 à 200 entre ces deux agriculteurs.A Dakar, le paysan va essayer de vendre sur le marché le peu de riz qui lui reste pour acheter des produits de première nécessité.Sur ce marché, son riz est en concurrence avec les autres riz (chinois, thaïlandais, vietnamien…) qui, tous, se vendent au même prix. Or, dans le sac de riz de Casamance, il y a 200 fois plus de travail que dans celui de Camargue. Donc, le paysan sénégalais ne pourra produire assez pour acheter ce dont il a besoin.Pire : ceux qui s'endettent, à défaut de pouvoir épargner, sont obligés, au moindre accident climatique, de vendre leur terre et de s'exiler en ville.."
Un nombre croissant de gens souffrent de l'obésité, du diabète, du cholestérol, de cancers dont l'origine pourrait être lié aux excès de ce bonheur consommateur. C'est avéré dans le cas du cancer de la prostate à cause du chlordécone utilisé aux Antilles.__Les gens ne sont plus si heureux à surconsommer un certain nombre de produits. Donc, il ne faut pas exclure de sortir de cette addiction, comme pour la cigarette.
_Pour l'agriculture, il faut un virage à 90 degrés. Les agriculteurs ne sont pas responsables de cette situation, même si certains ont crû que la vocation de la France était de nourrir la planète.__S'il y a une vocation, c'est de faire de bons produits, bons aussi pour la santé, en revenant aux principes fondamentaux de l'agronomie. Dans les urgences françaises, il faut reconstituer l'humus de nos sols, remettre de l'azote dans la terre par les légumineuses et rediversifier nos agricultures.__Quand on discute, les agriculteurs me disent : « On a fait ce qu'on nous demandait, dans un marché où le client est roi. » Je leur réponds : « C'est vrai, mais entre vous et le client, il y a l'agro-industrie et la grande distribution qui formatent le comportement des consommateurs, souvent stupide dans les supermarchés. »Les agriculteurs ont aussi souffert de l'amont : la recherche et les agronomes technocrates. « Améliorer un rendement », ce n'est pas scientifique, c'est un jugement de valeur. Le meilleur et le bien-être, ce n'est pas à l'agronome de le décider..."
(D.Servenay)
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- Le monde paysan : une vision d'avenir
-Les riches savoir-faire des paysans du Sud
-De l'agriculture familiale à l'agrobusiness
-
Les agriculteurs ont perdu leurs repères
____________
-L'Argentine, le soja et Monsanto
__-Famine mondiale : causes, remèdes ?__-Terres à vendre__-PAC en question__-Agrobusiness et subventions_ -Colère paysanne__-Lait à gogo ___-Etre sans terre


samedi 31 juillet 2010

Petites mains en colère


Bangladesh : Travailleurs du textile:
_________de l'exploitation silencieuse à la révolte violente


-On n'en parle pas ou peu...

Les ouvriers du textile manifestent, une centaine de blessés
________"Le Bangladesh augmente de 80 % le salaire minimum de quelque 2,5 millions d'employés du secteur textile, après des mois de violentes manifestations.
On reste loin des standards occidentaux, puisque
le salaire minimum mensuel passe d'environ 23 $ à 43 $.Certains syndicats d'ouvriers ont accepté cette hausse, mais d'autres la jugent décevante, puisqu'ils demandaient initialement que le salaire soit triplé à environ 70 $ par mois.Le pays était touché depuis plusieurs mois par des manifestations violentes d'ouvriers demandant un meilleur salaire. Le mois dernier, des centaines de milliers d'employés avaient forcé la fermeture de 250 usines fabriquant des vêtements pour des chaînes occidentales comme Walmart, H&M, Zara et Carrefour.L'industrie textile s'avère vitale pour l'économie du Bangladesh : elle représente 12 milliards de dollars en exportations, soit 80 % de la valeur de tous les produits exportés par le pays." Les ouvriers du textile sont donc... moins pauvres
...dans l’enfer des ateliers de misère

___"L'industrie textile au Bangladesh emploie 3,5 millions de personnes.
En juin, les exportations ont battu un record en atteignant 1,72 milliard de dollars, soit la meilleure performance réalisée en quarante ans...."


__Les délocalisations de l'industrie textile continuent pour l'essentiel vers les pays où les coûts de main d'oeuvre sont les plus bas et les conditions de travail , indécentes
Les grands distributeurs font des super-profits sur le dos de millions de femmes scandaleusement exploitées:
«Les travailleuses des usines qui fournissent ces distributeurs travaillent jusqu'à 90 heures par semaine, leurs heures supplémentaires sont souvent non rémunérées et les salaires sont si bas qu'elles ne peuvent même pas nourrir correctement leur famille. Si elles tentent de s'organiser pour faire respecter leurs droits, elles sont menacées ou renvoyées», explique Carole Crabbé, coordinatrice de la Campagne Vêtements Propres. « Par leur taille et la pression irraisonnable qu’ils exercent sur les prix, les grands distributeurs mènent la tendance mondiale au nivellement par le bas des conditions de travail ».
___________"0,2 €
, c'est ce qui revient à la couturière de Chine, d'Inde, du Bangladesh ou d'ailleurs qui a fabriqué un t-shirt vendu 20 € chez Carrefour, Cora, Aldi, Lidl, Trafic...*Et 20 cents, ce n'est pas suffisant pour se loger, se nourrir, se vêtir, aller à l'école, avoir accès aux soins de santé...Pourquoi si peu ? Parce que les grandes surfaces sont des superpuissances économiques en situation de quasi monopole. Elles concentrent un pouvoir énorme qui leur permet d'imposer leurs lois aux travailleurs du Sud et du Nord."
___Il serait temps de
repenser les délocalisations

_Les pays européens ont exprimé leur inquiétude face aux mouvements au Bangladesh, craignant pour leur approvisionnement...
Sans commentaire!...
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"Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves..."("Montesquieu : De l'esprit des lois)

vendredi 30 juillet 2010

Italie: risques de fractures

Austérité et menaces pour le sud défavorisé

Désendetter l'Etat pour endetter ses régions



"Au-delà du fossé entre Nord et Sud, l'Italie expérimente une tendance de fond, commune à une bonne partie de l'Europe, résumée par l'économiste Maurizio Franzini: «Ce plan d'austérité risque de transférer, au niveau local, la plus grande partie du problème auquel il est censé s'attaquer au niveau national...» En lieu d'une réforme structurelle, une opération de camouflage, consistant à désendetter l'Etat pour mieux endetter ses régions. Au bout du compte, l'ampleur de la dette ne s'est pas résorbée. " (L.Lamant)
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La crise met à mal les finances régionales et municipales dans les pays les plus touchés.
Les transferts du centre à la périphérie ne se font plus qu'au compte-goutte: des choix politiques parfois lourds de conséquences et de risques futurs.
Aux Etats-Unis, la Californie, dans le cadre d'une sorte de banqueroute d'Etat, est objectivement en faillite, la ville de New-York licencie un grand nombre de fonctionnaires, enseignants compris.
___En Europe, dans les pays les plus menacés, les finances locales déclinent rapidement, mettant en danger les régions les plus pauvres, sommées de se débrouiller seules
________C'est surtout visible dans l'Italie berlusconisée , dans le cadre du plan général de rigueur, où s'accentuent des fractures anciennes (l'essentiel de la pauvreté se concentre dans le sud du pays), certaines régions étant déjà piégées par des montages financiers aventureux.
Elles supportent l'essentiel des restrictions budgétaires.
La Ligue du Nord, prônant le "fédéralisme fiscal", met de l'huile sur le feu, en misant sur l'éclatement du pays.
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"...L'avalanche des plans d'austérité annoncés en Europe ne menace pas seulement la reprise de l'économie mondiale. Elle risque aussi de plomber les finances de régions déjà exsangues, qui pourraient bien ne pas s'en remettre. En Italie, l'austérité voulue par les autorités centrales condamne à la quasi-banqueroute certaines régions du sud du pays.
Rome a promis, le 25 mai, d'économiser 24 milliards d'euros en 2011 et 2012. L'objectif est de ramener le déficit public à 2,7% du Produit intérieur brut (PIB) au 1er janvier 2013, contre 5% cette année. Comme ailleurs en Europe, la fonction publique va devoir se serrer la ceinture. Les embauches sont gelées. Les salaires des hauts fonctionnaires seront réduits de 5 à 10%.
Mais ce sont les 20 régions de la Péninsule qui contribueront au plus gros de la diète: 15 milliards de coupes sont prévus dans les transferts aux collectivités locales, soit 60% de l'ensemble du plan d'austérité. «Pour beaucoup de régions, ces transferts représentent une partie gigantesque de leur budget», s'inquiète Maurizio Franzini, professeur d'économie politique à l'université Sapienza de Rome.
C'est sans doute le principal risque du plan d'austérité dévoilé par Silvio Berlusconi: aggraver un peu plus le fossé entre le Nord, riche et industriel, et le Sud, pauvre et assisté, qui plombe l'Italie. «La crise économique concerne tout le pays, mais elle va frapper bien plus fort le Sud», prévoit Alfio Mastropaolo, professeur de sciences politiques à l'université de Turin. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Mezzogiorno, qui concentre le tiers de la population, mais 16% seulement des emplois industriels du pays, est à la traîne. A l'écart de l'expansion industrielle d'après-guerre, il n'assure qu'un peu plus de 10% des exportations nationales.
______Depuis 1950, date de la création d'une Caisse pour le Mezzogiorno (dissoute en 1993, remplacée par des «agences autonomes»), Rome soutient massivement le développement du Sud. Mais ces volumes d'aide, en partie détournés à des fins clientélistes ou mafieuses au fil des ans, n'ont pas permis aux régions les plus pauvres de décoller.
Les mesures qui viennent d'être annoncées effacent en partie ces aides. Ce qui pénalise donc surtout le Mezzogiorno. D'après les chiffres de l'Institut de la statistique italienne, compilés par l'économiste Massimo Bordignon, le plan d'austérité pèsera de manière très inégale selon les régions, en matière de restrictions des dépenses publiques (hors santé), en 2012: 69 euros en moins pour un habitant de la Vénétie, au Nord, contre une perte de 182 euros dans la région de Basilicate, tout au Sud, ou encore de 103 euros dans les Pouilles.
Dès lors, deux options existent. Soit les régions les plus touchées par le plan consentent à tailler dans leurs services publics, à commencer par la gestion de la santé, dont elles ont la charge. Soit elles laissent filer leurs comptes, déjà au rouge, en pariant sur la clémence des autorités nationales.
Les dettes des collectivités ont dépassé les 100 milliards d'euros en 2009, selon la Banque d'Italie. D'après un classement de l'agence britannique CMA, relayé fin mai par le Financial Times, la Sicile pointe au neuvième rang des émetteurs de dette publique les plus susceptibles de faire banqueroute dans le monde, devant le Portugal, pourtant désigné comme l'une des prochaines bombes à retardement en Europe. Les marges de manœuvre budgétaires sont donc infimes....
_______Une banqueroute de la Sicile, ou de la Calabre? Le scénario est peu probable, relativise l'économiste Jacques Le Cacheux, de l'OFCE: «Tant que l'union politique se maintient en Italie, il n'y a aucun risque. Mais si les régions gagnent en autonomie dans les mois à venir, elles se retrouveront plus exposées au risque de défaut de paiement.» Ce ne serait pas pour déplaire à tout le monde. La Ligue du Nord, présente au sein du gouvernement Berlusconi depuis 2008, a fait du «fédéralisme fiscal» l'un de ses mots d'ordre. Le parti d'Umberto Bossi, fatigué de «payer» pour le développement du sud de l'Italie, compte bien profiter du plan d'austérité pour accélérer le mouvement vers plus d'autonomie financière au niveau des régions..." (L.Lamant)

jeudi 29 juillet 2010

Roms: histoire d'errance...

...de suspicion, de stigmatisation, de persécutions aussi



Un fait divers grave à St Aignan, amplement médiatisé, avant d'être bien élucidé, et voilà une communauté placée sur la sellette , montrée du doigt, de manière discutable ou du moins suspectée dans son ensemble, dans le plus grand amalgame , malgré les démentis successifs. De vieillies phobies sont exploitées

"...le sénateur UMP Pierre Hérisson, président de la commission nationale consultative des gens du voyage et auteur en 2008 d'un rapport sur leur stationnement, redoute que "l'accident de Saint-Aignan" ne suscite "des amalgames". Pour lui, "ce qui s'est passé à Saint-Aignan relève du droit commun. Ce n'est pas un problème lié aux gens du voyage". D'autant que le maire de Saint-Aignan, Jean-Michel Dillon (divers droite), confirme que la famille de la victime appartenait certes à la communauté des gens du voyage, mais vivait sédentarisée dans des logements "en dur" depuis deux générations..."
_____________________________________________-De l'âge d'or au rejet


__Ce qui doit relever d'un traitement policier et juridique de droit commun tend à devenir un problème sécuritaire d'ampleur nationale, à connotation ethnique (malgré les démentis officiels), qui place les "gens du voyage"en général (tous les "gens du voyage" ne sont pas roms et il existe des roms sédentaires)), dont la plupart sont français de longue date, dans une position de suspects potentiels et permanents, conformément à une ancienne rumeur concernant les "voleurs de poules" et aux fantasmes habituels qui règnent encore . Amalgames, médiatisation d'un problème qui devait rester dans les limites du droit ordinaire.
Une hyperdramatisation pour détourner les regards de certaines affaires gênantes pour le pouvoir?
___________La délinquance ,le plus souvent mineure, affecte certaines communautés roms tout autant le reste de la population, bien sûr. Là n'est pas la question. Le problème que pose la délinquance spécifique de communautés qui sont venues de certains pays de l'Est, après la chute du Mur de Berlin, est tout à fait particulier et doit être traité politiquement, à l'échelle européenne, en rapport avec les pays d'origine, largement responsables des départs.
Le démantèlement des camps (qui iront de reconstituer ailleurs) et la reconduite aux frontières sont tout à fait irréalistes et relèvent de la démagogie et du discours sécuritaire inefficace depuis des années.
L'Etat est loin d'être irréprochable vis à vis de la première minorité européenne
"Depuis l'adhésion, en 2007, de la Roumanie et de la Bulgarie, l'Union européenne compte quelque dix millions de citoyens roms. Partout indésirables, partout ostracisés, ils sont devenus, à leur insu, comme l'a reconnu la Commission européenne, «une menace pour la cohésion sociale en Europe»._ La minorité rom de Roumanie, estimée à environ deux millions d'âmes, est la plus importante d'Europe. La plus misérable aussi. La mendicité organisée, la prostitution et divers trafics (vols à la tire ou de cartes bancaires) ont permis aux réseaux criminels qui l'exploitent de prospérer. Bien qu'identifiés et localisés, ces réseaux, le plus souvent claniques, jouissent jusqu'ici d'une impunité quasi totale._Plus ou moins assimilés sous le communisme, les Roms d'Europe de l'Est ont subi de plein fouet le coût social de la transition économique dans les années 1990. L'élargissement de l'Union européenne a entraîné une prise de conscience institutionnelle sur leur condition. L'UE, la Banque mondiale, des ONG telles que la Fondation Soros ont débloqué des fonds et mené des campagnes d'information..."
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______Le terme de roms (qui signifie "hommes") recouvre des appellations, des communautés, des langues différentes, des histoires complexes, partiellement connues seulement, dont l'origine se situe en Inde, pour simplifier
Un monde très divers, condamné à l'exclusion, dans leurs sociétés d'origine (castes), à l'errance à travers des pays variés dont ils ont conservés des caractéristiques (langue , notamment)
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["Issus certainement du même peuple indo-européen, ils se sont dispersés aux environs de l’an mille à travers l’Europe en provenance du nord de l’Inde. Le type hindou et la couleur de peau évoquent les saris et les bords du Gange… La quasi certitude de cette filiation lointaine est confortée par de nombreuses similitudes entre la langue Romani, parlée par beaucoup (avec toutefois des variantes suivant les groupes… ) et le sanscrit."]
Un monde qui ne peut se fixer pour des raisons économiques et culturelles, donc qui va subir le plus souvent la suspicion ,l'exclusion, qui va devoir se spécialiser dans certains types d'activité , dont on retrouve des traces aujourd'hui. et qui ont parfois fécondé certaines contrées traversées.
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Du fait de leur culture de vie nomade et de leurs réticences ou la résistance qui est opposée à leur intégration, il y a toujours eu une grande méfiance envers les Roms. On les disait (et dit encore) traditionnellement vagabonds, voleurs, incapables d'un travail sédentaire ; ils furent et sont toujours l'objet de constantes persécutions, sous des formes plus ou moins visibles. Le nom en allemand des Roms, Zigeuner est parfois abusivement assimilé à Ziehende Gauner (voleurs voyageurs), voleurs de poules en France. Les Roms n'ayant parfois d'autre choix que d'accepter parmi eux des marginaux font alors l'objet d'amalgames....
__C'est à partir du
XVe siècle que l’état de grâce entre les tribus nomades et les populations se renverse : les villes leur ferment les portes, lassées de les entretenir. Des conflits éclatent dans les villages. Leur attitude marginale inquiète, et on les accuse de nombreux maux : maraude, vol de poules, de chevaux, et même d’enfants.
__Ils deviennent indésirables et tombent, dès la fin du
XVe siècle, sous le coup de décrets qui vont de l’expulsion pure et simple à l’exigence de sédentarisation : ce ne sont pas les Tziganes qui sont visés, mais les nomades. Les récalcitrants sont emprisonnés, mutilés, envoyés aux galères ou dans les colonies, et même exécutés. La récurrence de ces mesures montre leur manque d’efficacité, sauf aux Pays-Bas, qui parviennent à tous les expulser au milieu du XIXe siècle. ...
Les seigneurs et les abbayes d'Europe les ont accueillis et protégés sur leurs terres, contre la volonté des paysans sédentaires, puisque leurs talents d'artisans, de musiciens et de danseurs étaient très prisés. Cette dépendance féodale fut la servitude des Roms. Monastères et seigneurs pouvaient les vendre ou les acheter ; eux-mêmes pouvaient racheter leur liberté ou, au contraire, se vendre.
Pour montrer leur solvabilité, les Roms, même esclaves, portaient sur eux leur or sous forme de chaînes, de bracelets, de colliers ou de dents en or. En
Roumanie par exemple, ce statut dura de 1370 (fin des invasions des Tatars, protecteurs antérieurs des Roms) à 1856 (réformes du Prince Cuza). Vers la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, l’Europe éclairée alterne coercition et recherche de solutions «humaines» pour les sédentariser, d’autant que les Roms retrouvent avec la Révolution et le mouvement romantique une image plus positive empreinte de liberté. En Hongrie, on leur donne des terres et des bêtes, qu’ils revendent aussitôt à leurs voisins pour reprendre la route. L’échec de la plupart de ces politiques n’est pourtant pas une règle absolue, et une partie de la population nomade se sédentarise.
__En France, dès 1666, Louis XIV décrète que tous les Bohémiens de sexe masculin doivent être arrêtés et envoyés aux galères sans procès. Par la suite, lors de l'ordonnance du 11 juillet 1682, il confirme et ordonne que tous les Bohémiens males soient dans toutes les provinces du Royaume où ils vivent, condamnés aux galères à perpétuité, leurs femmes rasées, et leurs enfants enfermés dans des hospices. Une peine était en outre portée contre les nobles qui donnaient dans leurs châteaux un asile aux bohémiens; leurs fiefs étaient frappés de confiscation..." (Wiki)
-Tsiganes : la Nation invisible


__
Il arriva que les Roms furent bien acceptés:
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...En 1427, la centaine de Tsiganes qui arrive aux portes de Paris fait sensation, et leurs talents d'amuseurs les rendent vite populaires. Les groupes de «Voyageurs» se présentent souvent comme des pèlerins, se donnent des titres prestigieux comme comte ou duc d’Égypte (voir la chronique anonyme, Chronique d'un bourgeois de Paris), mangent à la table de grands seigneurs ou sont nourris par les communes en échange de leurs diverses prestations (musiciens, mais aussi vanniers, chaudronniers, maquignons, dresseurs etc.). Les « bohémiens » sont connus en Europe grâce au geste du roi de Bohême Sigismond Ier du Saint-Empire, qui les aurait munis d’un « passeport » à la fin du Moyen-Âge..."(Wiki)
_____Des cultures souvent méprisées, ostracisées, persécutées aussi. On passe souvent sous silence les camps sinistres qui leur étaient aussi destinés...
Un génocide oublié...
En Roumanie, entre esclavage et racisme
Une histoire globalement assez tragique
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Au-delà des incantations et stigmatisations dangereuses : ce que vivent les Roms
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Condamnés à l'errance, les Roms veulent se sédentariser
-Roms et gens du voyage, «le président livre à l’opinion un bouc émissaire»
-Pour Sarkozy, tous les chemins mènent aux Roms

-Roms: des expulsions qui ne disent pas leur nom
-Le pouvoir italien fait la chasse aux Roms, l'Europe cherche une position commune
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Chasse aux Roms : Sarkozy, applaudi par l'extrême droite italienne
-Quand nos amis tsiganes vont attaquer l’Etat français…